Sans surprise

ProcĂšs en destitution: l'acquittement de Trump se profile

  • PubliĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  00:12
  • ActualisĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  08:08
Le président américain Donald Trump en meeting jeudi 30 janvier 2020 à Des Moines dans l'Iowa

Les sĂ©nateurs semblaient en passe de rejeter vendredi la possibilitĂ© d'entendre des tĂ©moins au procĂšs en destitution de Donald Trump, ce qui leur permettrait de voter rapidement l'acquittement du prĂ©sident amĂ©ricain, peut-ĂȘtre le soir-mĂȘme.

Les cent élus de la chambre haute du CongrÚs se sont retrouvés à la mi-journée pour entendre l'accusation et la défense plaider en faveur ou contre la convocation de témoins et l'admission de nouvelles preuves à ce procÚs historique. "Les faits sortiront, mais la question devant vous aujourd'hui est de savoir s'ils sortiront à temps pour que vous puissiez vous former une opinion éclairée sur la culpabilité ou l'innocence du président", leur a lancé l'élu démocrate et procureur en chef Adam Schiff, dans un dernier effort pour rallier 51 voix à sa cause.

Le camp démocrate compte 47 élus et courtise depuis des jours quatre républicains hésitants. Deux d'entre eux viennent d'annoncer leur intention de voter "contre", ce qui, sauf surprise, devrait entraßner le rejet de la motion lors d'un vote prévu en fin de journée.

Les sĂ©nateurs seront ensuite appelĂ©s Ă  se prononcer sur les deux chefs d'accusation retenus contre Donald Trump: abus de pouvoir et entrave Ă  la bonne marche du CongrĂšs. La Constitution amĂ©ricaine imposant une majoritĂ© des deux tiers (67 voix) pour dĂ©clarer un prĂ©sident coupable, il a toutes les chances d'ĂȘtre acquittĂ©.

LancĂ© Ă  pleine vapeur dans sa campagne de réélection, le milliardaire rĂ©publicain est pressĂ© d'en finir. Selon ses proches, il espĂšre ĂȘtre blanchi avant de prononcer son traditionnel discours sur l'Ă©tat de l'Union, mardi soir devant le CongrĂšs.

Il doit également donner une interview télévisée dimanche avant le Super Bowl, la finale du championnat de football américain, un événement qui réunit environ 100 millions de téléspectateurs.

- "Pas équitable" -

Au nom de "l'équité" et pour marquer les esprits à moins de 300 jours de la présidentielle, les démocrates réclament depuis des semaines l'audition de plusieurs de proches du président. Des confidences de l'ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, rendues publiques ce week-end, ont renforcé leur cause. La sénatrice républicaine modérée Lisa Murkowski s'était ainsi dite lundi "curieuse" d'entendre M. Bolton.

Vendredi, elle a pourtant annoncé qu'elle ne soutiendrait pas la convocation de témoins. Critiquant "la nature partisane" des débats, elle a jugé "qu'il n'y aurait pas de procÚs équitable au Sénat". "Je ne crois pas que continuer changera quoi que ce soit", a-t-elle ajouté dans un communiqué amer.

La veille au soir, son collĂšgue Lamar Alexander avait pris la mĂȘme dĂ©cision. "On n'a pas besoin de preuves supplĂ©mentaires pour Ă©tablir ce qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prouvĂ©, mais qui n'est pas passible de destitution au regard de la Constitution", a-t-il justifiĂ©. Les modĂ©rĂ©s Susan Collins et Mitt Romney voteront eux en faveur de tĂ©moins, mais le compte n'y sera malgrĂ© cela sans doute pas.

Si la motion est bien rejetĂ©e, les cent Ă©lus de la chambre haute pourraient passer trĂšs rapidement au vote sur le verdict, peut-ĂȘtre dans la soirĂ©e ou samedi.
Anticipant cette hypothÚse, le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer a estimé que, sans témoins, "l'acquittement du président ne voudrait rien dire parce qu'il serait le résultat d'un procÚs truqué".

- "Salir" un rival -

Forts de leur majoritĂ© Ă  la Chambre des reprĂ©sentants, les dĂ©mocrates ont mis en accusation Donald Trump lors d'un vote dit d'"impeachment" le 18 dĂ©cembre qui avait quasi strictement suivi les lignes partisanes. L'enquĂȘte s'est dĂ©roulĂ©e dans un climat acrimonieux et a donnĂ© lieu Ă  des Ă©changes trĂšs tendus entre les reprĂ©sentants rĂ©publicains et dĂ©mocrates. Le cadre du procĂšs au SĂ©nat, beaucoup plus strict et formel, a feutrĂ© les dĂ©bats, sans empĂȘcher l'Ă©mergence de deux discours aux antipodes.

Les procureurs dĂ©mocrates ont reprochĂ© Ă  Donald Trump d'avoir demandĂ© Ă  l'Ukraine d'enquĂȘter sur Joe Biden, son adversaire potentiel lors du scrutin du 3 novembre, et d'avoir au mĂȘme moment gelĂ© une aide militaire cruciale pour ce pays. Donald Trump a usĂ© des moyens de l'Etat pour "salir" son rival et "tricher" Ă  l'Ă©lection, ont-ils arguĂ©. Une fois dĂ©masquĂ©, il a tout fait pour bloquer l'enquĂȘte du CongrĂšs, en violation de la Constitution, ont-ils encore assenĂ©.

Donald Trump s'inquiĂ©tait de la corruption en Ukraine et pouvait lĂ©gitimement "poser des questions" sur Joe Biden et les affaires de son fils Hunter dans ce pays, ont rĂ©torquĂ© ses avocats. Quand bien mĂȘme il aurait commis ce qui lui est reprochĂ©, cela n'est pas assez grave pour justifier sa destitution, ont-ils encore avancĂ©, en implorant les sĂ©nateurs de "laisser les Ă©lecteurs dĂ©cider".

AFP

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