PoupĂ©es, puzzles, tableau pour dessiner, miroir sans tain: grĂące Ă une nouvelle salle d'audition dĂ©diĂ©e, les enquĂȘteurs de la brigade des mineurs de Marseille veulent "Ă©tablir une relation de confiance" avec les enfants qu'ils entendent, notamment dans les dossiers d'agressions sexuelles.
Avec plus de 1.400 dossiers par an, la brigade des mineurs de la cité phocéenne est la plus importante de France, derriÚre celle de Paris. Mais obtenir le témoignage d'un enfant est toujours un défi. Surtout en matiÚre de viol ou d'agression sexuelle, quand l'agresseur est trÚs souvent un proche.
"L'idĂ©e de cette salle est d'Ă©tablir une relation de confiance, dans un environnement apaisĂ©, pour les plus petits, les enfants de 3 Ă 8 ans environ", explique mercredi David BrugĂšre, le patron de la sĂ»retĂ© dĂ©partementale des Bouches-du-RhĂŽne, en dĂ©voilant cette nouvelle salle installĂ©e au sein mĂȘme de "l'EvĂȘchĂ©", le QG de la police marseillaise.
Pocahontas, Peter Pan, Nemo: sur les murs aux couleurs pastels, des affiches de films de Walt Disney. Des jouets un peu partout. Un tableau blanc accrochĂ©. Et une table, oĂč l'enquĂȘteur va Ă©couter l'enfant. "Mais on peut aussi s'asseoir par terre, sur le tapis, pour nous mettre Ă leur hauteur", explique Anne, qui fait partie des quelque 20 enquĂȘteurs de la brigade des mineurs de Marseille.
DerriĂšre une glace sans tain, un second enquĂȘteur dĂ©clenche la camĂ©ra, positionnĂ©e dans un angle de la piĂšce, afin de filmer intĂ©gralement l'entretien. Il peut zoomer, changer d'angle. La table, transparente, permet d'analyser le langage corporel de l'enfant, au delĂ de son visage. Les deux policiers, en permanence en relation via leurs oreillettes, mĂšnent l'entretien en binĂŽme.
Flambant neuve, cette salle a coĂ»tĂ© environ 25.000 euros, dont 2.300 apportĂ©s par l'association Parole d'enfants, trĂšs souvent partie civile dans ce type de dossiers. "Avec cet espace Ă Marseille, Il y a dĂ©sormais une cinquantaine de salles +MĂ©lanie+ en France, du nom de cette fillette, dans les annĂ©es 90, qui avait dĂ» subir une douzaine d'auditions, Ă rĂ©pĂ©ter sans cesse son agression", explique Joanny Moulin, le prĂ©sident de cette association, prĂ©sent Ă "l'EvĂȘchĂ©" mercredi.
- Des poupées trÚs humaines -
"Ces salles servent à éviter l'invraisemblable parcours du combattant que vivaient ces enfants", insiste M. Moulin, par ailleurs avocat: "l'entretien est filmé, puis il est versé au dossier, et chaque acteur de la procédure judiciaire peut le consulter, sans devoir entendre à nouveau la victime".
"La parole de l'enfant doit ĂȘtre recueillie avec le plus de prĂ©cision possible, notamment pour qu'elle ne soit pas remise en cause", confirme Brigitte Lanfranchi, premier vice-procureur de Marseille et responsable du parquet des mineurs.
Pour Anne et les enquĂȘteurs marseillais, l'outil est apprĂ©ciable: "il y a une dizaine d'annĂ©es nous avions juste une piĂšce avec une affiche des 101 Dalmatiens et un camĂ©scope en panne... Certains prĂ©fĂ©raient amĂ©nager leur bureau, avec un canapĂ© et quelques jouets. Mais pour les enfants, ça restait un bureau, avec le cliquetis de l'ordinateur, les coups de fil intempestifs, le collĂšgue qui fait irruption sans prĂ©venir!"
Pour libĂ©rer la vĂ©ritĂ©, il y a donc ce nouvel environnement, apaisant. Et quelques jouets, apparemment banals. Comme ces piĂšces de puzzle, torse, bras, jambes, visage, parties gĂ©nitales, que l'enfant peut choisir, avec ou sans vĂȘtements. Quand les mots manquent pour s'exprimer.
Dans un coin de la piĂšce, quatre poupĂ©es de chiffon. Deux adultes, deux enfants. Homme, femme, garçon, fille. Orifices gĂ©nitaux, pĂ©nis, anus, bouche: sous les vĂȘtements, derriĂšre le jouet, la rĂ©alitĂ© anatomique. A l'enfant de reconstruire le traumatisme vĂ©cu, de reconstituer la scĂšne, devant l'enquĂȘteur et sous le regard de la camĂ©ra, discrĂšte mais bien lĂ .
 AFP


