Groupe armé antigouvernemental

RDC: le M23 progresse dans l'est, Kinshasa recrute des volontaires

  • PubliĂ© le 31 janvier 2025 Ă  21:11
  • ActualisĂ© le 1 fĂ©vrier 2025 Ă  07:02
Un pick-up transportant des soldats de la mission de l'ONU en République démocratique du Congo patrouille dans les rues de Goma, dans l'est du pays, le 31 janvier 2025

AprĂšs avoir conquis Goma dans l'est de la RDC, le groupe armĂ© antigouvernemental M23 et l'armĂ©e rwandaise progressent dans la province voisine du Sud-Kivu, oĂč de jeunes volontaires ont commencĂ© vendredi Ă  s'enrĂŽler dans des milices combattant aux cĂŽtĂ©s de l'armĂ©e congolaise en difficultĂ©.

Dans ce conflit qui dure depuis plus de trois ans, la République démocratique du Congo (RDC) accuse le Rwanda de vouloir piller ses nombreuses richesses naturelles dans la région. Le Rwanda affirme, lui, vouloir éradiquer des groupes armés, notamment créés par d'ex-responsables hutu du génocide en 1994 des Tutsi au Rwanda, qui menacent selon lui sa sécurité.

L'est de la RDC est déchiré depuis des décennies par les violences de multiples groupes armés, exacerbées aprÚs le génocide de 1994 au Rwanda.

Un sommet extraordinaire de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) s'est ouvert vendredi dans la capitale zimbabwéenne, Harare, pour trouver "des solutions durables" au conflit. Le président congolais Félix Tshisekedi devait y participer, en visioconférence, mais pas le président rwandais Paul Kagame.

La SADC a des troupes déployées dans l'est de la RDC (SAMIDRC), tout comme l'ONU (Monusco), et ces deux forces de maintien de la paix ont payé un lourd tribut cette semaine avec 17 tués.

Goma, capitale de la province du Nord-Kivu coincée entre le lac Kivu et la frontiÚre rwandaise, est tombée ces derniers jours au terme d'une offensive éclair, lancée aprÚs l'échec mi-décembre d'une tentative angolaise de médiation entre la RDC et le Rwanda.

Depuis la chute de la grande cité, le M23 et les troupes rwandaises ont progressé dans la province voisine du Sud-Kivu vers Kavumu. Cette localité abrite un aéroport militaire stratégique et l'armée congolaise y a établi sa principale ligne de défense, à 40 km au nord de la ville de Bukavu et son million d'habitants, selon des sources locales.

ParallÚlement, sur fond de craintes d'un embrasement régional, l'armée ougandaise a annoncé vendredi qu'elle allait "renforcer ses défenses" dans l'est de la RDC.

Objectif: "dissuader" et "empĂȘcher les nombreux autres groupes armĂ©s" opĂ©rant dans la rĂ©gion "d'exploiter la situation, et protĂ©ger et sĂ©curiser les intĂ©rĂȘts de l'Ouganda".

- "PrĂȘt Ă  mourir" -

Répondant à l'appel pressant des autorités congolaises, plusieurs centaines de volontaires sont venus s'enregistrer vendredi dans le stade de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, pour aller au front, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Je suis prĂȘt Ă  mourir pour mon pays", a assurĂ© l'un deux, Juvenal Bahati Muhigirwa Ndagano, avant de rejoindre un bataillon dĂ©sordonnĂ© de futurs miliciens en tenues dĂ©penaillĂ©es.

Dans la capitale, Kinshasa, des dizaines de personnes ont fait don de leur sang, Ă  l'appel du ministĂšre de la SantĂ©, pour les militaires et civils blessĂ©s dans la rĂ©gion de Goma, oĂč des combats sporadiques se poursuivent dans la pĂ©riphĂ©rie nord.

"Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que nous aimons le pays seulement sur les réseaux sociaux, nous devons poser des gestes qui sauvent des vies", a dit à l'AFP Amy Vodu, 30 ans.

L'eau courante et l'Ă©lectricitĂ© sont revenues dans la plupart des quartiers de Goma, et certains clients sirotent mĂȘme une biĂšre en terrasse.

Quelques dizaines d'habitants de Goma, sous la garde étroite de combattants armés du M23 qui avaient invité la presse, ont brandi vendredi dans les rues des banderoles affirmant "Nous sommes fatigués avec Tshisekedi".

L'ONU a exprimé son inquiétude face aux violences généralisées perpétrées par chaque camp, citant des exécutions sommaires et des cas de violences sexuelles.

Les affrontements Ă  Goma ont fait plus de 100 morts et prĂšs d'un millier de blessĂ©s, selon les hĂŽpitaux. Ils ont aussi aggravĂ© une crise humanitaire chronique dans une rĂ©gion oĂč, selon l'ONU, plus de 500.000 personnes ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es depuis dĂ©but janvier.

L'offensive sur Goma, cité de plus d'un million d'habitants et presque autant de déplacés, a suscité de nombreux appels internationaux à la fin des combats et au retrait des troupes rwandaises.

Le prĂ©sident français Emmanuel Macron s'est entretenu avec ses homologues angolais, ougandais et burundais pour tenter d'arrĂȘter les hostilitĂ©s, a dit la prĂ©sidence française vendredi.

La Belgique a demandé à l'Union européenne d'envisager des sanctions contre le Rwanda. Londres a menacé jeudi "d'un réexamen de toute l'aide britannique au Rwanda".

M. Tshisekedi a, lui, condamné "le silence" et "l'inaction" de la communauté internationale face à "la barbarie du régime de Kigali", mettant en garde contre "une escalade aux conséquences imprévisibles" dans la région des Grands Lacs.

AFP

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