Portugal

Perché sur une grue pour voir ses proches en maison de retraite

  • PubliĂ© le 8 mai 2020 Ă  17:07
  • ActualisĂ© le 8 mai 2020 Ă  17:29
Une maison de retraite fait appel à une grue pour permettre aux proches des résidents de les voir en respectant la distanciation sociale, à Figueira da Foz au Portugal, le 7 mai 2020

"Comment ça va?", demande Cremilde Pereira à son frÚre aßné aprÚs deux mois de confinement. "Comme un oiseau en cage!", répond l'homme de 79 ans à sa soeur, perchée sur une grue à hauteur du premier étage de sa maison de retraite au Portugal.

"Quand tout cela sera passĂ©, tu auras du riz au lait et du gĂąteau", poursuit la femme de 68 ans en se lamentant de ne pas avoir pu fĂȘter l'anniversaire de son frĂšre, JosĂ© Pereira, qui lui sourit Ă  travers la fenĂȘtre ouverte, assis dans son fauteuil roulant, entourĂ© de deux aides soignantes portant des visiĂšres en plastique transparent.

Lors de cette visite jeudi, cela faisait tout juste deux mois qu'ils ne s'étaient pas vus en chair et en os. "Avec tout ce qui est arrivé dans les maisons de retraite, je suis tout le temps inquiÚte pour lui", témoigne cette ancienne épiciÚre.

Au Portugal comme dans d'autres pays europĂ©ens, la pandĂ©mie liĂ©e au nouveau coronavirus a fait de nombreuses victimes parmi les personnes ĂągĂ©es vivant en maison de retraite. Mais aucun cas de contagion n'a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ© jusqu'ici parmi la centaine de locataires de celle oĂč vit son frĂšre Ă  Figueira da Foz, dans le centre du Portugal.

Avec ses quelque 60.000 habitants, cette commune située sur la cÎte à 200 km au nord de Lisbonne, ne comptait d'ailleurs qu'une trentaine de cas officiellement déclarés.

- Déconfinement -

Le Portugal, relativement épargné par l'épidémie avec un peu plus d'un millier de morts pour 10 millions d'habitants, a entamé lundi un plan de déconfinement par étapes qui doit durer tout le mois de mai, mais aucune date n'a été fixée pour permettre aux maisons de retraite d'accueillir à nouveau des visiteurs.

Une vaste opération de dépistage menée par les autorités sanitaires a conclu que des cas ont été détectés dans un dixiÚme des quelque 2.500 maisons de retraite que compte le Portugal, a indiqué jeudi le ministÚre de la Santé.

Les représentants des institutions qui gÚrent les maisons de retraite portugaises ont déjà réclamé au gouvernement socialiste qu'il s'engage sur un calendrier de réouverture aux visites. La ministre de la Santé Marta Temido a reconnu cette semaine qu'il fallait "réévaluer" la question sans pour autant compromettre la sécurité des personnes ùgées.

"Nous n'avons aucune information sur combien de temps peut durer cet isolement", regrette Joaquim de Sousa, directeur de la misĂ©ricorde de Figueira da Foz, institution liĂ©e Ă  l'Eglise catholique qui gĂšre deux maisons de retraite situĂ©es sur les hauteurs de la ville dont celle oĂč vit JosĂ© Pereira.

L'idĂ©e de recourir Ă  une nacelle Ă©lĂ©vatrice pour organiser des visites sans rompre le confinement des locataires lui est venue en lisant un article sur un chef d'entreprise belge qui avait fait la mĂȘme chose avec une plateforme utilisĂ©e normalement pour laver des fenĂȘtres d'immeubles.

- Bienfait émotionnel -

"Les bonnes idĂ©es sont Ă  saisir", dit M. de Sousa en prĂ©cisant avoir aisĂ©ment trouvĂ© une entreprise prĂȘte Ă  lui cĂ©der une grue et quelqu'un pour la man?uvrer, sans aucun frais. Une fois la nacelle dĂ©sinfectĂ©e, c'est au tour de Laura Madaleno d'ĂȘtre Ă©levĂ©e Ă  quelque cinq mĂštres du sol pour enfin retrouver son mari, Valdemar. "Tant qu'il n'y aura pas de visites, et personne ne sait combien de temps ça peut durer, c'est la seule façon de nous voir", lui explique cette femme au foyer de 65 ans.

D'aprĂšs Ana Magalhaes, la directrice de la maison de retraite Santo Antonio, le bienfait Ă©motionnel des visites organisĂ©es depuis le dĂ©but de la semaine est immĂ©diat. "Que ce soit du cĂŽtĂ© des rĂ©sidents comme du cĂŽtĂ© des familles, c'est extraordinaire. C'est une chose d'avoir des nouvelles, cela en est une autre de constater avec ses propres yeux que notre ĂȘtre cher va bien", affirme-t-elle.

"Ce confinement et l'interdiction des visites ont augmenté le sentiment d'abandon de nos usagers (...) et ils apprécient énormément ce nouveau systÚme de rencontre. (...) Ils passent la journée à nous dire merci", raconte-t-elle en esquissant un sourire ému derriÚre sa visiÚre.

AFP

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