Les dirigeants européens vont poursuivre leurs discussions lundi aprÚs-midi dans l'espoir de trouver un accord sur un plan de relance post-coronavirus, au quatriÚme jour d'un sommet laborieux, marqué par une grande tension et de profondes dissensions.
AprÚs une journée complÚte de discussions dimanche, puis une longue nuit d'échanges, la session entre les 27 dirigeants de l'UE a été suspendue à 06H00 (04H00 GMT). Elle doit reprendre à 16H00 (14H00 GMT).
Le prĂ©sident du Conseil europĂ©en, Charles Michel, mĂ©diateur du sommet, doit d'ici lĂ prĂ©senter un nouveau projet de compromis aux capitales. De source concordantes, il devrait proposer de revoir Ă la baisse la part de subventions dans le plan de relance Ă 750 milliards d'euros: 390 milliards, contre 500 milliards dans la proposition initiale. Le reste serait constituĂ© de prĂȘts.
Il s'agit d'un nouveau pas en direction des pays dits "frugaux" (Pays-Bas, SuĂšde, Danemark, Autriche) et de la Finlande, qui bloquent tout accord depuis le dĂ©but du sommet vendredi. "Des nĂ©gociations difficiles viennent de s'achever et nous pouvons ĂȘtre trĂšs satisfaits du rĂ©sultat d'aujourd'hui", a twittĂ© le chancelier autrichien Sebastian Kurz Ă la levĂ©e de la sĂ©ance. "Il y a dĂ©sormais une piste d'accord", a affirmĂ© une source diplomatique.
Selon une source française, "le couple franco-allemand a tout fait pour amener les plus réticents autour de 400 milliards" d'euros de subventions, qui constituaient jusqu'alors leur ligne rouge. Les frugaux n'étaient, à l'inverse, pas disposés à aller au-delà de 350 milliards de subventions, selon une source européenne.
- "Passe trĂšs dure" -
La journée de dimanche a été marquée par la prise de parole, au dßner, du président français Emmanuel Macron, qui est sorti de ses gonds pour dénoncer la mauvaise volonté et les "incohérences" des frugaux, selon des sources concordantes. Il a fustigé le comportement de Sebastian Kurz, lorsque ce dernier a subitement quitté la table pour prendre un appel téléphonique. Selon une source européenne, l'Autrichien s'est senti "offensé" par la remarque.
Le Français a aussi comparĂ© le NĂ©erlandais Mark Rutte Ă l'ex-Premier ministre britannique David Cameron, adepte lui aussi d'une ligne dure lors des sommets europĂ©ens, soulignant que "ce genre de positionnement finissait mal". Le conservateur avait fini par perdre le rĂ©fĂ©rendum sur le Brexit. M. Macron a aussi rappelĂ© aux 27 que c'Ă©tait la France et l'Allemagne qui allaient "payer ce plan", dans "l'intĂ©rĂȘt de l'Europe, quand les frugaux ne font aucune concession", a rapportĂ© une source proche des discussions. "Il y a eu une passe trĂšs dure. Le PrĂ©sident suivi par la chanceliĂšre (allemande Angela Merkel) a tapĂ© du poing sur la table", a-t-on indiquĂ© de source française.
Au moment oĂč une rĂ©cession historique frappe l'Europe, les rĂ©ticences des frugaux menacent de faire capoter un plan massif de soutien Ă l'Ă©conomie, qui profiterait avant tout aux pays du Sud comme l'Italie et l'Espagne, les plus touchĂ©s par l'Ă©pidĂ©mie.
- "Europe faible" -
Sur la table des négociations, un fonds constitué par une capacité d'emprunt de 750 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne, adossé au budget à long terme de l'UE (2021-2027) de 1.074 milliards d'euros. L'unanimité nécessaire des 27 Etats membres rend un accord particuliÚrement difficile.
Lors du dßner, Charles Michel a exhorté les 27 à s'entendre pour ne pas présenter le "visage d'une Europe faible, minée par la défiance".
Il a multipliĂ© tout au long du sommet les gages en faveur des frugaux, par exemple en tentant de rĂ©pondre Ă la demande de Mark Rutte de valider Ă l'unanimitĂ© des 27 les plans de relance nationaux prĂ©sentĂ©s par chaque pays en contrepartie des aides. Une telle configuration, qui Ă©quivaudrait de facto Ă un droit de veto pour chaque capitale, inquiĂšte Rome et Madrid, qui craignent d'ĂȘtre soumis Ă un programme de rĂ©formes (marchĂ© du travail, retraites...) imposĂ©.
Le Belge a présenté un mécanisme plus nuancé, permettant à un pays qui aurait des réserves sur le plan d'un autre Etat d'ouvrir un débat à 27. Parmi les autres points de discorde, le lien entre le versement des aides et le respect de l'Etat de droit, une mesure soutenue par La Haye, mais qui hérisse Budapest et Varsovie, actuellement dans le collimateur de l'UE.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'y est vivement opposĂ© dimanche, accusant mĂȘme son homologue nĂ©erlandais de vouloir le "punir financiĂšrement" et de le "dĂ©tester" lui et la Hongrie.
AFP

