"Réveille-toi, Birmanie!".
Devant le siĂšge du parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, une foule vĂȘtue de rouge chante sa victoire aux Ă©lections historiques de dimanche, tranchant avec le silence radio du rĂ©gime sortant."RĂ©veille-toi, Birmanie! La LND arrive", chantent les partisans de la Ligue nationale pour la dĂ©mocratie, reprenant en ch?ur une des chansons phare de la campagne d'Aung San Suu Kyi, interprĂ©tĂ©e par des stars de la pop birmane.
Massée par centaines devant un écran géant installé devant le siÚge du parti, en plein Rangoun, la foule s'exclame à chaque fois que s'affichent des résultats, égrenés par la commission électorale en direct à la télévision.
Une telle célébration aurait été encore inimaginable il y a quelques années en Birmanie, un pays qui ne s'ouvre au monde que depuis l'autodissolution de sa junte militaire en 2011.
La population a encore Ă l'esprit les massacres des manifestations Ă©tudiantes de 1988 ou la rĂ©pression de la rĂ©volution de safran de 2007, Ă une Ă©poque oĂč Aung San Suu Kyi Ă©tait encore en rĂ©sidence surveillĂ©e et ses prises de parole en public impensables.
Ces derniers jours, la diffusion en boucle à la télévision d'un clip mettant en garde contre toute manifestation de type printemps arabe avait inquiété. Nombre craignaient que le pouvoir de transition en place, assumé par des généraux convertis aux réformes, ne tolÚre pas un tel déchaßnement de joie partisane.
"Nous en avons assez des militaires. MÚre Suu (le surnom affectueux par lequel nombre de Birmans appellent l'opposante) apporte le changement. Cela commence ce soir", explique Tin Htun Aung, 30 ans, un autocollant de LND collé sur chacune de ses joues, tout en agitant un grand drapeau du parti, dont l'emblÚme est un paon doré sur fond rouge.
- Suu Kyi, icĂŽne providentielle -
"Ma fille a neuf ans, je veux que mon pays soit mieux quand elle sera plus grande... Nous sommes un pays trĂšs pauvre. Suu Kyi peut y remĂ©dier", dit-il espĂ©rer, alors mĂȘme qu'Aung San Suu Kyi est critiquĂ©e pour la faiblesse de son programme de dĂ©veloppement Ă©conomique.
Les partisans du régime sont restés quant à eux étonnamment discrets et le président Thein Sein, un ancien général en charge de la transition post-junte depuis 2011, est resté invisible lundi.
La tĂ©lĂ©vision a diffusĂ© en direct le dĂ©compte des voix - une innovation technique et mĂ©diatique importante dans un pays oĂč le JT se rĂ©sume encore largement Ă des plans fixes d'inaugurations par des officiels.
Quelques plans de la foule rouge rassemblĂ©e devant le siĂšge de la LND sont mĂȘme apparus fugacement sur les Ă©crans, chose rare.
Dans cette foule, les espoirs de vie meilleure reviennent souvent, le pays peinant malgré les récentes réformes à se remettre de décennies de junte ayant laissé l'économie, l'administration et les hÎpitaux dans un état désastreux.
La question de l'amélioration du systÚme scolaire, sous-financé pendant des décennies, est également au centre des préoccupations.
"Notre systÚme d'éducation est en lambeaux. Nous ne pouvons pas entrer en compétition avec les autres pays", explique Kaung Htet Thaw, une étudiante en économie de 18 ans, entre deux couplets des chansons de la LND, retransmises par des hauts-parleurs géants.
"Si la LND gagne, ils nous aideront à nous améliorer", dit-elle avec conviction.
HabillĂ©e en rouge de la tĂȘte aux pieds, Phyo Sin Hyaw, informaticienne travaillant Ă Singapour, explique ĂȘtre revenue exprĂšs pour voter.
"C'est une foule jeune. Ils ont besoin de changement. Ils veulent des emplois et que le pays se développe. Leur heure est arrivée".
Par Myriam CHAPLAIN RIOU - © 2015 AFP
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