Il est mort Ă  l'Ăąge de 85 ans

Philip Roth, l'ami américain de la France

  • PubliĂ© le 23 mai 2018 Ă  17:01
  • ActualisĂ© le 23 mai 2018 Ă  17:27
L'écrivain Philip Roth avait été fait   commandeur de la Légion d'honneur le 27 septembre 2013 par Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangÚres

L'Ă©crivain amĂ©ricain Philip Roth avait nouĂ© avec la France, qui lui Ă©tait Ă©trangĂšre, une relation spĂ©ciale, lui qui y fut abondamment commentĂ©, reconnu trĂšs tĂŽt et presque plus apprĂ©ciĂ© qu'aux États-Unis.


Cette relation a été couronnée par un honneur rare: son entrée, de son vivant à 84 ans, dans la prestigieuse collection de la Pléiade, chez l'éditeur Gallimard. "Je semble avoir rencontré un lectorat considérable en France et une relation étroite avec mes lecteurs français, bien que je ne puisse dire exactement pourquoi", commentait-il, interrogé par le Washington Post sur cette distinction.

"Philip Roth n'a guĂšre vĂ©cu en France, ne lit de littĂ©rature française que traduite, et n'a jamais pris comme dĂ©cor de ses romans Paris, la province clichĂ© du flĂąneur urbain et du spleen existentiel", s'amusait le quotidien. Roth avait appris la langue de MoliĂšre comme collĂ©gien, puis l'avait oubliĂ©e. Cela ne l'empĂȘchait pas d'ĂȘtre sensible Ă  l'intĂ©rĂȘt qu'on lui portait de l'autre cĂŽtĂ© de l'Atlantique.

"En octobre je lui ai apporté sa Pléiade. Il ne lit pas le français, mais il était vraiment content", a raconté à France Inter la critique Josyane Savigneau, qui lui rendait réguliÚrement visite.

- TrĂšs lu en Europe -

L'appareil critique de la PlĂ©iade, marque d'un auteur consacrĂ© comme classique, Ă©claire tous les recoins d'une oeuvre, depuis les conditions de sa composition jusqu'aux allusions les plus fines. "Il a presque plus de lecteurs en France et en Europe qu'aux États-Unis (...) En France, il vendait Ă©normĂ©ment. 'Pastorale amĂ©ricaine' a Ă©tĂ© un best-seller. Dans le reste de l'Europe, en Allemagne, en Italie, c'Ă©tait un Ă©crivain trĂšs, trĂšs lu", souligne l'Ă©crivain et critique Pierre Assouline.

"Il y a certains auteurs qui pour une raison ou pour une autre (...) sont lus, fĂȘtĂ©s, cĂ©lĂ©brĂ©s en France", confirme Christine Jordis, Ă©crivain et Ă©ditrice pendant 20 ans de Roth chez Gallimard, citant par exemple Paul Auster ou Jonathan Coe. "Il y a des rothiens en France, des Ă©crivains comme des lecteurs". À Paris, la RĂ©publique des lettres l'adulait. Et la RĂ©publique tout court l'avait fait en 2013 commandeur de la LĂ©gion d'honneur.

"La France vous rend ce que vous avez donné à mon pays", avait lancé le ministre des Affaires étrangÚres, Laurent Fabius, en remettant sa décoration à l'écrivain.

- "Ce cÎté balzacien" -

"Recevoir pareille distinction d'un pays autre que le sien a quelque chose de surprenant", avait répondu l'auteur, lors d'une cérémonie dans sa ville de New York. "On n'arrive jamais vraiment à se convaincre qu'il y a dans d'autres pays des lecteurs qui prennent au sérieux ce que l'on écrit, tellement on est accaparé, au fil des décennies, par le travail sans relùche de l'écriture dans sa propre langue, sur sa propre époque et dans son propre pays", avait-il expliqué.

Le natif de Newark avait Ă©tĂ© traduit pour la premiĂšre fois en 1962 par Gallimard, avec le recueil de nouvelles "Goodbye, Colombus", paru trois ans auparavant aux États-Unis. En 1970, la traduction de "Portnoy et son complexe" ("La Plainte de Portnoy" dans la PlĂ©iade), roman plus sulfureux, fait dĂ©finitivement Ă©clater son talent. Et "La Tache", en 2002, suscite "un engouement" du grand public, selon Christine Jordis.

"La reconnaissance par une certaine intelligentsia a Ă©tĂ© prĂ©coce en France. Il y a Ă©tĂ© dĂ©fendu par des gens qui comptaient", souligne Philippe Jaworski, professeur de littĂ©rature amĂ©ricaine Ă  l'universitĂ© Paris-Diderot qui a coordonnĂ© l'Ă©dition de la PlĂ©iade. "Qu'est-ce qui fascine ici? Il y a peut-ĂȘtre ce cĂŽtĂ© balzacien, cette capacitĂ© Ă  embrasser une totalitĂ©, avec des romans qui, sans relever de la littĂ©rature d'avant-garde, ont su malmener suffisamment les codes de la narration", ajoute-t-il.

"Il n'a jamais eu le public des grands écrivains populaires là-bas. Parce que c'est une littérature exigeante", renchérit Pierre Assouline. "Le fait aussi qu'il soit catalogué écrivain juif américain, ce dont il avait horreur. Pour beaucoup de lecteurs américains moyens, c'est la cÎte est, New York, c'est pas pour nous".

AFP

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