Nuisances

Paris, ville bruyante, cherche Ă  traquer le bruit

  • PubliĂ© le 5 aoĂ»t 2017 Ă  11:46
Trafic nocturne sur les Champs-Elysées à Paris, le 24 novembre 2016

Une "ville n'est belle que si elle est silencieuse", assure Christian Hugonnet, fervent militant anti-bruit.

Et Paris, ville dense et minĂ©rale, oĂč pĂ©taradent les scooters et manquent les espaces verts, est bruyante, et tente de moins l'ĂȘtre.
Pour le prĂ©sident de la Semaine du son, une campagne annuelle de sensibilisation au son, "Paris connaĂźt plein d'incohĂ©rences acoustiques", avec ses bĂątiments, gares, quais, faits de bĂ©ton ou de pierre, oĂč le "son rebondit et s'amplifie".

Et a "vingt ans de retard par rapport Ă  Tokyo" sur l'utilisation des bitumes "silencieux", qui absorbent le bruit, ajoute le militant, pour qui "les Parisiens ne savent plus Ă©couter le silence". Avec en tĂȘte, la place de la RĂ©publique, espace de plus de trois hectares au coeur de la capitale couvert depuis 2013 d'une vaste dalle de bĂ©ton : "C'est une catastrophe sur le plan des nuisances sonores", dĂ©plore-il, "un gĂ©nĂ©rateur de bruit car la pierre lisse rĂ©flĂ©chit tous les sons".

Il y a aussi le problÚme des quais de Seine, entre le Louvre et le port de l'Arsenal, engorgés depuis la fermeture de la voie Georges-Pompidou sur la rive droite, rendue depuis un an aux piétons pour lutter contre la pollution de l'air.

"Il y a un doublement de l'énergie sonore sur les quais hauts la nuit", affirme Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif, l'observatoire du bruit en Ile-de-France. "Cela nous pourrit la vie! Normalement, au mois d'août, c'est un petit village tellement c'est calme, alors que là, on dirait qu'on est en plein mois de septembre", s'emporte Antoine Py, bouquiniste depuis 20 ans sur le quai du Louvre.

De l'autre cĂŽtĂ© du trottoir, les "clients ne veulent plus rester en terrasse Ă  cause du bruit", se dĂ©sole la gĂ©rante d'une crĂȘperie, alors que le serveur d'une brasserie voisine avoue en devenir "presque agressif avec les touristes tellement on est fatiguĂ© par ce bazar".

- Un coût de 3 millions d'euros -

La Ville de Paris "a pris longtemps le phénomÚne du bruit comme une fatalité, au profit de la qualité de l'air", déplore Mme Mietlicki, qui regrette également que les Parisiens se tournent encore vers les deux-roues plutÎt que de privilégier les transports en commun.

Selon Bruitparif, prĂšs de 22% des Parisiens sont touchĂ©s par les nuisances sonores. Dans un questionnaire, les habitants ont prĂ©cisĂ© ĂȘtre surtout gĂȘnĂ©s par la circulation des deux-roues. Toujours selon cet observatoire, le bruit coĂ»te trois millions d'euros par an Ă  Paris, en raison des problĂšmes sanitaires qu'il provoque (difficultĂ©s de sommeil, de concentration, de fatigue ou de stress).

Selon Célia Blauel, adjointe écologiste à l'environnement de la maire PS de Paris Anne Hidalgo, le bruit est "l'une des priorités de la Ville". Un plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE), fort de 39 actions tournées vers le logement ou l'espace public, a été mis en place en 2015. "D'ici à 2020, 30% du périphérique sera couvert d'un bitume qui absorbe le bruit", dit-elle.

Dans Paris, trois axes vont ĂȘtre couverts de ce bitume "d'ici 2018. Nous avons dĂ©jĂ  dĂ©cidĂ© pour l'avenue GĂ©nĂ©ral Leclerc (XIVe arrondissement) et je milite pour couvrir les quais hauts", assure l'Ă©lue. Les associations militantes sont Ă©galement consultĂ©es sur le rĂ©amĂ©nagement en cours de grandes places de la capitale.
"Bruit ou pas bruit, je suis pour la végétalisation et pour qu'on pÚte le bitume", s'exclame l'élue.

Mais il faut aussi que "l'État commence Ă  se coller au problĂšme", ajoute l'adjointe en plaidant notamment pour un abaissement des vitesses en ville et des normes de dĂ©cibels pour les deux-roues, "insupportables surtout la nuit".
 

AFP

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