Rapport sur "l'entrisme" des FrĂšres musulmans : Macron recadre Retailleau and co

  • PubliĂ© le 22 mai 2025 Ă  11:07
Le président de la République Emmanuel Macron à Tirana, en Albanie, le 17 mai 2025 ( AFP / Ludovic MARIN )

"Ça ne va pas", "ce n'est pas sĂ©rieux": Emmanuel Macron a sĂšchement recadrĂ© ses ministres mercredi, Bruno Retailleau en tĂȘte, lors d'un conseil de dĂ©fense consacrĂ© Ă  l'entrisme islamiste en France, jugeant que les propositions faites n'Ă©taient pas Ă  la hauteur de la "gravitĂ© des faits".

"Compte tenu de l’importance du sujet et de la gravitĂ© des faits Ă©tablis, il a demandĂ© au gouvernement de formuler de nouvelles propositions qui seront examinĂ©es lors d’un prochain Conseil de dĂ©fense au dĂ©but du mois de juin", a rĂ©sumĂ© l'ElysĂ©e dans un communiquĂ© laconique.

Le prĂ©sident avait convoquĂ© autour de lui le Premier ministre François Bayrou et les ministres concernĂ©s, de l'IntĂ©rieur Ă  ceux en charge des Affaires Ă©trangĂšres, des Finances, ainsi que de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supĂ©rieur et des Sports.

Selon plusieurs sources, le chef de l'Etat n'a pas seulement dit aux ministres prĂ©sents de revoir leur copie. Il s'est aussi agacĂ© que le rapport qu'il avait lui-mĂȘme demandĂ© en 2024 sur les FrĂšres musulmans et l'islamisme politique ait fuitĂ© dans la presse.

"L’ambiance Ă©tait pesante et Emmanuel Macron s’est Ă©nervĂ© contre quelques-uns de ses ministres sur la prĂ©paration de la rĂ©union et sur les fuites en amont", a confirmĂ© une source ministĂ©rielle.

Selon cette source, le ministre de l'IntĂ©rieur Bruno Retailleau, aurĂ©olĂ© de sa victoire sans appel dimanche Ă  la tĂȘte du parti des RĂ©publicains, Ă©tait clairement "ciblĂ© sur les fuites". Une autre au sein du gouvernement tempĂšre: "il y a eu un moment un peu sec, mais il ne visait pas particuliĂšrement Retailleau".

- "Islamisme par le bas" -

Le ministre de la Justice GĂ©rald Darmanin a tout autant agacĂ© Emmanuel Macron avec sa proposition d'ouverture d'un quartier de haute sĂ©curitĂ© en Guyane pour les "tĂȘtes de rĂ©seau du narcotrafic", une idĂ©e qui a jetĂ© un froid sur cette ancienne terre de bagne, Ă  des milliers de kilomĂštres de la France.

"Entre un rapport classifié qui fuite opportunément et une proposition de prison de haute sécurité sortie de nulle part (..) franchement ce n'est pas sérieux", a pointé une source au sein du camp présidentiel.

Le chef de l'Etat a rĂ©clamĂ© un "communication adĂ©quate", a ajoutĂ© cette source, en rappelant les violentes rĂ©actions dans une partie du monde musulman aprĂšs son discours en 2020 sur le sĂ©paratisme. "On ne peut pas donner l’impression que tous nos compatriotes musulmans sont des agents d’influence des FrĂšres musulmans", a poursuivi cette source.

Le rapport, dont l'AFP a obtenu copie et qui doit ĂȘtre publiĂ© dans une version dĂ©taillĂ©e d'ici la fin de la semaine, fait Ă©tat d'une "menace pour la cohĂ©sion nationale" avec le dĂ©veloppement d'un islamisme "par le bas" de la part des FrĂšres musulmans.

En Ă©cho, M. Retailleau a dĂ©noncĂ© mardi la "menace" que pose l'"entrisme" des FrĂšres musulmans, estimant que leur but Ă©tait "de faire basculer toute la sociĂ©tĂ© française dans la charia", mĂȘme si selon le rapport, "aucun document rĂ©cent ne dĂ©montre (une telle) volontĂ©".

AuprĂšs du Parisien, le ministre a insistĂ© sur "l’entrisme dans les associations sportives": "Aujourd’hui, il y a des priĂšres dans les vestiaires, ou des clubs oĂč les filles ne sont plus admises", a-t-il dĂ©clarĂ©.

Et il a esquissĂ© de premiĂšres pistes devant le SĂ©nat, Ă  savoir "une meilleure organisation de l'État" avec "un vrai chef de file en matiĂšre de renseignement" et "un parquet administratif au ministĂšre de l'IntĂ©rieur" pour "diligenter des dissolutions" et "des entraves administratives".

Il a également évoqué une "formation" des fonctionnaires et des élus locaux, et une "stratégie de sensibilisation du grand public", soulignant "des trous dans la raquette" concernant les "circuits financiers" de cette mouvance.

- Amalgames -

Présentée comme "la branche nationale des FrÚres musulmans en France", la Fédération des Musulmans de France a vivement dénoncé dans un communiqué des "accusations infondées" et mis en garde contre des "amalgames dangereux".

"Nous rejetons fermement toute allégation qui tenterait de nous associer à un projet politique étranger, ou à une stratégie d'+entrisme+. Cette lecture idéologique ne reflÚte ni notre réalité institutionnelle ni notre action de terrain", a-t-elle assuré.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), ex-instance de représentation de l'islam tombée en disgrùce en 2021, a lui aussi exprimé sa "profonde inquiétude face aux possibles dérives et instrumentalisations des données rendues publiques".

"L'islamophobie franchit un seuil", a tonné sur X Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, s'inquiétant d'un "déchaßnement d'inquisitions cruelles".

Avant mĂȘme sa publication officielle, la classe politique a rivalisĂ© de rĂ©actions et de propositions. A l'instar du patron de Renaissance Gabriel Attal qui a souhaitĂ© interdire le voile dans l'espace public pour les mineures de moins de quinze ans.

"Mais quand on Ă©dicte une rĂšgle, il faut ĂȘtre sĂ»r de pouvoir la faire appliquer", a estimĂ© en retour M. Retailleau.

AFP

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1 Commentaires
HULK
HULK
1 an

Il aurait bien voulu que çà reste confidentiel le gamin de l'ÉlysĂ©e. Toujours menteur et lĂąche. Bravo Ă  RETAILLEAU. Maintenant quelles mesures? Rien comme d'habitude, trop d'intĂ©rĂȘts au QUATAR qui finance les "frĂšres".