Nobel d'économie

Quelques challengers et une Française en lice

  • PubliĂ© le 9 octobre 2017 Ă  08:45
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2017 Ă  09:02
L'économiste française Esther Duflo, le 22 octobre 2015 à Oviedo, en Espagne

La saison 2017 des prix Nobel s'achÚve lundi avec le prix d'économie qui pourrait couronner des recherches rarement mises en avant, à l'instar de celles menées par la Française Esther Duflo, sur la pauvreté et le développement.


Le dernier-nĂ© des Nobel, officiellement "prix de la Banque de SuĂšde en sciences Ă©conomiques en mĂ©moire d'Alfred Nobel", dĂ©cernĂ© pour la premiĂšre fois en 1969, doit ĂȘtre attribuĂ© lundi Ă  09h45 GMT Ă  Stockholm.
Le prix viendra clore une saison marquée par le couronnement de Kazuo Ishiguro en littérature et le prix de la paix attribué à l'ICAN, une coalition d'ONG, pour son engagement contre les armes nucléaires au coeur de tensions internationales avec l'Iran et la Corée du Nord.
AprÚs des spécialistes de la théorie des contrats, l'Américano-Britannique Oliver Hart et le Finlandais Bengt Holmström récompensés en 2016, plusieurs noms circulent dans les médias et les milieux universitaires.
L'économiste Avner Offer, co-auteur du livre "Le facteur Nobel" (2016) avec Gabriel Söderberg, voit le prix revenir à la Française Esther Duflo, 44 ans, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Etats-Unis) et spécialisée dans l'économie du développement, un domaine récompensé seulement deux fois en 48 ans.


- 67 ans d'Ăąge moyen -


"Elle est une pionniÚre de l'essai contrÎlé randomisé (ECR), devenu un courant majeur en économie au cours des vingt derniÚres années", estime l'économiste, interrogé par l'AFP.
Technique inspirée par les ECR en médecine, cette nouvelle méthode cherche à mesurer l'impact des soins pour évaluer le traitement étudié, sur deux groupes de population (un "groupe aléatoire" et un "groupe témoin" qui ne bénéficie pas du traitement). Avec ces expérimentations, il est possible de comparer les effets d'un programme à ce qu'il se serait passé s'il n'avait pas été introduit. Il permet ainsi de juger des dispositifs mis en place et de leur efficacité.
Esther Duflo serait la seconde femme à obtenir le Nobel d'économie, aprÚs l'Américaine Elinor Ostrom en 2009.
L'Ă©conomie est peut-ĂȘtre le Nobel oĂč le profil du laurĂ©at est le plus facile Ă  deviner: un homme ĂągĂ© de plus de 55 ans de nationalitĂ© amĂ©ricaine. Ces 20 derniĂšres annĂ©es, les trois quarts d'entre eux correspondaient Ă  cette description.
L'ùge moyen des lauréats est de 67 ans depuis la création du prix, le plus élevé parmi les six prix décernés. L'Américain Leonid Hurwicz, lauréat 2007 à 90 ans, est le plus ancien nobélisé à ce jour.
Le quotidien de référence suédois Dagens Nyheter (DN) pariait lui dimanche sur l'Américain Paul Romer, chercheur de 61 ans formé à Chicago et actuel économiste en chef de la Banque mondiale, pour avoir théorisé "la croissance endogÚne" dÚs 1986. Il pourrait partager son prix avec son compatriote Robert Barro et/ou le Français Philippe Aghion.
Contacté par l'AFP, Gabriel Söderberg mise sur des sujets liés à l'économie de l'environnement et le changement climatique.
Les Américains Martin Weitzman et William Nordhaus, spécialistes des conséquences économiques du réchauffement climatique, sont dans l'air du temps. Des noms également cités par DN.


- Motivations 'idéologiques' -


Avner Offer et Gabriel Söderberg rappellent toutefois que le comitĂ© Nobel favorise largement les recherches rĂ©putĂ©es nĂ©olibĂ©rales. Sur 78 laurĂ©ats, plus d'un tiers d'entre eux sont ainsi rattachĂ©s Ă  l'UniversitĂ© de Chicago, entre les murs de laquelle s'est dĂ©veloppĂ©e l'Ă©cole Ă©conomique du mĂȘme nom, un courant de pensĂ©e portĂ© par Milton Friedman.
Dans leur ouvrage -"Prix d'économie, sociale-démocratie et conversion au marché"-, les deux économistes exposent notamment les circonstances de la création du prix en 1968 et les motivations "idéologiques" plus que scientifiques présidant au choix des lauréats.
Des économistes libéralo-critiques comme Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Robert Shiller ou Paul Krugman ont certes été récompensés par le Nobel, mais ils demeurent marginaux.
A grands traits, les auteurs, respectivement professeur à Oxford et chercheur à Uppsala, expliquent que la Banque de SuÚde a créé ce prix de façon à affirmer son indépendance face à la politique interventionniste des gouvernements sociaux-démocrates.
En le parant des vertus de la science, les créateurs du prix entendaient "désidéologiser" leur conversion au marché et à la doctrine de régulation naturelle entre les agents socioéconomiques, laquelle n'a pourtant jamais été validée par l'expérience, selon MM. Offer et Söderberg.
Chaque Nobel consiste en une médaille d'or, un diplÎme et un chÚque de neuf millions de couronnes suédoises (environ 943.000 euros).

Par Pauline CURTET - © 2017 AFP

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