A bord de son vieux bateau, l'Anglaise Pip Hare a conquis les coeurs, au-delĂ mĂȘme du monde de la voile, et forcĂ© le respect de grands marins français, en bouclant le VendĂ©e Globe au terme de trois mois rudes.
"Respect": C'est sur cette chanson d'Aretha Franklin que Pip Hare (Medallia) a choisi de célébrer son arrivée dans le port des Sables d'Olonne, à 3h30 vendredi matin. Une pluie glaciale, une nuit bien noire mais un accueil émouvant.
Jean Le Cam - 4e de son cinquiÚme Vendée Globe - est venu accueillir la navigatrice anglaise, qu'il trouve "rayonnante", "épatante", "un personnage". Ses nattes blondes débordant de son bonnet, son regard clair et brillant, Pip Hare sourit, encore et toujours, aprÚs 95 jours seule en mer, qui l'ont épuisée mais ravie. Elle a accompli ce pour quoi elle a travaillé sans relùche depuis onze ans, sans personne pour la guider, investissant tout ce qu'elle avait dans son projet.
NĂ©e Ă Londres il y a 47 ans, Pip Hare a grandi prĂšs de Cambridge, dans les terres, avec son petit frĂšre et ses deux soeurs aĂźnĂ©es. Mais ses parents - Mary, physiothĂ©rapeute, et John, docteur - alors jeunes mariĂ©s, avaient achetĂ© un petit bateau avant mĂȘme d'avoir une maison, raconte Ă l'AFP Mary.
- Liberté -
La famille traversait la mer du Nord pour rejoindre les Pays-Bas lors des vacances d'Ă©tĂ©. "Je pense que je suis tombĂ©e amoureuse de la voile quand j'Ă©tais adolescente et que j'ai commencĂ© Ă naviguer toute la journĂ©e avec d'autres jeunes, sans mes parents. J'ai adorĂ© cette libertĂ©. Quand tu es ado, tu veux prendre tes dĂ©cisions tout seul mais il y a peu de choses oĂč tu peux te le permettre sauf quand tu pars naviguer. Je crois que c'est pour ça que j'ai adorĂ© encore plus la voile", confie Ă l'AFP Pip Hare.
LicenciĂ©e en langues (français, anglais, espagnol), elle prend le large aprĂšs avoir lu dans un magazine un article sur le VendĂ©e Globe. "Faire un tour du monde en solitaire sans escale me paraissait ĂȘtre la chose la plus dure Ă faire dans une vie. Et il y avait des femmes qui faisaient cette course, pas seulement des hommes. Exactement de la mĂȘme façon, dans un respect Ă©galitaire et ça m'a dĂ©finitivement convaincue: c'est ce que je voulais vraiment faire", se souvient-elle.
"Ca a Ă©tĂ© trĂšs difficile pour moi, parce qu'il n'y avait pas de chemin tracĂ© vers le VendĂ©e Globe, ce n'est pas comme en France, oĂč vous savez quelle voie emprunter pour y arriver, alors ça m'a pris vraiment trĂšs longtemps", raconte la navigatrice.
- Passionnée -
Humble, simple, cette passionnĂ©e d'opĂ©ra s'accroche. "Il y a tellement de fois oĂč tu flanches, tu ne crois pas en toi, tu manques une opportunitĂ©. Et tu n'as que toi pour te rappeler que si, il faut s'accrocher parce que c'est ce que tu veux faire alors tu vas le faire. Parfois c'est comme si tu avais les pieds pris dans la colle", explique la skipper.
En 2009, elle signe sa premiÚre transatlantique. En 2011, elle participe à la Mini-Transat (elle termine 41e puis 28e en 2013). Et puis elle achÚte ce vieux bateau construit en 1999 par le navigateur Bernard Stamm. Avec des aides et un sponsor de derniÚre minute (Medallia), elle prend le départ du Vendée Globe le 8 novembre, avec 32 autres voiliers.
A l'arriĂšre de la flotte, elle avance doucement, monte au mĂąt en pleine mer, rĂ©pare son safran dans l'eau dans des conditions difficiles et pourtant ne cesse de rĂ©pĂ©ter qu?elle a tellement de chance d'ĂȘtre lĂ . Elle remonte la flotte Ă des vitesses inimaginables pour sa lourde machine. Elle termine dix-neuviĂšme.
"Je trouvais important d'avoir un objectif sportif sur ce Vendée Globe, mais il fallait aussi faire en fonction de l'ùge du bateau (vieux de 20 ans, ndlr). Etant une skipper britannique, mon objectif était de réaliser un meilleur temps qu?Ellen MacArthur en 2000, c'est-à -dire 94 jours", a-t-elle confié en conférence de presse.
"Sur une partie de la course, j'ai bien cru que j'y arriverais. J'aurais pu, je sais ou j'ai perdu du temps, là ou j'en ai gagné et finalement je ne suis pas loin de cet objectif (95 jours et 11 heures). Je n'ai aucun regret, j?ai commencé avec rien", a-t-elle rappelé.
L'acteur néo-zélandais Russell Crowe et la navigatrice britannique Ellen MacArthur lui ont envoyé des messages, tandis que le quadruple champion olympique de voile Sir Ben Ainslie lui a fait part de son admiration: "Ce que tu fais est génial. Nous te suivons tous et sommes tous à fond derriÚre toi".
En 2024, promis, elle sera de retour.
 AFP


