Irak

Sadr City, "on a enfin espoir" que les choses changent

  • PubliĂ© le 14 mai 2018 Ă  20:20
  • ActualisĂ© le 14 mai 2018 Ă  20:25
Un "touk-touk" passe devant une affiche Ă  la gloire du leader chiite Moqtada Sadr dans une rue du quartier pauvre de Sadr City Ă  Bagdad, le 14 mai 2018

Jusqu'ici, les festivités ont été modestes mais la joie se lit sur les visages. A Sadr City, quartier pauvre de Bagdad, on espÚre que la possible victoire électorale du dirigeant chiite Moqtada Sadr aura des retombées positives.


Deux jours aprĂšs les lĂ©gislatives, les drapeaux bleus de "La marche pour les rĂ©formes" --alliance inĂ©dite entre ce leader populiste et les communistes, qui arriverait en tĂȘte selon des rĂ©sultats partiels-- pavoisent encore cet immense quartier, oĂč les poubelles s'entassent faute de ramassage et oĂč les eaux usĂ©es se dĂ©versent dans les rues faute d'Ă©gouts.

Les services publics sont la préoccupation premiÚre des habitants de cet un ßlot de pauvreté dans la capitale irakienne, déjà oublié et marginalisé sous le régime du dictateur Saddam Hussein, déchu en 2003. "Aujourd'hui, on a enfin espoir", confie à l'AFP Ghassan Matar, non loin de la place que tout le monde ici la "Place du portrait".

En 2003, le portrait de Saddam Hussein qui y trÎnait a été mis à bas. Désormais on y trouve un immense poster qui rappelle les "deux Sadr martyrs", le pÚre de Moqtada Sadr, Mohammed Sadeq Sadr, héraut d'un chiisme militant, et son cousin, Mohammad Baker, grand penseur chiite, tous deux assassinés par le régime de Saddam Hussein.

"Les gens sont fatigués, ils en ont assez", continue M. Matar, quadragénaire, chÎmeur et pÚre de trois enfants qu'il peine à nourrir. "Ici, on est pauvres et on ne demande rien de plus que des services publics. L'électricité, on n'en a jamais eu pendant une journée complÚte", dit-il. "A part en période électorale".

Lui qui dit ne pas s'intĂ©resser Ă  la politique, aux alliances, pourtant parfois Ă©tonnantes comme celle des sadristes et des communistes, ni mĂȘme aux pronostics sur le nom du prochain Premier ministre, pense malgrĂ© tout que "les manifestations ont portĂ© leurs fruits".
Depuis juillet 2015, chaque semaine Ă  travers tout l'Irak, les partisans du leader chiite et du parti communiste manifestent cĂŽte Ă  cĂŽte contre la corruption. "Il faut la combattre, pour notre bien et pour le bien de l'Irak", dit M. Matar.

- "On a gagné 5-0" -

A Sadr City, bastion des mouvements chiites oĂč la guĂ©rilla contre l'armĂ©e amĂ©ricaine avait Ă©tĂ© trĂšs dure aprĂšs l'invasion de l'Irak, de nombreux combattants ont rejoint le Hachd al-Chaabi, des forces supplĂ©tives cruciales dans la victoire sur le groupe Etat islamique (EI). En descendant d'un touk-touk, ces tricycles motorisĂ©s qui remplacent les taxis dans ce quartier surpeuplĂ© et toujours animĂ©, un jeune lance en riant "on les a battus 5-0", en allusion Ă  l'avance confortable que donnent les rĂ©sultats partiels Ă  la liste de Moqtada Sadr et des communistes.

Selon ces chiffres, cette liste et son programme anticorruption arrivent en tĂȘte dans six des 18 provinces d'Irak, dont Bagdad, la plus peuplĂ©e, et en deuxiĂšme position dans quatre autres. Dans la mĂȘme rue, Salah Jamal, 24 ans, nettoie le trottoir devant la boutique de vĂȘtements oĂč il travaille. Selon lui, la liste des sadristes et des communistes doit envisager sĂ©rieusement de diriger le gouvernement. "Si on veut changer les choses, il faut que le Premier ministre soit issu de +La marche pour les rĂ©formes+", dit-il Ă  l'AFP.

"On les a tous essayés depuis 2005" et les premiÚres élections multipartites en Irak, "mais on n'a vu aucun résultat", affirme-t-il, catégorique, en parlant des hommes politiques. "N'essayez pas ceux que vous avez déjà essayés", lance-t-il encore, reprenant le slogan phare des sadristes. "On veut des nouveaux", ajoute-t-il.

"Ici, tout est en ruines", renchĂ©rit son ami Hussein Hamel, 23 ans. Maintenant, "on veut quelqu'un qui reconstruise notre quartier, on veut de l'Ă©lectricitĂ©, de l'eau, des services de nettoyage, pour en finir avec ces annĂ©es oĂč tout s'est Ă©croulĂ©".

A Sadr City, dÚs que sont évoquées les élections législatives, les premiÚres depuis la victoire sur les jihadistes, tous se mettent à sourire, les doigts levés pour former le "V" de la victoire. Mais dans cet enthousiasme général, Haydar Jolani reste prudent. Ce travailleur journalier de 25 ans prévient déjà les futurs députés: "Si +La marche pour les réformes+ ne répond pas à nos demandes, on va aller manifester contre eux, comme on a manifesté contre la corruption".

AFP

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