Football

Petits "arrangements" en Ligue 2: deux anciens patrons de club condamnés

  • PubliĂ© le 13 septembre 2018 Ă  20:44
  • ActualisĂ© le 13 septembre 2018 Ă  21:16
L'ancien président du Nßmes Olympique, Jean-Marc Conrad, arrive au Palais de Justice de Paris, le 4 juin 2018

Des écoutes téléphoniques équivoques, des intermédiaires zélés et un club, Nßmes, déterminé à se maintenir à tout prix en Ligue 2: sept hommes, dont deux ex-patrons de clubs, ont été condamnés jeudi à Paris pour avoir tenté d'arranger plusieurs matches en 2014.En fin de saison 2013-2014, le club de Nßmes-Olympique se trouvait au pied du mur, menacé d'une descente en National. Ses dirigeants d'alors, Jean-Marc Conrad, président, et Serge Kasparian, co-actionnaire, ont été reconnus coupables d'avoir cherché à arranger le score de plusieurs matches afin d'éviter la relégation de ce club qu'ils venaient de reprendre.

Le procĂšs, au cours duquel neuf hommes Ă©taient jugĂ©s notamment pour association de malfaiteurs en vue de la constitution du dĂ©lit de corruption sportive, s'Ă©tait en grande partie basĂ© sur des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques plus ou moins limpides - "Commence Ă  machiner, on donnera ce qu'il faut", "Un prĂȘtĂ© pour un rendu"... - dans lesquelles le terme "arrangement" Ă©tait rĂ©current.

Face à des prévenus plaidant l'humour d'initiés et la discussion de "café du commerce", ou avançant des définitions trÚs personnelles de l'"arrangement", le tribunal a tenu à "restituer aux propos tenus par les différents protagonistes leur sens clair et logique". Et à faire sienne la définition officielle de ce terme: "Un accord amiable dont l'objet est de régler une situation".
Pour leur "rÎle majeur", les anciens propriétaires de Nßmes Jean-Marc Conrad et Serge Kasparian ont été condamnés à trois ans d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis et 50.000 euros d'amende, les peines les plus lourdes.
Pour son rÎle actif d'intermédiaire, Franck Toutoundjian, patron de club amateur, a été condamné à deux ans dont un ferme, et 5.000 euros d'amende.
Aux yeux du tribunal, cinq matches ont fait l'objet de tentatives d'arrangements: les rencontres de Nßmes contre Bastia (0-0), Dijon (défaite 5-1), Brest (1-1), Caen (1-1) et Créteil (1-1). Faute d'éléments probants, les juges ont écarté deux autres rencontres visées dans les poursuites, contre Istres et Laval.
Ces tentatives avaient échoué: il n'était pas reproché aux prévenus d'avoir altéré l'issue des rencontres, mais d'avoir essayé.

- "Inflexibilité" -

S'agissant du match central du dossier, un nul 1-1 contre Caen le 13 mai 2014, qui avait permis aux Normands de monter en Ligue 1 et à Nßmes d'éviter la relégation, l'ancien patron de Caen, Jean-François Fortin, a été condamné à 15 mois avec sursis et 15.000 euros d'amende pour corruption passive.
Jean-Marc Conrad, qui avait Ă©voquĂ© au tĂ©lĂ©phone l'intĂ©rĂȘt d'un nul avec M. Fortin, a lui Ă©tĂ© condamnĂ© pour "corruption active" pour ce match.

M. Fortin, ancien membre du conseil d'administration de la Ligue de football professionnel (LFP), "aurait dû faire preuve d'une parfaite inflexibilité", a souligné le tribunal.
Celui-ci a reçu sur Twitter le soutien renouvelé de son ancien club, dont il a été débarqué en mai. "L'incompréhension demeure", a tweeté le Stade Malherbe de Caen, qui évolue aujourd'hui en L1, comme Nßmes.

Pour leurs rÎles d'intermédiaires ponctuels, trois autres hommes ont été condamnés à des peines allant de huit mois avec sursis à 10 mois avec sursis et 10.000 euros d'amende.
Les peines sont globalement conformes Ă  celles requises par le Parquet national financier (PNF).
Deux des neuf prévenus, dont l'ancien joueur Abdelnasser Ouadah, ont été relaxés.

Le tribunal a également infligé des interdictions d'exercer toute activité en lien avec le football pendant une durée allant jusqu'à cinq ans - quatre ans pour M. Fortin.
Les prévenus avaient nié toute intention corruptrice et leurs avocats avaient dénoncé une affaire gonflée artificiellement.

Ces agissements ne peuvent "que nuire gravement à la légitime confiance que chaque citoyen est en droit d'accorder au déroulement d'une manifestation sportive organisée" et "portent lourdement atteinte à l'honneur des fédérations sportives", a déclaré le président du tribunal.
Les prévenus condamnés devront verser un euro symbolique et 1.000 euros pour les frais de justice à la Fédération française de football et la LFP, parties civiles.

- © 2018 AFP

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