"On était partis comme des voleurs, on avait tout abandonné, on vient voir ce qu'on peut récupérer aujourd'hui". Sur le tarmac de l'aéroport de Grand Case, Hervé Thomas et deux de ses filles sont de retour à Saint-Martin, trois semaines aprÚs l'ouragan Irma. Ils ont profité de la reprise des vols commerciaux pour retrouver leur maison dévastée à Pointe Pirouette, sur le lagon, cÎté néerlandais.
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"On n'a plus de chez nous mais on vient faire le point". Revenir définitivement ? Hervé, orthodontiste, n'en sait rien. Il se dit "un peu à la merci" des assurances, "vu l'ampleur des dégùts". Pour Cassandre, 17 ans, et Cléopùtre, 15 ans, les choses semblent décidées : elles sont "contentes" de venir "dire au revoir" à leurs amis, et de récupérer des "habits, des chaussures, parce qu?en fait on est partis avec des sacs poubelles avec deux ou trois trucs dedans".
Ă la descente d'un autre avion, Mireille, infirmiĂšre libĂ©rale, "en vacances quand Irma est passĂ©e", va "dĂ©couvrir" les dĂ©gĂąts chez elle, mĂȘme si elle sait dĂ©jĂ qu'il y a quatre murs. Je peux y vivre c'est dĂ©jĂ bien." Sur la terrasse en bois de son restaurant de plage Ă Friar's Bay, sous une vĂ©randa Ă moitiĂ© cassĂ©e, Kali semble faire partie du paysage, tel un arbre bien enracinĂ©. Sur cette plage "depuis 36 ans", il se dit "en forme" et se donne "encore une semaine" pour "redĂ©marrer" son activitĂ©.
Il attend avec impatience l'eau courante, mĂȘme s'il "travaille" grĂące Ă une citerne et un gĂ©nĂ©rateur. Ă quelques mĂštres, dans une eau turquoise, Laurent, habitant de Rambaud, au nord du chef-lieu Marigot, prend un bain, parce que "ça dĂ©tend, ça fait du bien, j'en ai vraiment besoin". Il habite Ă Saint-Martin depuis 10 ans.
Il reconnaßt: "c'est vrai qu'on y a pensé, à partir, mais moi je peux pas. Je suis électricien il y a tout à refaire ! On recommence tout. J'ai fait la tour de contrÎle, l'aéroport... le Trésor public ! Je sais que c'est pas le moment mais bon !" Il rit nerveusement, les yeux rougis.
- 'La vie ici est géniale' -
Une jeune enseignante venue de l'Hexagone qui a souhaitĂ© garder l'anonymat, n'est, elle non plus, pas partie aprĂšs l'ouragan : "J'ai adorĂ© l'Ăźle Ă mon arrivĂ©e, je me suis sentie saint-martinoise trĂšs vite et je n'avais qu'une hĂąte c'est qu'on m'appelle pour aider, pour commencer ma mission d'Ă©ducation". D'autres ont "plein d'idĂ©es en tĂȘte" pour lancer leur propre entreprise, Ă l'image de Victorin Janel, originaire de l'Ăźle.
Cette caissiĂšre au Super U affiche un large sourire, "parce que la majoritĂ© des gens sont partis alors si jamais ils ne reviennent pas", elle envisage de "faire un recensement de ce qu'on n'a plus sur l'Ăźle et lĂ on saura exactement avec quoi on pourra commencer". Moins enjouĂ©, StĂ©phane, directeur d'une concession automobile, installĂ© depuis 21 ans Ă Saint-Martin, reconnaĂźt que "c'est dur encore un petit peu dans (sa) tĂȘte, il y a plein de choses... il y a l'ouragan, il y a l'aprĂšs, on pense Ă reconstruire (...) mais le problĂšme c'est qu'on voit encore tout ce qui est cassĂ©, on se dit qu?il y a du travail".
Richard Decroc, installĂ© depuis 15 ans, possĂšde une quincaillerie Ă Hope Estate. Un magasin "qui avait plutĂŽt bien rĂ©sistĂ©" mais "un petit peu pillĂ©" quelques jours plus tard. Avec une maison "un peu moins touchĂ©e" que d'autres, il se dit "absolument" prĂȘt Ă rester, "parce que la vie ici, elle est gĂ©niale par rapport Ă ailleurs, c'est complĂštement diffĂ©rent, c'est un petit village, tout le monde se connaĂźt ! On n'a pas tout mais on apprĂ©cie ce qu'on a".
Selon lui la reconstruction "va prendre trois à cinq ans minimum" mais qu?importe : "je veux rester pour reconstruire l'ßle que j'ai décidé d'habiter". Selon la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, entre 7.000 et 8.000 personnes ont quitté Saint-Martin et Saint-Barthélemy aprÚs l'ouragan Irma.
AFP


