Une chasse à outrance inquiétante

Russie - 850 000 euros par orque capturé

  • PubliĂ© le 4 aoĂ»t 2017 Ă  11:27
Deux orques nagent le 01 juillet 2007 dans les mers

Un bĂ©louga femelle de quelques annĂ©es, prisonniĂšre d'un filet, gĂźt sur le pont d'un bateau rouillĂ© venu accoster dans un port de l'ExtrĂȘme-Orient russe.

"Ne nous oublie pas, sale pute", lui crie un marin.
A cÎté du jeune mammifÚre marin, trois autres bélougas et quelques phoques suffoquent sous les cris de ceux qui les ont pris, d'aprÚs des images d'un documentaire russe.
Ce film, intitulé "Né libre" et diffusé en 2017, met en lumiÚre le manque de transparence et de contrÎle du commerce de mammifÚres marins, ayant permis à la Russie de devenir le principal fournisseur de certaines espÚces maritimes aux aquariums du monde entier, notamment en Chine.
"Nous avons commencé à tourner un film sur les aquariums, mais je ne pouvais pas imaginer l'ampleur du business, à quel point ce systÚme était corrompu", raconte Gaïané Petrossian, réalisatrice du documentaire.
Chaque année, le gouvernement russe autorise la capture de 150 bélougas pour des zoos et océanoriums, rappelle Dmitri Glazov, vice-président de l'association "Conseil pour les mammifÚres marins".
Il dĂ©livre aussi des autorisations pour la capture d'une dizaine d'orques, des animaux trĂšs demandĂ©s, pour le prix d'un million de dollars (850.000 euros) par tĂȘte, selon M. Glazov.
Au total, la Russie a officiellement exporté 91 mammifÚres marins vivants, parmi lesquels des phoques, des baleines et des dauphins, dont 84 ont été vendus à la Chine depuis 2016, selon la douane russe.


- 80 animaux capturés par saison -


Mais les militants de la cause animale affirment que le nombre d'animaux pĂȘchĂ©s est bien plus Ă©levĂ©. D'aprĂšs eux, les quotas, octroyĂ©s officiellement Ă  des fins Ă©ducatives et scientifiques, cachent des pĂȘches Ă  but commercial.
"Si on capture une orque à des fins éducatives et culturelles en Russie et que l'orque est ensuite vendue en Chine, c'est déjà contre la loi", souligne l'avocat Maxime Kroupski, qui aide les chercheurs opposés au commerce des animaux.
MĂȘme si les orques et les bĂ©lougas ne figurent pas pour l'instant sur la liste des espĂšces en danger, les chercheurs russes redoutent que leur nombre ne chute drastiquement.
"Pour plusieurs espĂšces de mammifĂšres marins, nous ne savons mĂȘme pas quel est leur nombre, car nous n'avons pas menĂ© d'Ă©tude sur ce sujet depuis l'Ă©poque soviĂ©tique", regrette M. Glazov.
Selon une estimation datant de 2010, il existe deux groupes, sĂ©parĂ©s, de bĂ©lougas dans l'ExtrĂȘme-Orient russe. Et pour assurer leur reproduction, il ne faudrait pas en capturer plus de 15 de chaque groupe par an.
Mais en réalité, les chasseurs se concentrent sur le seul groupe vivant dans la mer d'Okhotsk, au nord du Japon, et capturent jusqu'à 80 animaux en une seule saison, essentiellement de jeunes femelles indispensables pour la reproduction de la population, affirme M. Glazov.
Pour les orques, la chasse menée avec l'autorisation des autorités pose également un problÚme, d'autant plus que les orques capturées proviennent d'une variété trÚs rare qui mange des mammifÚres marins plutÎt que du plancton.
Le nombre de cette espĂšce, qui vit dans l'ExtrĂȘme-Orient russe, ne dĂ©passe pas "quelque petites centaines", estime Erich Hoyt, de l'Association pour la sauvegarde des baleines et des dauphins.


- "Moratoire" -


Alors que la présence de dauphins dans des parcs aquatiques ou aquariums est de plus en plus réglementée dans de nombreux pays, notamment occidentaux, la Chine, elle, continue à exploiter des mammifÚres marins, qui viennent principalement de Russie.
De nouveaux aquariums ont ainsi ouvert en Chine, comme le parc Chimelong Ocean Kingdom oĂč neuf orques russes destinĂ©es Ă  des spectacles dans l'eau ont Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©es cette annĂ©e.
Or, à la différence des autres animaux, les orques, comme les bélougas, mammifÚres trÚs intelligents capables de parcourir de longues distances, ont une durée de vie trÚs courte en captivité, ont prouvé certaines études.
Une forte controverse concernant leur bien-ĂȘtre en captivitĂ©, ainsi que plusieurs cas de meurtre des entraĂźneurs par les orques, connus Ă©galement comme baleines tueuses, ont poussĂ© les aquariums comme SeaWorld aux Etats-Unis Ă  ne plus les utiliser dans leurs spectacles.
"Jusqu'Ă  ce que nous connaissions leur nombre exact, il faut introduire un moratoire sur la capture de tous les mammifĂšres marins" en Russie, appelle Dmitri Glazov.

Par Maria ANTONOVA - © 2017 AFP

guest
0 Commentaires