Déclaration à l'AFP

Poutine doit perdre la guerre et la "face" en Ukraine, dit l'opposant russe Kara-Mourza

  • PubliĂ© le 9 septembre 2024 Ă  20:49
  • ActualisĂ© le 10 septembre 2024 Ă  05:13
L'opposant russe Vladimir Kara-Mourza le 9 septembre 2024 Ă  Paris

Vladimir Poutine doit perdre la guerre et la "face" en Ukraine, la fin de son rÚgne étant la seule solution pour la paix, a estimé lundi Vladimir Kara-Mourza, l'un des principaux opposants au président russe, récemment libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers.

"Il est trÚs important qu'on ne laisse pas Vladimir Poutine gagner la guerre contre l'Ukraine", a déclaré dans une interview à l'AFP M. Kara-Mourza, qui devait rencontrer le président français Emmanuel Macron lundi.

Et "il est trÚs important qu'on ne permettre pas à Vladimir Poutine de sauver la face au sortir de cette guerre", a-t-il insisté.
Vladimir Kara-Mourza, qui purgeait une peine de 25 ans dans une colonie pénitentiaire de Sibérie, fait partie d'un groupe de dissidents russes et de ressortissants étrangers libérés le mois dernier dans le cadre d'un échange de prisonniers.

Il dit ĂȘtre confiant sur ses chances de retourner un jour dans son pays d'origine car le "rĂ©gime" de M. Poutine ne durera pas, Ă  condition que cesse la "realpolitik" occidentale vis-Ă -vis du prĂ©sident russe, qui a fait de lui "le monstre qu'il est aujourd'hui".

"Assez de realpolitik" a-t-il lancé.

"Si, Dieu nous en garde, le régime de Poutine est autorisé à présenter l'issue de cette guerre comme une victoire pour lui et à se maintenir au pouvoir, dans un an ou 18 mois, nous parlerons d'un autre conflit ou d'une autre catastrophe", a-t-il averti.

- "Solidarité" avec les Ukrainiens -

AgĂ© de 43 ans, M. Kara-Mourza, qui possĂšde la double nationalitĂ© russe et britannique, a dĂ©clarĂ© qu'il serait "honorĂ©" de se rendre en Ukraine et d'y rencontrer le prĂ©sident Volodymyr Zelensky, estimant que des liens devaient ĂȘtre créés entre le mouvement prodĂ©mocratie russe et l'Ukraine.

"Nous devrons trouver des moyens de vivre ensemble et de surmonter cette horrible tragédie que le régime de Poutine a déclenchée", a-t-il déclaré.

"Ce ne sera pas facile, ce ne sera pas rapide, mais nous savons que c'est possible", a affirmĂ© l'opposant, qui dit avoir nourri une "solidaritĂ© particuliĂšre" Ă  l'Ă©gard des officiers ukrainiens enfermĂ©s dans le mĂȘme camp de dĂ©tention que lui, mĂȘme s'il ne pouvait communiquer avec eux.

Lui-mĂȘme Ă©tait "absolument certain" de mourir dans la colonie pĂ©nitentiaire sibĂ©rienne oĂč il Ă©tait incarcĂ©rĂ©. Jusqu'Ă  ce qu'un matin, il soit soudainement mis dans un avion pour Moscou, puis Ă©changĂ© avec d'autres prisonniers dans la capitale turque, Ankara, a-t-il racontĂ©.

"Personne ne nous a jamais demandé notre accord", a-t-il déclaré. "Ils nous ont embarqués dans un avion comme du bétail et nous ont jetés hors de Russie."

Cependant "non seulement le régime de Poutine n'est pas éternel, mais... je pense qu'il prendra fin dans un avenir trÚs proche." A ce moment-là, "nous aurons une tùche gigantesque à accomplir pour reconstruire notre pays à partir des ruines que Poutine va laisser".

Rappelant l'effondrement du régime tsariste en 1917 et la chute de l'Union soviétique en 1991, M. Kara-Mourza a soutenu que "les changements politiques majeurs en Russie surviennent de maniÚre soudaine et inattendue, et personne n'y est jamais préparé."

- "Avenir en marche" -

Vladimir Kara-Mourza, dont l'ex-ministre et opposant Boris Nemtsov, assassiné à Moscou en 2015, était le mentor, a affirmé ne pas s'inquiéter pour sa sécurité.

Le mot +sĂ©curitĂ©+ ne fait pas partie du vocabulaire de quelqu'un qui s'oppose au rĂ©gime de Poutine en Russie", observe le quadragĂ©naire, qui a Ă©tĂ© lui-mĂȘme empoisonnĂ© deux fois avant son arrestation en 2022.

"Mais que Poutine le veuille ou non, l'avenir est en marche", a-t-il assuré.

Lui-mĂȘme peine Ă  dĂ©crire les Ă©motions qu'il a ressenties lorsqu'il a appris la mort du leader de l'opposition russe, Alexei Navalny, en fĂ©vrier dans une autre prison.

"Je l'ai entendu Ă  la radio", narre-t-il. "AprĂšs des mois passĂ©s Ă  l'isolement, votre esprit commence Ă  vous jouer des tours. J'ai cru que j'avais peut-ĂȘtre tout inventĂ©", poursuit-il, affirmant ĂȘtre certain que Navalny a Ă©tĂ© tuĂ© sur les ordres de Poutine.

"Tout dirigeant occidental qui serre la main de Vladimir Poutine serre la main d'un meurtrier", lance-t-il.

La "rage" contre les "crimes" commis par le rĂ©gime de Poutine en Russie et en Ukraine ont Ă©galement renforcĂ© sa femme Evguenia, qui l'accompagnait lors de l'entretien Ă  l'AFP Ă  Paris. Depuis les Etats-Unis, oĂč elle vivait avec leurs enfants, Mme Kara-Mourza n'avait cessĂ© de se battre pour sa libĂ©ration.

"La rage que j'ai ressentie toutes ces années... dépasse toutes les peurs que je pourrais avoir", a-t-elle assuré, disant vouloir continuer à se battre pour la libération des autres prisonniers politiques.

"Je ne serais pas ici Ă  parler avec vous s'il n'y avait pas Evguenia," conclut Vladimir.

AFP

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