Brésil

Rude semaine et retour compromis pour Lula

  • PubliĂ© le 22 juillet 2017 Ă  09:23
L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et Dilma Rousseff à Sao Paulo, au Brésil, le 21 juillet 2017

Lula a une obsession: redevenir président du Brésil en 2018, un retour compromis tant le chemin jusqu'au palais présidentiel est semé d'embûches pour l'icÎne de la gauche qui a subi cette semaine une série de revers.


A 71 ans, Luiz Inacio Lula da Silva, ex-président du plus grand pays latino-américain (2003-2010) qui jouit toujours d'une forte popularité mais est tout aussi détesté, est pris dans un labyrinthe qui pourrait le conduire à la case prison.

Cette semaine, le jeune juge anticorruption Sergio Moro a ordonné le gel de quatre de ses comptes bancaires, de deux fonds de pension de 2,5 millions d'euros et la saisie de trois de ses appartements dans le cadre d'une affaire de triplex dans une station balnéaire. Lula est accusé d'avoir reçu cette "largesse" d'une compagnie du BTP en échange de son intercession auprÚs de Petrobras pour des contrats. Le magistrat a aussi convoqué jeudi Lula pour la mi-septembre dans le cadre d'une autre des cinq affaires dans lesquelles il est visé: l'acquisition controversée d'un terrain.

Enfin, les manifestations auxquelles la gauche avait appelĂ© jeudi "pour Lula et pour la dĂ©mocratie" dans toutes les grandes villes du BrĂ©sil aprĂšs sa condamnation choc Ă  neuf ans et demi de prison par le mĂȘme juge la semaine prĂ©cĂ©dente ont fait pschitt. "L'Ă©tau se resserre autour de Lula", dĂ©clare Ă  l'AFP l'analyste politique David Fleischer, professeur Ă  l'UniversitĂ© de Brasilia.

Voulant épargner aux Brésiliens le "traumatisme" de voir leur ex-président incarcéré, le juge Moro a laissé Lula libre en attendant le jugement en appel d'un tribunal de Porto Alegre (sud), qui aura le sort de Lula entre ses mains -- une procédure qui pourrait durer un an.
Ces trois juges dĂ©cideront d'ouvrir les portes d'une cellule pour Lula ou de nouveau celles du Palais prĂ©sidentiel du Planalto oĂč il a effectuĂ© deux mandats.

"Lula essaie de garder une image positive en vue de l'élection de 2018, mais c'est de plus en plus difficile à chaque fois", dit M. Fleischer, au sujet de l'élection prévue en octobre 2018.

- La politique, aphrodisiaque -

Plus combatif que jamais, cet ancien ouvrier mĂ©tallurgiste et leader syndical qui avait Ă©chouĂ© trois fois Ă  la prĂ©sidentielle avant d'accĂ©der au sommet a dĂ©noncĂ© un "procĂšs politique", un "massacre" destinĂ© Ă  l'empĂȘcher de remporter la victoire Ă  la prĂ©sidentielle que les sondages lui promettent.

"Comme ils n'ont pas rĂ©ussi Ă  m'Ă©liminer politiquement, ils veulent me faire tomber avec des procĂ©dures", a-t-il lancĂ© de sa voix rauque lors de la manifestation de son Parti des Travailleurs (PT) Ă  Sao Paulo, jeudi. "Si le parquet et le juge Moro ont la preuve que j'ai dĂ©tournĂ© cinq centimes, qu'on me la montre (...) et qu'on m'arrĂȘte", s'est-il Ă©criĂ© au milieu de ses partisans.

"Lula veut maintenir le PT en vie et il sait que les conditions actuelles, avec plusieurs dirigeants écroués, font de lui le seul capable de le mettre en ordre de bataille", explique à l'AFP André César, analyste à Brasilia des consultants Hold. Le PT, qu'il a fondé dans les années 1980, n'est pas non plus au mieux de sa forme. Il reste sonné par la destitution l'an dernier de la présidente Dilma Rousseff (2011-2016), dauphine de Lula, qui a mis brutalement fin à 13 années de gouvernement de gauche.

Les enquĂȘtes de "Lavage Express" autour de Petrobras et la dĂ©route historique du PT aux municipales d'octobre 2016 ont encore plus enfoncĂ© le PT, qui ne voit plus qu'une seule issue: Lula. "Il a encore des cartes en main, mais peu. Il peut compter sur la base militante, mais elle se rĂ©duit, et sur une partie des classes dĂ©favorisĂ©es qui gardent une nostalgie (des annĂ©es Lula)", dit M. Cesar.

Les Brésiliens sont divisés entre ceux qui voient en Lula le brillant pilote d'un Brésil ambitieux qui a séduit le monde il y a une décennie et ceux qui l'identifient aux excÚs qui ont plombé ce pays émergent. "Je pourrais rester tranquille, mais la politique est un aphrodisiaque", a dit Lula dans un entretien à des journalistes cette semaine, faisant apparemment fi de tous les obstacles en travers de sa route.

AFP

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