L'association anticorruption Anticor demande mercredi au parquet de Paris d'ouvrir une enquĂȘte pour "vĂ©rifier la transparence et la probitĂ© des comptes" de campagne prĂ©sidentielle d'Emmanuel Macron, BenoĂźt Hamon, Jean-Luc MĂ©lenchon et Marine Le Pen, au coeur d'un dĂ©bat mĂ©diatique depuis plusieurs semaines.
L'association accuse notamment le leader de la France Insoumise et la prĂ©sidente de l'ex-FN d'avoir "tentĂ© de dĂ©tourner de l?argent public au moyen de remboursements par l?Etat de frais de campagne qui n?avaient d?autre but que de servir leur intĂ©rĂȘt ou l?intĂ©rĂȘt de leurs proches", selon la plainte consultĂ©e par l'AFP qui doit ĂȘtre dĂ©posĂ©e dans la journĂ©e.
Anticor reproche par ailleurs au prĂ©sident "Emmanuel Macron et de maniĂšre moins importante Ă BenoĂźt Hamon d?avoir profitĂ© de ristournes, remises, rabais, venant minorer leurs dĂ©penses de campagne", en violation du principe d?Ă©galitĂ© entre les candidats que sanctionne le code Ă©lectoral. Des rabais qui pourraient ĂȘtre constitutifs d'"abus de biens sociaux" pour les prestataires qui les ont accordĂ©s, estime Anticor.
Enfin, l'association demande de vĂ©rifier la "responsabilitĂ©" des membres de la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP). En cause: l'acceptation de frais qui n'auraient pas dĂ» l'ĂȘtre, comme l'a affirmĂ© un rapporteur dĂ©missionnaire, et la validation de remises qui constituent, pour Anticor, un financement par des entreprises, ce qui est illĂ©gal en France.Cette plainte fait suite aux enquĂȘtes de mĂ©dias, dont Mediapart, Le Monde et Radio France, accusant la campagne de l'actuel prĂ©sident d'avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© de "prix cassĂ©s" et de "ristournes cachĂ©es".
"L?objectif est de réaliser une analyse systémique des pratiques des partis qui utilisent le financement politique parfois pour des motivations étrangÚres à la campagne mais aussi de pointer du doigt le mauvais fonctionnement de la CNCCFP. L?ensemble de ces dysfonctionnements affecte la démocratie", a déclaré à l'AFP JérÎme Karsenti, l'avocat d'Anticor.
"La justice doit dire clairement si les surfacturations ou les sous-facturations sont lĂ©gales. Les responsabilitĂ©s de tous les protagonistes de ces campagnes doivent ĂȘtre Ă©tablies", a commentĂ© le prĂ©sident de l'association Jean-Christophe Picard.Concernant la campagne victorieuse de Macron, Anticor pointe notamment les locations de six lieux de meetings accordĂ©es avec des rabais de 36 Ă 75% environ, ainsi que de larges remises pour la location de matĂ©riel et une "sous-facturation" du siĂšge de campagne dans le XVe arrondissement de Paris.
Dans un communiquĂ© dimanche oĂč elle accusait la presse de "monter en Ă©pingle des pseudo-rĂ©vĂ©lations", La RĂ©publique en Marche avait justifiĂ© ces prix. Selon elle, le théùtre Bobino de Paris avait dĂ©jĂ facturĂ© Ă des associations une location Ă 3.000 euros au lieu des 13.000 euros."Les remises Ă©ventuellement accordĂ©es Ă des associations ne peuvent ĂȘtre comparĂ©es", rĂ©pond Anticor, y voyant des dons dĂ©guisĂ©s de personnes morales.S'agissant de BenoĂźt Hamon, Anticor dĂ©nonce 310.000 euros de remises suspicieuses pointĂ©es par une enquĂȘte du magazine L'Obs.
- "Surfacturations" -
Vendredi, une autre association, le Front républicain d'intervention contre la corruption (Fricc), a annoncé son intention de porter plainte pour "financement illégal de campagne électorale", en visant Emmanuel Macron.S'agissant des comptes de Jean-Luc Mélenchon, dont 434.939 euros de dépenses sur 10,7 millions déclarées ont été rejetés par la commission, Anticor dénonce des "surfacturations" au bénéfice notamment de la société Mediascop présidée par Sophia Chikirou, sa directrice de communication d'alors.
Son bras droit, Alexis CorbiÚre, est accusé d'"abus de confiance" pour avoir facturé des interventions médiatiques "relevant de l'engagement militant". Pour Anticor, la campagne de la France insoumise a d'ailleurs abusé du statut d'autoentrepreneur, synonyme d'un potentiel délit de "marchandage".
Marine Le Pen a vu pour sa part 873.576 euros de dĂ©penses retoquĂ©es par la commission, constituĂ©es Ă 95% des emprunts contractĂ©s auprĂšs du FN et du micro-parti de son pĂšre Jean-Marie. Pour Anticor, ces prĂȘts cachaient une tentative de dĂ©tournement de fonds publics et d'abus de confiance.
La plainte relÚve aussi que "parmi les 29 plus gros prestataires ce sont principalement des sociétés appartenant à des cadres du Front National ou à leur famille".
Vendredi, Jean-Luc MĂ©lenchon, dont la campagne est visĂ©e par une enquĂȘte du parquet aprĂšs un signalement de la CNCCFP, a rĂ©clamĂ© la "rĂ©vision de tous les comptes" des 11 candidats.
 AFP
