Comme chef de la diplomatie

Royaume-Uni: Rishi Sunak rappelle David Cameron au gouvernement

  • PubliĂ© le 13 novembre 2023 Ă  16:40
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2023 Ă  16:45
Des journalistes devant le 10 Downing Street aprÚs un remaniement ministériel, le 13 novembre 2023 à Londres

A la recherche d'un nouveau souffle à quelques mois des élections, le Premier ministre britannique Rishi Sunak a créé la surprise lundi en rappelant au gouvernement son prédécesseur David Cameron, l'homme du référendum du Brexit, comme chef de la diplomatie.

Attendu depuis des mois, un changement du gouvernement conservateur semblait inéluctable pour renvoyer la trÚs à droite ministre de l'Intérieur Suella Braverman, dont les critiques formulées à l'encontre la police la semaine derniÚre ont constitué la provocation de trop.

Mais personne n'avait vu venir le retour au premier plan, à 57 ans, de David Cameron, qui avait convoqué le référendum du Brexit et milité pour le maintien dans l'Union européenne, son échec plongeant son parti et le Royaume-Uni dans plusieurs années de déchirements.

Sur X (ex-Twitter), celui qui a été Premier ministre de 2010 à 2016 a dit vouloir mettre son expérience au service des "défis vitaux" du moment, citant "la guerre en Ukraine et la crise au Moyen-Orient".

"MĂȘme si j'ai pu ĂȘtre en dĂ©saccord avec certaines dĂ©cisions en particulier, il est clair pour moi que Rishi Sunak est un Premier ministre fort et compĂ©tent, qui fait preuve d'un leadership exemplaire Ă  un moment difficile", a-t-il assurĂ©.

- Autorité -

Arrivé à Downing Street depuis un peu plus d'un an, aprÚs les scandales de l'Úre Boris Johnson puis l'éphémÚre Liz Truss, Rishi Sunak, un ex-banquier d'affaires de 43 ans, avait bien besoin d'un coup pour se relancer.

Les législatives prévues l'année prochaine - ou au plus tard en janvier 2025 - approchent et son parti, au pouvoir depuis prÚs de 14 ans, est trÚs largement distancé dans les sondages par les travaillistes.

Les événements se sont précipités la semaine derniÚre lorsque Suella Braverman, connue pour ses déclarations outranciÚres, a critiqué la police de Londres dans une tribune au Times, lui reprochant d'autoriser la marche pro-palestinienne qui s'est tenue samedi et l'accusant de partialité.

L'article n'avait pas reçu le feu vert de Downing Street, contrairement aux rÚgles habituelles.

Outre un coup porté à l'autorité de Rishi Sunak, ces propos ont été considérés comme une atteinte à l'indépendance opérationnelle de la police.

Ces déclarations controversées s'ajoutaient à une série de polémiques ces derniers mois: elle a qualifié les arrivées de réfugiés d'"invasion" et a averti d'un "ouragan" migratoire, et avait plus récemment estimé que certains sans-abri dormaient dans des tentes conformément à un "mode de vie choisi".

- "Désespéré" -

Elle est remplacĂ©e au Home Office par le chef de la diplomatie James Cleverly, qui lui-mĂȘme cĂšde sa place Ă  David Cameron.

Il s'agit d'un poste crucial alors que le gouvernement de Rishi Sunak a érigé en priorité la lutte contre les arrivées de migrants par la Manche sur des embarcations de fortune.

James Cleverly devra assumer une politique controversĂ©e et trĂšs restrictive sur le droit d'asile ainsi que le projet britannique critiquĂ© par l'ONU de renvoyer les migrants illĂ©gaux, peu importe d'oĂč ils viennent, vers le Rwanda.

ContestĂ©e devant la justice, cette mesure va connaĂźtre un test clĂ© mercredi lorsque la Cour suprĂȘme se prononcera sur sa validitĂ©.

Le renvoi de Suella Braverman, figure de l'aile droite de la majorité aux ambitions politiques affichées, risque de renforcer les divisions internes au sein du parti conservateur. Certains députés la soutenant avaient menacé de démissionner si cette adepte des "guerres culturelles" quittait le gouvernement.

Avec David Cameron, Rishi Sunak "veut quelqu'un avec une certaine influence sur la scĂšne internationale mais c'est certainement aussi une distraction du renvoi de Braverman", relĂšve Tim Bale, politologue Ă  la Queen Mary University de Londres.

Cet expert, interrogé par l'AFP, se dit "trÚs sceptique" quant au succÚs de la manoeuvre: "Cela semble désespéré."

Les Tories restent plombés par une économie qui stagne, la plus haute inflation des pays riches du G7 et la crise profonde du systÚme public de santé. Un sondage publié ce week-end par l'institut Survation laisse présager que l'opposition remportera une majorité encore plus forte que celle de Tony Blair en 1997.

Le Labour, recentré sous son leader Keir Starmer, n'échappe cependant pas aux divisions. Plusieurs élus ont démissionné, jugeant sa position trop pro-israélienne, dont un député qui a claqué la porte de l'équipe dirigeante.

AFP

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