Le Festival d'Avignon a accusĂ© cette annĂ©e une lĂ©gĂšre baisse de frĂ©quentation, payant peut-ĂȘtre le prix d'une programmation plus riche en dĂ©couvertes qu'en valeurs sĂ»res, selon le bilan dressĂ© mardi Ă la veille de la clĂŽture de sa 71e Ă©dition.
Â
AprĂšs un festival portĂ© par la figure de "femmes puissantes", le directeur du festival Olivier Py entrevoit pour 2018 "une thĂ©matique du genre, de la trans-identitĂ©, de la transsexualitĂ©, de l'image qu'on donne de soi-mĂȘme et de la libertĂ© d'ĂȘtre soi-mĂȘme".
Il a évoqué une édition 2017 "plus apaisée" que l'an dernier, oubliant au passage la polémique critique qui a entouré sa propre piÚce, "Les Parisiens". Retour sur cette édition 2017:
- Découvertes -
"SaĂŻgon" de la jeune metteuse en scĂšne Caroline Guiela Nguyen, qui suit les destinĂ©s des "Viet-kieu", ces exilĂ©s qui ont quittĂ© l'Indochine française, dans le dĂ©cor d'un restaurant vietnamien a bouleversĂ© les festivaliers avec sa nostalgie poignante. Les deux jeunes Françaises du Birgit Ensemble ont relevĂ© le dĂ©fi de dĂ©crypter les faillites europĂ©ennes avec un diptyque ambitieux: "Memories of Sarajevo" et "Les Ruines d'AthĂšnes", oĂč la dette grecque est traitĂ©e comme un jeu de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© avec un humour dĂ©vastateur.
Et "Sopro" du Portugais Tiago Rodrigues, autour de la souffleuse du théùtre national de Lisbonne, a fait souffler un vent de poésie.
Pour sa premiÚre venue à Avignon, le chorégraphe grec Dimitris Papaioannou a saisi les spectateurs avec "The Great Tamer", une danse macabre qui convoque des images superbes inspirées des plus grands peintres.
- Bluffés -
Par la magnifique leçon de théùtre de l'Allemand Frank Castorf, d'aprĂšs "Le Roman de Monsieur de MoliĂšre" de Boulgakov. Restera l'image de la roulotte gĂ©ante de Jean-Baptiste Poquelin dans la nef du Parc des expositions, et du jeu dĂ©bridĂ© des acteurs de la VolksbĂŒhne, que Castorf quitte cette annĂ©e aprĂšs un quart de siĂšcle.
Le somptueux miroir d'eau d'"Antigone" de Satoshi Miyagi dans la Cour d'honneur du Palais des papes a créé l'enchantement, mĂȘme si le texte semblait passer au second plan. La maison de verre grandeur nature d'"Ibsen huis" de l'Australien Simon Stone, oĂč se dĂ©chirent trois gĂ©nĂ©rations d'une famille toxique, a Ă©galement Ă©poustouflĂ© les spectateurs.
- Divisés -
à chaque festival sa polémique: aprÚs un "Roi Lear" trÚs contesté il y a deux ans, c'est de nouveau la piÚce de 4h30 du directeur Olivier Py, "Les Parisiens", qui a divisé: "Lyrisme ampoulé de pacotille" pour La Croix, "spectacle plein d'aigreur et de cynisme" pour Le Monde, "La débandade" pour le Figaro ...
De son cotĂ©, TĂ©lĂ©rama saluait "une belle ivresse de théùtre" tandis que pour L'HumanitĂ©, "au mĂ©pris du bon goĂ»t, le directeur du festival s?en donne Ă cĆur joie dans la dĂ©fense d'un théùtre de verbe haut, jusqu'au vertige." L'humanitĂ© mise Ă nu par l'Italienne Emma Dante, avec 14 danseurs dans le plus simple appareil se dĂ©battant sur un plateau hostile, n'a pas convaincu toute la critique mais a Ă©tĂ© trĂšs bien reçue.
- En colĂšre -
L'Afrique en colÚre a surtout trouvé son expression à travers la danse: dans "Unwanted", la Rwandaise Dorothée Munyaneza a donné la parole aux femmes victimes de viols pendant le génocide du Rwanda.
Si le spectacle du Sud-africain Boyzie Cekwana sur un roi bouffon inspiré par la figure du président Jacob Zuma a pùti de l'absence d'un musicien, hospitalisé à Marseille, la piÚce explosive du BurkinabÚ Serge Aimé Coulibaly sur "Kalakuta Republik", la résidence mythique du chanteur Fela Kuti, a emporté tous les suffrages.
- Déçus -
Curieusement, ce sont des figures de la scÚne internationale qui n'ont pas convaincu: le public de la Cour d'honneur n'a pas apprécié le flamenco trÚs contemporain, épuré jusqu'à l'os, de "La Fiesta" du Sévillan Israel Galvan, qui aurait sans doute été mieux apprécié dans un lieu plus intime. Et avec sa version sophistiquée mais finalement trÚs classique des "Bonnes", la Britannique Katie Mitchell n'a pas réitéré le choc de "Mademoiselle Julie" en 2011 à Avignon.
AFP



