Dans les centres-villes de La Réunion, l'inquiétante spirale des fermetures de commerces

  • Publié le 5 juin 2026 à 19:52
  • Actualisé le 5 juin 2026 à 19:53
Commerce fermé

(Actualisé) D'un bout à l'autre de l'île, les mêmes constats remontent du terrain : fréquentation en baisse, trésoreries sous tension, fermetures qui se multiplient. Les commerçants des centres-villes réunionnais traversent une période particulièrement difficile, au point que certains évoquent une situation "alarmante" pour l'économie locale (Photo d'illustration www.imazpress.com)

Pour Cathie Buscemi, présidente de l'association des commerçants du Port, la dégradation n'est pas nouvelle, mais elle semble désormais s'enraciner "C'est très difficile. Chaque année, on se dit que ça ira mieux l'année d'après, mais la conjoncture reste très mauvais", constate-t-elle.

Au Port, comme ailleurs, les fermetures de commerces se succèdent. "Il y a un gros turnover. Tout ce qui tient vraiment, c'est la restauration, qui reste dynamique. Beaucoup de commerces très anciens ont du mal à survivre et finissent par fermer", observe la commerçante. 

Selon elle, plusieurs phénomènes se sont cumulés : le développement des galeries commerciales, la crise sanitaire, puis les conséquences économiques internationales.  "Il y a trop de magasins par rapport à l'évolution de la clientèle. Depuis le Covid, les habitudes ont changé. Les gens voyagent davantage et dépensent leur argent ailleurs", avance Cathie Buscemi.

- Après le rebond post-Covid, la chute -

Le constat est partagé par Marion Vayre, co-gérante des enseignes Family, Sud Express et Sohype, présentes à Saint-Denis, Saint-Gilles et Saint-Pierre.

"Juste après le Covid, pendant deux ans, on a très bien travaillé. Les gens ne voyageaient pas et dépensaient davantage localement", explique-t-elle.

Mais depuis mi-2023, la tendance s'est inversée. "On a observé une baisse constante de fréquentation dans toutes nos boutiques. On voit beaucoup moins de monde passer devant les magasins", dit-elle.

Les comportements de consommation ont également changé. "Avant, les gens se promenaient en ville, entraient dans les boutiques par curiosité, craquaient sur une vitrine. Aujourd'hui, ils viennent davantage avec un achat précis en tête", souligne Marion Vayre

Pour le secteur textile, la situation est particulièrement délicate. "Avec l'inflation, l'habillement n'est plus une priorité. Les budgets des ménages se resserrent et cela se ressent directement dans nos ventes."

- Des trésoreries d'entreprises sous pression à La Réunion -

Cette baisse d'activité a des conséquences immédiates sur la santé financière des entreprises.

"Depuis mi-2025, nous avons vu plusieurs concurrents fermer", poursuit Marion Vayre. "Souvent des indépendants comme nous. Le problème, c'est le manque de trésorerie et le poids des charges."

Malgré six points de vente sur l'île, son entreprise doit aujourd'hui revoir son organisation. Réduction des effectifs, implication accrue de la famille dans l'exploitation des magasins, réflexion sur la vente de certains locaux : les pistes sont nombreuses pour tenter de préserver l'activité.

"Cela fait plusieurs années que nous travaillons sans réellement gagner d'argent. Aujourd'hui, nous envisageons même un emprunt pour financer notre développement sur Internet, car nous sentons que c'est devenu indispensable", souffle la commerçante.

Les fermetures se sont multipliées, et ce sont parfois des commerces qui tenaient depuis des décennies qui ont été contraits de fermer leurs portes. Dernière fermeture en date : celle de la tarterie "L'été glacé", ouverte il y a près de 40 ans à Saint-Denis, et qui a mis la clé sous la porte ce lundi. "En dépit de tous les efforts déployés ces derniers mois, les conditions économiques actuelles ne nous permettent malheureusement plus de poursuivre l’activité", ont confié les propriétaires sur leurs réseaux sociaux.

Lire aussi - Entreprises : la CCI de La Réunion lance une grande enquête sur l’activité économique

- Une hausse des défaillances d'entreprises -

À la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion, les indicateurs virent également au rouge.

Pour Pierrick Robert, la situation dépasse largement la seule question des centres-villes. "La situation est très alarmante. C'est l'économie réunionnaise dans son ensemble qui subit le coût de la crise de plein fouet. Les chefs d'entreprise nous appellent régulièrement et les chiffres ne sont pas bons", regrette-t-il. 

Selon lui, les difficultés économiques ont aussi des conséquences humaines.

"Le chef d'entreprise n'est pas une machine. Il porte sa famille, ses salariés. Quand les difficultés s'accumulent, cela impacte fortement le moral. Beaucoup ne savent plus quoi faire et ont le sentiment de ne pas être suffisamment accompagnés", assure-t-il.

Les procédures collectives progressent fortement. Les liquidations judiciaires et redressements ont augmenté de 14 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025, avec une majorité de liquidations. La principale cause reste le manque de trésorerie, conséquence directe de la baisse d'activité.

"Quand l'activité baisse, la trésorerie disparaît. Et sans trésorerie, l'entreprise ne peut plus faire face à ses charges", résume Pierrick Robert.

- Des réalités contrastées autour des loyers -

Sur la question des loyers commerciaux, les témoignages divergent selon les communes.

Au Port, Cathie Buscemi estime que les propriétaires restent relativement raisonnables afin de conserver leurs locataires dans un contexte difficile.

À Saint-Denis, en revanche, un commerçant ayant souhaité rester anonyme décrit une situation bien différente.

"Quand on voit le prix des loyers pratiqués aujourd'hui par rapport à la fréquentation réelle du centre-ville, c'est exorbitant. Moi-même, je cherche un nouveau local parce que celui-ci est devenu trop cher", confie-t-il.

Selon lui, la fréquentation de son commerce recule de 15 à 20 % par an depuis 2021. "Le Covid a profondément modifié les habitudes des clients. Et avec l'inflation, les dépenses de loisirs passent après le reste", constate le commerçant.

Face à cette situation, les collectivités tentent de maintenir une dynamique à travers des animations et des événements.

Au Port, les commerçants saluent la volonté municipale de redynamiser le centre-ville. "Il y a une vraie bonne volonté de nous accompagner", souligne Cathie Buscemi.

À Saint-Denis, les avis sont plus partagés. Si certains reconnaissent les efforts réalisés avec les marchés de nuit et les animations commerciales, d'autres estiment que ces événements ne suffisent pas à résoudre les problèmes de fond.

"Le centre-ville vieillit. Il y a des locaux vides depuis des années", regrette Marion Vayre. "Ce qui manque, c'est une véritable stratégie pour rendre le cœur de ville plus attractif."

Le commerçant anonyme pointe également les difficultés de circulation et de stationnement qui peuvent décourager une partie de la clientèle.

Invitée aux assises nationales du centre-ville, la ville de Saint-Denis estime cependant avoir "un centre-ville particulièrement dynamique, Saint-Denis étant le premier bassin d’emploi de La Réunion". "Le territoire rassemble notamment près de 500 activités commerciales et affiche par ailleurs un taux de vacance commerciale inférieur à 5%", souligne la commune.

Sensibiliser les consommateurs -

Pour plusieurs acteurs interrogés, l'avenir des centres-villes dépendra aussi des choix des consommateurs.

"Les villes de demain seront ce que décideront les consommateurs", estime Cathie Buscemi. "Il faudrait sans doute mener une campagne de sensibilisation pour rappeler l'importance de consommer dans les commerces de proximité", propose-t-elle. 

Car derrière chaque fermeture, c'est tout un tissu économique local qui s'effrite progressivement.

Alors que les faillites augmentent et que les trésoreries s'épuisent, les commerçants de La Réunion attendent désormais des réponses concrètes pour éviter que les rideaux baissés ne deviennent la nouvelle image des centres-villes de l'île.

as/www.imazpress.com / [email protected]

guest
20 Commentaires
Ha ha ha
Ha ha ha
1 mois

Voilà c’est quoi arnaquer les clients depuis des années. Les soldes par exemple , il fallait attendre des magasin métropole pour montre à zote c’est quoi, avant les soldes étaient linge abîmé ou dans le stock depuis 100ans . Ensuite i vendent linge plus 2 fois son prix , plus chère la métropole , fallait attendre ces derniers années pour voir une baisse avec l’arrivé décathlon. C’est normal faut attendre un concurrent pour arrêt abuse sur réunionnais ?

Voilà c’est quoi prendre à nous pou la merde . Zote chico magasin va mettre la clé dessus, pas rien sa , va arrivé à zote !!!! Bientôt c’est les industrielle avec les yaourts, va mette la clé dessus. Marre c chef d’entreprise roule en porsche sur note dos et i croit plus haut que ou , alors c’est ou fait vivre à zote . Le respect client ou sa i lé !!!!

Voilà moi client décide plus achète avec zote , faut continuer plus aller en ville , ha ha ha !!!!

60h par semaine pour le smic
60h par semaine pour le smic
1 mois

1) Les centre-ville comme SAINT PAUL avec leurs animations ciblées des années 80 n’attirent que les mêmes depuis des années…
2) Aucun effort des autorités pour geler les prix des loyers, 1800€ pour 40m2 avec une ville morte ce n’est pas justifié, il existe pourtant des dispositifs pour sauver les cœurs de ville…
3) Les parkings sont une évidence ! Si un client passe 20 mn pour ce garer il part !
4) la concurrence déloyale face aux sites internet, le commerçant ce fait dépouiller par les frais d’approche (qui ont explosé), de douane, d’octroi de mer, etc…
Tous ses points peuvent être améliorer, mais les responsables ont il seulement l’envie de le faire ???

Patricia
Patricia
1 mois

Et encore, vous n'avez pas tout vu !
En métropole, c'est deux fois pire , à cause des ventes sur internet. !!! Vous avez encore la chance d'être préservé de ça.
Ici, les jeunes ne vont plus en ville, ils commandent tout sur internet sans se rendre compte qu'ils sont en train de tuer le petit commerce !! Je ne sais pas où ça va nous mener tout ça !!!

Jalac
Jalac
1 mois

Que de très bons commentaires qui résument la situation apocalyptique de l'île. Un résumé de ces commentaires devrait être adressé à la chambre de commerce, aux élus, au Préfet et au ministre des DROM sans oublier les douanes.

Achtung
Achtung
1 mois

"Il faudrait sans doute mener une campagne de sensibilisation pour rappeler l'importance de consommer dans les commerces de proximité

C est des comiques franchement, bientot ils vont faire la manche.

Judeobolchévique
Judeobolchévique
1 mois

Selon lui, les difficultés économiques ont aussi des conséquences humaines.

Un génie le mec

achtung
achtung
1 mois

Quand le but est d'arnaquer les gens, d'exploiter les pays pauvres et de s'acheter des gros SUV, c'est normal.

zouav
zouav
1 mois

Les centres-villes, ce n'est que communautarisme, copinage et j'en passe. Les commerçants, avec leur magnifique assemblée générale, devraient peut-être essayer de servir réellement les Réunionnais en premier, et non leurs poches (et leurs proches ? 🙂).

A Saint-Paul, deux boutiques identiques (ACTUEL) à 200 m d'écart...

Les Saint-Paulois ont les moyens d'aller à Cap Sacré Coeur, il y a un joli parking en face du Super U et une gare qui relie tous les habitants de la commune au centre-ville.

Le problème n'est pas le pouvoir d'achat mais l'attrait de centre-ville resté bloqué au début des années 2000 faute de tout ce qui est dit cité plus en haut et j'en passe....

Phoénix974
Phoénix974
1 mois

On a d'un côté l'implantation de grandes surfaces munies de galeries commerciales diversifiées et aussi de rayons prêt à porter et cosmétiques à l'intérieur des supermarchés; et de l'autre des commerçants de villes qui ne font guère d'efforts pour rendre le commerce attractif (nouveautés, tarifs modérés, accueil et choix multiples pour les achats), et qui en plus se sont trop endormis sur leurs lauriers. Beaucoup se croient encore dans les années 80 où les commerçants avaient la main mise sur la clientèle à cause de l'absence de la concurrence. Ensuite l'explosion des loyers en centre ville, les frais et la fiscalité commerciale n'arrangent pas les choses. Bref, nombreux sont les petits commerçants qui se sont adaptés à l'évolution des besoins en consommation et qui grâce à leur capacité d'adaptation, ont su préserver leur place en ville.

974
974
1 mois

Les difficultés des commerces ne viennent pas seulement de la baisse de fréquentation. Il faut aussi parler du pouvoir d’achat des habitants, qui diminue fortement. Beaucoup de familles comptent chaque euro, donc elles ne peuvent plus acheter comme avant. Mais certains magasins semblent l’oublier : prix trop élevés, accueil parfois froid, peu d’efforts pour fidéliser les clients. Le client doit être respecté, surtout dans une période aussi difficile. Pour que les gens reviennent dans les centres-villes, il faut des prix plus accessibles, un meilleur service et une vraie écoute des besoins de la population. Sinon, les clients iront naturellement là où ils se sentent mieux considérés et où leur budget est respecté.

kalou
kalou
1 mois

Comme le dit Jacky, moins de cash en circulation , moins de clients. La politique actuelle tendant vers la disparition du cash et l'orientation vers les monnaies dématérialisées, les commerçants et les artisans vont souffrir et un grand nombre devra cesser son activité.

marius
marius
1 mois

pour que les commerces tiennent il faut des clients. Pour que les clients viennent il faut des parkings et il y en a de moins en moins. le consommateur va où il y a des endroits pour se garer. Faites des parkings gratuits au lieu de les supprimer et tout ira mieux

Corregio
Corregio
1 mois

La catastrophe Bareigts a supprimé la gratuité du parking du bas de la rivière ! Je ne fréquente donc plus le centre ville de St-Denis (regrets pour la librairie Autrement !). Et beaucoup font comme moi !

Maniok
Maniok
1 mois

Hé oui, comme disent les americains : "no parking, no business".
Cela se vérifie partout.

ZembroKaf
ZembroKaf
1 mois

le problème avec les parkings "gratuits" .... c'est les vendeurs(ses) gareront "zot loto" du matin au soir !!! A St Pierre les commerçants attendent avec patience depuis E Hoarau un parking en silo .... remis dans les promesses de campagne de "Lorion" !!!
Tombée "la nuit" les centre ville sont plus sombre et monotone qu'un cimetière .... rideaux baissés , lumière faiblard aucune animation ou signature lumineuse !!!

Marie
Marie
1 mois

Bien résumé. Merci

Will
Will
1 mois

Les parkings sont devenus des machines à cash pour les communes, les SPL qui les gèrent et donc les copains qu'on embauche dans ces SPL car c'est devenu impossible directement dans les communes... Pas grave si les commerces en souffre. L'important c'est le réseau des copains.

Corregio
Corregio
1 mois

Bien vu !

Pauvre
Pauvre
1 mois

A st benoit presque plus de magasin en ville. Ville morte

Jacky
Jacky
1 mois

Et de moins en moins de ventes non déclarées possibles avec les caisses certifiés, les cb...