Une trentaine de blessés est à déplorer

Paraguay : des opposants saccagent et incendient le parlement

  • PubliĂ© le 1 avril 2017 Ă  14:32
Un manifestant devant le parlement saccagé à Asuncion, au Paraguay, le 31 mars 2017

Des manifestants protestant contre un projet controversé d'amendement constitutionnel qui permettrait la réélection du président du Paraguay ont saccagé et incendié vendredi le bùtiment du CongrÚs, les heurts avec la police faisant une trentaine de blessés.


Parmi les blessés figurent trois parlementaires, selon les pompiers et un sénateur de l'opposition, ainsi que des manifestants et des policiers.
A un an de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018, la rĂ©forme devrait permettre au prĂ©sident conservateur Horacio Cartes, au pouvoir depuis 2013, et Ă  l'ex-prĂ©sident Fernando Lugo (2008-2012), un ancien Ă©vĂȘque, de briguer un nouveau mandat.
Le gouvernement soutient la réélection du président mais elle est critiquée par l'opposition, attachée au mandat unique prévu actuellement par la Constitution de ce pays qui a souffert d'une longue dictature sous le général Alfredo Stroessner (1954-1989).
Vendredi en fin de journée, une majorité de 25 sénateurs sur 45 ont approuvé le projet d'amendement de la Constitution. Le vote s'est déroulé dans des bureaux du Sénat, car la salle d'assemblée pléniÚre était occupée par les sénateurs du Parti libéral, opposés à la réforme.
Dans la soirée, des heurts ont opposé des centaines de manifestants, scandant "Plus jamais la dictature!" à la police.
Les opposants ont fait irruption dans le CongrÚs aprÚs avoir cassé des portes, des palissades et des baies vitrées.
Ils ont saccagé les bureaux des sénateurs favorables à l'amendement avant de provoquer des incendies.
Les forces de sécurité ont eu recours à la police montée et aux canons à eau pour tenter de disperser les émeutiers.


- Référendum -


AprÚs la dictature du général Stroessner, la Constitution de 2012 avait tranché: pas de réélection. La disposition visait à protéger le Paraguay d'une tentative d'un président de se cramponner au pouvoir.
La Chambre des dĂ©putĂ©s, oĂč le gouvernement possĂšde une large majoritĂ©, doit approuver Ă  son tour la rĂ©forme de la Constitution.
Ce vote était prévu samedi, mais il a été reporté en raison des débordements.
"Nous ne pourrons pas voter ce samedi. Ce qui se passe est grave. J'espÚre que le calme reviendra rapidement", a déclaré le président de la Chambre des députés, Hugo Velazquez, dans une allocution télévisée.
En cas d'approbation par les deux chambres, le Tribunal supérieur électoral devrait convoquer un référendum dans un délai de trois mois.
Le prĂ©sident du SĂ©nat, le libĂ©ral Roberto Acevedo, estime que le vote de vendredi est "inconstitutionnel", et il a appelĂ© la Cour suprĂȘme Ă  l'invalider.
"Que les citoyens se prononcent sur la réélection par rĂ©fĂ©rendum, une minoritĂ© ne peut pas l'empĂȘcher", a rĂ©torquĂ© la sĂ©natrice Lilian Samaniego, prĂ©sidente du Parti Colorado, au pouvoir.
Parmi les blessĂ©s figurent le prĂ©sident du SĂ©nat lui-mĂȘme, le candidat libĂ©ral battu lors de la prĂ©sidentielle de 2013, Efrain Alegre, et le dĂ©putĂ© libĂ©ral Edgar OrtĂ­z, a dĂ©noncĂ© le sĂ©nateur d'opposition Luis Wagner.
Le député a reçu une balle caoutchoutée tirée par un policier anti-émeutes.
Les sénateurs d'opposition proches de l'ex-président de gauche Fernando Lugo ont approuvé la réforme, mais l'opposition libérale a dénoncé "un coup parlementaire" et appelé à "la résistance".
"C'est un projet dictatorial de Horacio Cartes avec la complicité de Fernando Lugo, complice de ce projet autoritaire", a soutenu le sénateur Carlos Amarilla.
Dans la soirée, le président Horacio Cartes a lancé un appel au calme et qualifié les manifestants de "barbares".
"J'appelle les citoyens à rester calmes et à ne pas se laisser convaincre par ceux qui, depuis des mois, annoncent des faits de violence et que le sang coulera", a-t-il dit dans un communiqué.
Il accusé l'opposition libérale "de ne pas ménager ses efforts pour pour atteindre son objectif de détruire la démocratie et la stabilité politique et économique du pays".
Samedi vers 00h00 (04h00 GMT), le calme Ă©tait revenu devant le CongrĂšs, oĂč les forces de l'ordre restaient mobilisĂ©es en nombre pour contenir tout dĂ©bordement.

Par Hervé GAVARD - © 2017 AFP

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