Justice

Ouverture du procĂšs de l'attentat de Magnanville

  • PubliĂ© le 25 septembre 2023 Ă  17:33
  • ActualisĂ© le 25 septembre 2023 Ă  17:45
Un policier retire la photo de Jean-Baptiste Salvaing et sa compagne Jessica Schneider, assassinés dans leur pavillon de Magnanville (Yvelines), aprÚs un hommage rendu à Pezenas, Hérault, le 20 juin 2016

Le procÚs de Mohamed Lamine Aberouz, complice présumé de l'assassin d'un couple de policiers dans leur pavillon de Magnanville (Yvelines), sous les yeux de leur fils ùgé alors de trois ans, en juin 2016, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris.

L'accusé, en T-shirt blanc à manches courtes, cheveux bruns ramenés en arriÚre et retenus en catogan, barbe sans moustache et épaisses lunettes, a décliné son identité d'une voix claire avant que le président Christophe Petiteau donne la parole aux parties civiles.

De nombreux policiers en civil étaient présents dans la salle d'audience pleine à craquer.

Mohamed Lamine Aberouz, 30 ans, est poursuivi pour "complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique", "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et "complicité de séquestration" en relation avec une entreprise terroriste.

Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Mis en examen le 11 dĂ©cembre 2017 et placĂ© en dĂ©tention provisoire, Ă  l'isolement, depuis, Mohamed Lamine Aberouz clame son innocence, assurant s'ĂȘtre rendu dans une salle de priĂšre le soir de l'attentat.

L'assassinat à l'arme blanche de Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, commandant adjoint du commissariat des Mureaux et de sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, agente administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, a profondément et durablement choqué la police.

C'est la premiÚre fois en France que des policiers ont été tués en dehors de leur service, à leur domicile.

Acquis à la cause de l'organisation Etat islamique (EI), l'assassin des deux policiers, Larossi Abballa, 25 ans, a été tué lors de l'assaut du Raid pour libérer l'enfant qu'il retenait en otage.

A-t-il agi seul ? C'est l'enjeu du procÚs. L'accusation est persuadée qu'il bénéficiait d'un complice à l'intérieur de la maison.

C'est M. Aberouz qui a "désigné" à Larossi Abballa le couple de policiers "comme cible de l'attentat", soutient l'accusation.

M. Aberouz "s'est rendu avec (Larossi Abballa) au domicile des victimes le soir des faits, en se connectant sur place sur l'ordinateur des victimes afin de visionner des photographies de Jean-Baptiste Salvaing, permettant ainsi Ă  Larossi Abballa d'identifier immĂ©diatement l'intĂ©ressĂ© pour passer Ă  l'acte Ă  son encontre avant mĂȘme qu'il n'ait eu le temps de rĂ©intĂ©grer son domicile", selon le dossier d'accusation.

Des traces de l'ADN de Mohamed Lamine Aberouz ont été trouvées sur le repose-poignet de l'ordinateur du couple utilisé pour la revendication de l'assassinat des deux policiers.

En dehors de ces traces ADN, aucune autre preuve tangible de sa prĂ©sence sur les lieux n'a pu ĂȘtre Ă©tablie, font valoir ses avocats, Mes Vincent Brengarth et Nino Arnaud.

Ils entendent plaider l'acquittement. Selon eux, Larossi Abballa était un "loup solitaire" qui n'avait pas besoin de complice.

Les avocats pointent également une défaillance de l'Etat dans la surveillance de Larossi Abballa, objet d'une fiche S et déjà condamné en 2013 pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes".

- "PortĂ©s par la mĂȘme idĂ©ologie" -

M. Aberouz a pu s'Ă©chapper de la maison des policiers "avant l'intervention des forces de l'ordre", avancent les enquĂȘteurs en s'appuyant sur la "configuration des lieux".

"Les dĂ©nĂ©gations de Mohamed Lamine Aberouz, quant Ă  son adhĂ©sion Ă  l'idĂ©ologie jihadiste (...) n'apparaissent pas convaincantes ni suffisantes au regard des Ă©lĂ©ments recueillis par ailleurs", estiment encore les enquĂȘteurs, rappelant qu'Aberouz et Abballa "Ă©taient portĂ©s par la mĂȘme idĂ©ologie favorable au jihad armĂ©".

L'enquĂȘte a notamment rĂ©vĂ©lĂ© que Larossi Abballa avait mis en contact Mohamed Lamine Aberouz avec une jeune femme, Sarah HervouĂ«t, actuellement incarcĂ©rĂ©e, et qui devrait ĂȘtre auditionnĂ©e par la cour dĂšs lundi.

Sous l'influence du recruteur de l'EI Rachid Kassim (soupçonné d'avoir piloté le meurtre du pÚre Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray en juillet 2016 et probablement mort en zone irako-syrienne en février 2017), Sarah Hervouët a été condamnée à 20 ans de réclusion pour avoir poignardé un policier en civil en septembre 2016 aprÚs une tentative d'attentat aux bonbonnes de gaz prÚs de Notre-Dame de Paris.

Dans ce dossier, M. Aberouz a été condamné en appel en juin 2021 à cinq ans d'emprisonnement pour non-dénonciation de crime terroriste.

Le procĂšs doit durer jusqu'au 10 octobre.

AFP

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