Cela fait plusieurs années que le Buena Vista Social Club, l'ensemble de vieux musiciens cubains immortalisé par un documentaire de Wim Wenders, a fait ses adieux au public. Mais Omara Portuondo, 88 ans, une des derniÚres survivantes de cet ensemble de légende, continue elle à se produire en concert et à chanter ces airs doux et sensuels qui ont séduit un public mondial.
"Je me sens trÚs honorée d'apporter notre culture, notre musique au monde entier", a-t-elle indiqué à l'AFP lors de l'étape new-yorkaise d'une nouvelle tournée qui doit l'emmener en Europe et en Asie, pour se terminer le 31 août à Paris.
IntitulĂ©e "Ultimo beso" ("Dernier baiser"), cette tournĂ©e est censĂ©e ĂȘtre sa derniĂšre.
"La musique cubaine, la façon dont nous faisons de la musique, la ferveur avec laquelle les gens l'accueillent... Nous devons voyager à travers le monde", explique l'octogénaire, ruban dans les cheveux, anneaux aux oreilles et la peau douce et lumineuse autour d'un rouge à lÚvres pourpre.
Applaudie à tout rompre lors de son entrée sur la scÚne du Sony Hall éclairé aux bougies vendredi soir, Portuondo a chanté des mélodies classiques cubaines, pleines de chaleur et de sensualité, dont le hit "Guantanamera."
"Rien n'arrĂȘte la musique"
La plupart des musiciens du Buena Vista Social Club venaient du milieu musical cubain d'avant la révolution castriste, sortis de leur retraite par la star cubaine Juan de Marcos Gonzalez et le guitariste américain Ry Cooder.
Tirant son nom du seul club privé de l'ßle, le Buena Vista Social Club s'est fait connaßtre dans le monde entier avec le succÚs de leur album sorti en 1997, amplifié par le documentaire de Wim Wenders deux ans plus tard.
Enregistré en six jours à peine, le disque, tout comme le film, véhiculait une image pleine de vie et de séduction de Cuba -- contrastant avec l'image répressive du "commandante" Fidel Castro.
Aujourd'hui, Portuondo balaie les questions sur les tensions américano-cubaines - qui se sont réchauffées sous l'administration Obama, avant de se refroidir à nouveau sous Donald Trump.
"Rien ne peut arrĂȘter la musique", dit-elle.
Il semble que rien ne puisse l'arrĂȘter elle non plus. VĂȘtue d'une longue tunique blanche, recouverte d'un chĂąle rouge, elle se trĂ©moussait vendredi sur sa chaise, et les spectateurs ne pouvaient s'empĂȘcher de danser avec elle.
"Nous sommes des gens trĂšs chaleureux, nous aimons le rythme, la joie, la vie", dit-elle en plaisantant avec son pianiste et complice de longue date, Roberto Fonseca.
Le pianiste de 44 ans avait, dans sa jeunesse, assisté à un concert de Portuondo. Transporté alors par celle qui a collaboré avec Edith Piaf, Nat King Cole, Herbie Hancock ou Chucho Valdes, il était allé la voir, lui disant combien il aimerait jouer avec elle.
Aujourd'hui, malgré plus de 40 ans d'écart entre eux, Fonseca et Portuondo ont une relation faite de flirt et de complicité, et une symbiose palpable sur scÚne comme en coulisses.
"Mon rĂȘve s'est rĂ©alisĂ©", explique Fonseca Ă l'AFP.
"En jouant avec elle, j'apprends beaucoup", dit-il. "Cela donne une grande connaissance de la musique, une grande connaissance de votre propre culture".
Cuba, eau de jouvence
Si on lui demande comment elle arrive Ă rester si Ă©nergique Ă un Ăąge oĂč beaucoup prĂ©fĂšrent se retirer de l'agitation du monde, Portuondo fronce les sourcils.
"J'ai l'impression d'avoir 15 ans", dit-elle en riant. La source de son énergie, selon elle? Cuba.
Le Buena Vista Social Club avait lui fait ses adieux au public, avec sa tournée "Adios" en 2014-2015. Son chanteur vedette, Compay Segundo, est mort à La Havane en 2003.
Mais mĂȘme si cette tournĂ©e internationale Ă©tait bien la derniĂšre programmĂ©e pour Portuondo, elle semble dĂ©terminĂ©e Ă continuer Ă se produire en concert jusqu'au bout, mĂȘme si ce n'est qu'Ă Cuba.
Lorsque Fonseca a prévenu le public qu'elle allait faire une petite pause lors de son concert vendredi soir, elle a paru surprise.
Alors qu'il la prenait par le bras pour l'amener en coulisses, sous les cris enthousiastes des spectateurs, elle continuait à frapper des mains et à se déhancher au rythme des congas, ces percussions typiquement cubaines.
AFP


