Un an aprĂšs l'ouragan Irma

Saint-Martin poursuit sa lente reconstruction

  • PubliĂ© le 1 septembre 2018 Ă  09:54
  • ActualisĂ© le 1 septembre 2018 Ă  11:58
HÎtel Mercure à Marigot sur l'ßle de Saint-Martin, aprÚs le passage d'Irma le 6 septembre 2017 (en haut) et le 28 février 2018 (en bas) pendant la recontruction

Un an aprÚs le passage dévastateur de l'ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthelémy, la reconstruction se poursuit dans les deux ßles, mais elle reste lente à Saint-Martin, plus touchée, et confrontée à des problÚmes d'assurances et d'acheminement de matériaux.

Les 5 et 6 septembre 2017, Irma, d'une intensité sans précédent sur l'Atlantique, a dévasté les Caraïbes, faisant notamment 11 morts à Saint-Martin, et endommageant à divers degrés 95% du bùti dans les deux ßles. Le coût total des dommages est estimé à trois milliards, dont prÚs de deux pour les biens assurés.

A Saint-BarthelĂ©my, oĂč l'ouragan a causĂ© moins de ravages, les stigmates sont aujourd'hui peu visibles. "L'Ăźle a remontĂ© la pente trĂšs vite, la reconstruction est quasiment rĂ©glĂ©e, et la saison touristique va pouvoir se dĂ©rouler dans des conditions excellentes", assure Philippe Gustin, dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel Ă  la reconstruction et prĂ©fet de Guadeloupe.
"Pour Saint-Martin, les choses sont plus compliquées", en raison de l'ampleur des dégùts, la division du territoire entre les parties française et néerlandaise, la taille de l'ßle (qui comptait 35.000 habitants en partie française avant l'ouragan contre 9.500 à Saint-Barth), et la situation fragile en termes socio-économiques et d'urbanisme. "On part de loin. Irma a été le révélateur de dysfonctionnements préexistants", dit-il.
Un peu partout, des toitures recouvertes de bùches et des maisons non réparées témoignent encore de la puissance du cyclone. A d'autres endroits, des toits sont en chantier. Des familles y vivent encore, mais plus personne n'est logé dans les centres d'hébergement d'urgence.
"Petit à petit on revient, c'est dur, c'est un travail de longue haleine", admet le président de la collectivité de Saint-Martin, Daniel Gibbs.
Dans ce territoire qui concentre une population aux ressources financiÚres limitées - avec seulement 40% de propriétaires assurés- et une immigration massive, la reconstruction a été en partie freinée par le retard des assureurs. Notamment lié aux difficultés pour les experts à se rendre dans l'ßle aprÚs Irma, et aux nombreuses contre-expertises déposées par les particuliers.

BTP débordé

"Beaucoup ont attendu l'argent de l'assurance, et maintenant certains hĂ©sitent Ă  se lancer dans des travaux Ă  l'approche de la nouvelle saison cyclonique", explique Daniel Gibbs. "Sur les bĂątiments privĂ©s, on a une reconstruction quand mĂȘme importante", nuance M. Gustin, qui souligne aussi les efforts pour l'enfouissement des lignes Ă©lectriques et des rĂ©seaux de tĂ©lĂ©phonie numĂ©rique.
Autre frein, le difficile acheminement des matĂ©riaux, dans une Ăźle oĂč 80% des marchandises passaient par le seul port en eaux profondes, Phillipsburg, en partie hollandaise, qui ne refonctionne qu'Ă  40%. Et le secteur du BTP, dĂ©bordĂ©, manque de ressources humaines qualifiĂ©es, note Daniel Gibbs.
"Nous sommes astreints à une réglementation nationale et européenne", ajoute le président de la collectivité. Il a fallu créer une "carte des aléas climatiques" pour redéfinir les zones à risques, puis de nouvelles rÚgles d'urbanisme pour "reconstruire différemment", sur un territoire qui ne disposait pas de plan d'urbanisme.
Pour la reconstruction des bùtiments publics, "la collectivité a pris du retard, mais elle n'avait pas la capacité d'ingénierie suffisante pour faire face à de tels chantiers", analyse le délégué à la reconstruction. Si la rentrée scolaire doit se dérouler "correctement" dans le primaire, des bùtiment préfabriqués sont prévus dans le secondaire.
Quand au secteur touristique, "tout porte Ă  croire que l'activitĂ© va reprendre en dĂ©cembre", mĂȘme si seulement 800 chambres seront disponibles, soit la moitiĂ© de ce qui existait auparavant. "Les Ă©tablissements prennent plus de temps pour reconstruire, car ils en profitent pour moderniser", explique M. Gibbs.
L'Ăźle doit aussi faire face Ă  une gestion problĂ©matique des dĂ©blais et Ă©paves de voitures. MalgrĂ© une campagne de nettoyage, les vestiges d'Irma sont encore prĂ©sents, liĂ© Ă  la saturation de la dĂ©charge et Ă  un manque de civisme. "Il y a une tendance Ă  dĂ©poser des dĂ©tritus n'importe oĂč, c'est pas la meilleure des cartes touristiques", regrette Philippe Gustin.
Autre pollution visuelle, la forte proportion de copropriétés à l'abandon, dont les propriétaires, qui avaient investi dans des programmes de défiscalisation, ne se manifestent pas ou se refusent à reconstruire. Ces "dents creuses" constituent aussi un risque en cas de nouvel ouragan, soulignent les autorités.

© 2018 AFP

guest
0 Commentaires