Un accord présenté comme "gagnant-gagnant"

Paris et Rome s'accordent sur la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire

  • PubliĂ© le 27 septembre 2017 Ă  23:00
  • ActualisĂ© le 28 septembre 2017 Ă  05:49
Le chantier naval STX de Saint-Nazaire, le 10 octobre 2016

AprÚs des semaines de crispation, Paris et Rome ont trouvé un terrain d'entente sur le dossier de la reprise des chantiers navals STX France par l'italien Fincantieri, un accord présenté comme "gagnant-gagnant" pour les deux pays par Emmanuel Macron.


Au-delà de cette alliance entre chantiers navals, les deux pays ont lancé un projet plus ambitieux, celui de "créer un champion mondial dans le naval", selon M. Macron, en rapprochant Fincantieri et Naval Group (ex DCNS), géant français de la construction navale militaire.

Pour cela, le président français et le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni, réunis à Lyon, ont décidé de mettre en place un groupe de travail qui va se pencher d'ici à l'été 2018 sur la faisabilité d'un tel projet présenté comme "trÚs complexe" par l'Elysée.
Cette annonce a été faite au lendemain de l'annonce de la prise de contrÎle d'Alstom, fleuron du ferroviaire français, par l'allemand Siemens, trÚs critiquée en France.

A Lyon, MM. Macron et Gentiloni ont mis fin Ă  une mini-crise bilatĂ©rale initiĂ©e par la remise en cause par Paris de l'accord de vente de STX-France Ă  Fincantieri conclu sous la prĂ©sidence de François Hollande. Selon le nouvel accord, Fincantieri obtient 50% des chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) auxquels il faut ajouter 1% "prĂȘtĂ©" par l'Etat français, qui se rĂ©serve le droit de le reprendre si l'Italien ne respecte pas ses engagements pendant une pĂ©riode maximale de douze ans.

Ces engagements portent notamment sur le maintien des emplois, de la charge de travail, des sous-traitants, des activités de recherche de STX. "Nous pouvons dire aujourd'hui que c'est un accord gagnant-gagnant (...) Nous sommes à 50-50, avec de vraies garanties. Ce n'est pas l'accord du printemps mais nous avons construit les termes d'un accord qui permet à Fincantieri de diriger les destinées de cette entreprise", a déclaré M. Macron. "AprÚs quelques malentendus, nous avons bien travaillé ensemble" et "abouti à une solution", a-t-il ajouté.

"Il s'agit d'un trÚs bon accord", s'est félicité M. Gentiloni tandis que des sources proches des ministÚres de l'Economie et du développement économique faisaient remarquer que "Fincantieri aura la disponibilité directe de 51% du capital et donc le plein contrÎle de la gouvernance, ce qui n'était pas le cas dans la configuration précédente".

Le site de Saint-Nazaire, qui construit des paquebots de croisiÚre, mais aussi des navires militaires, emploie 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 personnes, via des sous-traitants.

- Un "champion européen" -

Paris est confiant sur l'avenir de ce "champion europĂ©en" car "industriellement, les deux groupes sont complĂ©mentaires. Ils ne fabriquent pas le mĂȘme genre de bateaux. Et Saint-Nazaire peut profiter de la tendance d'augmentation de la taille des navires".
Cette vision optimiste est contestĂ©e par certains responsables politiques, comme Marine Le Pen (FN), pour laquelle, sur les dossiers Alstom et STX, M. Macron est "incapable de dĂ©fendre (nos) intĂ©rĂȘts" et "porte une lourde responsabilitĂ© dans l'Ă©viscĂ©ration de l'industrie française!".

Le feuilleton STX avait commencé en 2016 lorsque STX France, alors seule unité rentable du groupe sud-coréen en difficulté STX Shipbuilding avaient été mis en vente à l'occasion d'un redressement judiciaire.

Fincantieri, contrÎlé par l'Etat italien et seul candidat à la reprise, obtient le feu vert du gouvernement de François Hollande. Mais fin mai, Emmanuel Macron, fraßchement élu à l'Elysée, demande de revoir la participation française à la hausse, visant une répartition à 50/50%. Une proposition rejetée par Rome, les Italiens insistant pour détenir 51% du capital et le contrÎle du conseil d'administration.
La crise éclate réellement avec la nationalisation "temporaire" fin juillet de STX France par Paris, une décision rarissime destinée à "négocier dans les meilleures conditions", aprÚs l'échec des discussions. Les deux pays s'étaient alors fixé l'échéance du 27 septembre pour sortir de la crise.

A Lyon, MM. Macron et Gentiloni ont abordé un autre dossier bilatéral épineux: l'avenir de la ligne de train à grande vitesse Lyon-Turin, financée par l'Union européenne, l'Italie et la France, sur laquelle Paris avait indiqué en juillet vouloir faire une pause.
"Nous sommes l'un et l'autre pleinement engagés", a assuré M. Macron, qui a insisté sur la "spécificité" de ce projet "financé à 40% par l'Union européenne, mais aussi à 35% par l'Italie".

M. Gentiloni a par ailleurs apporté son soutien aux nombreux projets présentés la veille par M. Macron pour "refonder l'Europe". "Nous en avons vraiment besoin (...) C'est le moment de l'ambition", a-t-il déclaré.
M. Macron a d'ailleurs avancé son départ de Lyon jeudi matin pour retrouver la chanceliÚre Angela Merkel avant le sommet européen sur le numérique à Tallinn.

AFP

guest
0 Commentaires