"Mais ça ne finira donc jamais!".
Une voisine du 5 bis rue de Verneuil, oĂč vivait Serge Gainsbourg, peste en se frayant un passage sur l'Ă©troit trottoir bondĂ© de journalistes et de fans venus rendre hommage au chanteur mort il y a trente ans.
Il est presque midi, et Patrick vient dĂ©poser un bouquet de roses rouges sur les grilles de la derniĂšre demeure du chanteur, rive gauche Ă Paris. "Nous avions prĂ©vu bien plus, mais avec le Covid tout a dĂ» ĂȘtre annulĂ©", explique ce quarantenaire, chapeau chic et barbe de quelques jours, venu de Niort avec une dizaine de compĂšres.
La rue est étroite, et c'est au tour de Damien, un cinquantenaire qui travaille prÚs de là , de s'attarder devant la façade aux mille collages et dessins. "A chaque fois que je passe, il y a toujours de nouveaux graphes à admirer. Ces murs sont vraiment un lieu vivant, et je suis ravi que la maison s'ouvre au public", explique cet historien, faisant référence au projet de Charlotte Gainsbourg d'ouvrir l'endroit avant la fin de l'année.
D'abord timides, les passants finissent par s'arrĂȘter plus longuement, avant de former des petits groupes trĂšs diffĂ©rents.
Des looks rockeur d'abord, cigarette aux lÚvres, bagues aux doigts et lunettes de soleil sur le nez, qui finissent par coller des affiches et des disques à l'effigie de "Gainsbarre", aprÚs avoir allumé une sono.
- "un appel à la liberté" -
Des fans plus discrets s'arrĂȘtent longuement, Ă l'image de Jean-Yves, un informaticien cinquantenaire venu pendant sa pause dĂ©jeuner rendre hommage Ă cet "homme qui reprĂ©sente une Ă©poque : celle oĂč on ne mettait pas de ceinture, oĂč on pouvait dire merde Ă la tĂ©lĂ©, une Ă©poque de libertĂ© qui contraste avec ce que nous vivons aujourd'hui".
Un avis partagé par Alexis, étudiant de 19 ans, qui a d'abord "découvert la partie provocatrice, le billet de 500 francs brûlé en direct à la télé, avant de découvrir ses mots". Ce moment de commémoration est comme "une respiration, un appel à la liberté qui manque aujourd'hui, explique-t-il : Gainsbourg, c'est vulgaire, provoquant. Mais c'est aussi un vrai poÚte au style intemporel. C'est de l'art, il faut l'accepter tel qu'il est", s'enthousiasme l'étudiant qui doit déjà retourner en cours.
Des artistes finissent aussi par occuper une bonne partie du trottoir qui jouxte le 5 bis, comme ce dessinateur qui colle et redessine un large portrait bleuté de Gainsbourg, ou ce jeune chanteur qui, guitare sous le bras, entame l'air de "Couleur Café".
"Je suis dans mon annĂ©e Ă©rotique", plaisante Roswitha, 69 ans, venue, avec sa bande, faire des collages. Passer, regarder, coller ou se retrouver, les fans discrets ou bruyants du chanteur Ă la tĂȘte de choux sont unanimes : "on est venu chercher un peu de Gainsbourg, et ça fait du bien".
AFP



