HypothĂšse d'un sabotage

Rupture de cĂąbles en mer Baltique : la marine danoise surveille un bateau chinois

  • PubliĂ© le 20 novembre 2024 Ă  20:14
  • ActualisĂ© le 20 novembre 2024 Ă  20:55
Le navire chinois, le Yi Peng 3, à droite, est ancré et surveillé par un navire de patrouille de la marine danoise dans la mer de Kattegat, prÚs de la ville de Granaa dans le Jutland, au Danemark, le 20 novembre 2024

La marine danoise s'intéresse mercredi à un bateau chinois, le Yi Peng 3, immobilisé à proximité des cÎtes du Danemark, aprÚs la rupture de deux cùbles de télécommunications dans la mer Baltique, les dirigeants des pays nordiques n'excluant pas l'hypothÚse d'un sabotage.

Le vraquier, construit en 2001 et propriĂ©tĂ© de l'entreprise chinoise Ningbo Yipeng Shipping Co, Ă©tait proche de la zone oĂč le cĂąble "C-Lion1" reliant la Finlande Ă  l'Allemagne a Ă©tĂ© endommagĂ© lundi, montre le site internet spĂ©cialisĂ© Marinetraffic.

La rupture du cĂąble a Ă©tĂ© localisĂ©e au sud de l'Ăźle d'Öland dans les eaux suĂ©doises, Ă  quelque 700 km d'Helsinki.

La DĂ©fense danoise a annoncĂ© mercredi qu'elle surveillait le bateau chinois, qui est Ă  l'arrĂȘt depuis mardi soir dans le Kattegat, entre le Danemark et la cĂŽte ouest de la SuĂšde, selon Marinetraffic.

- Dans le sillage du Yi Peng 3 -

"Nous sommes présents dans la zone proche du navire chinois Yi Peng 3", a déclaré la Défense danoise dans un message à l'AFP.
Le Yi Peng 3 avait quitté le port russe d'Oust Louga, à l'ouest de Saint-Pétersbourg, le 15 novembre, a signalé le site en ligne VesselFinder. Aucun élément ne l'incrimine pour le moment.

La police suĂ©doise, qui enquĂȘte depuis mardi sur des soupçons de sabotage, a confirmĂ© qu'elle s'intĂ©ressait aux mouvements d'un bateau, sans prĂ©ciser lequel.

"La police et les procureurs suédois s'intéressent à un navire qui a été vu sur les sites en question. Il n'est pas actuellement dans les eaux suédoises", a-t-elle écrit dans un communiqué.

De son cÎté, la diplomatie chinoise a rejeté tout soupçon.

"La Chine a toujours rempli pleinement ses obligations en tant qu'État du pavillon et exige des navires chinois qu'ils respectent scrupuleusement les lois et les rĂ©glementations en vigueur", a dit Lin Jian, le porte-parole du ministĂšre chinois des Affaires Ă©trangĂšres.

- "Paralyser la société" -

Dimanche matin, un autre cùble de télécommunications, l'"Arelion", reliant l'ßle suédoise de Gotland à la Lituanie, a été abßmé.

"Détruire les télécommunications et d'autres types de cùbles est une maniÚre efficace de paralyser, en partie, la société", a souligné mercredi le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, n'excluant pas l'hypothÚse d'un sabotage.

"Mais nous n'en savons rien pour l'instant", a-t-il ajouté.

Ces ruptures de cùbles n'ont pas eu d'effet majeur : le trafic internet via l'"Arelion" a été rerouté en recourant à d'autres liaisons internationales et les clients ne sont pas affectés, a dit un porte-parole de la filiale lituanienne de l'opérateur suédois Telia.

"Il faut démonter un grand nombre de cùbles pour que cela se fasse ressentir", a expliqué à l'agence de presse TT Mattias Fridström, le directeur d'Arelion.

Les deux opérateurs ont néanmoins confirmé que les cùbles avaient été endommagés par un impact extérieur.

En raison des tensions autour de la mer Baltique, notamment avec la Russie, plusieurs dirigeants ont évoqué la possibilité d'une "attaque hybride" ou d'un "sabotage".

"Personne ne croit que ces cùbles ont été coupés par accident", a martelé mardi matin le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius.

Mette Frederiksen, la PremiÚre ministre danoise, a abondé en ce sens. "Il y a un risque d'attaques hybrides, de cyberattaques et d'attaques contre les infrastructures essentielles", a-t-elle dit à l'agence de presse Ritzau.

Le Kremlin a de son cÎté jugé "risible" et "absurde" d'accuser la Russie.

- "Acteur extérieur" -

"Nous suivons de prÚs ce que disent les autorités compétentes et je ne serais pas surprise que ce soit un acteur extérieur qui ait procédé au sabotage", a lancé Mme Frederiksen.

Selon l'ONG Robin des bois, le Yi Peng 3 n'a fréquenté que des ports chinois (13), russes (quatre), turcs (deux) et un port indien depuis un an.

Ces deux incidents, survenus à 48 heures d'intervalle, rappellent le sabotage en septembre 2022 des gazoducs Nord Stream, jusqu'ici non élucidé.

En août, le Wall Street Journal a mis en cause l'ancien chef d'état-major de l'armée ukrainienne, une accusation qualifiée de "non-sens absolu" par Kiev.

En octobre 2023, le Balticconnector, un gazoduc sous-marin entre la Finlande et l'Estonie, avait Ă©tĂ© endommagĂ©, comme l'a ensuite montrĂ© l'enquĂȘte, par l'ancre d'un cargo chinois qui avait poursuivi sa route.

Les tensions en mer Baltique ont augmenté depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.

La Russie voit l'augmentation de la présence de l'Otan prÚs de ses frontiÚres comme une provocation et une menace pour sa sécurité.

Avec l'adhĂ©sion de la SuĂšde, aprĂšs celle de la Finlande, tous les États riverains de la mer Baltique, Ă  l'exception de la Russie, sont dĂ©sormais membres de l'Alliance atlantique.


 AFP

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