Deux jours aprĂšs le bond de l'extrĂȘme droite aux lĂ©gislatives, le socialiste espagnol Pedro Sanchez a scellĂ© un accord avec Podemos pour former un gouvernement qui a encore besoin de l'appui d'autres forces pour devenir une rĂ©alitĂ©.
"C'est un accord pour quatre ans, pour la législature (...) l'Espagne a besoin d'un gouvernement stable", a insisté mardi M. Sanchez, quelques mois aprÚs l'échec de précédentes négociations avec la formation de gauche radicale.
S'il parvient Ă ĂȘtre investi, ce gouvernement de coalition, le premier depuis le rĂ©tablissement de la dĂ©mocratie aprĂšs la mort du dictateur Franco en 1975, mettra fin Ă plusieurs mois de paralysie politique dans un pays en proie Ă une instabilitĂ© chronique depuis la fin du bipartisme en 2015. "Combinant l'expĂ©rience du PSOE (Parti socialiste) et le courage de Podemos", cet exĂ©cutif sera "le meilleur vaccin contre l'extrĂȘme droite" de Vox, a dĂ©clarĂ© pour sa part le numĂ©ro un de Podemos, Pablo Iglesias, un ancien professeur de sciences politiques.
La rĂ©partition des postes et le programme de gouvernement seront fixĂ©s dans un deuxiĂšme temps. Selon les mĂ©dias, M. Iglesias devrait en ĂȘtre le numĂ©ro deux. La signature de cet accord de principe entre les deux frĂšres ennemis de la gauche espagnole a pris l'Espagne de court.
Les deux partis avaient en effet Ă©chouĂ© Ă s'entendre sur un gouvernement commun aprĂšs les lĂ©gislatives du mois d'avril, ce qui avait empĂȘchĂ© M. Sanchez d'ĂȘtre reconduit au pouvoir et avait rendu inĂ©vitable un nouveau scrutin lĂ©gislatif, le quatriĂšme en quatre ans.
M. Sanchez avait alors opposé son veto à la présence de M. Iglesias dans son exécutif et avait confié a posteriori à la télévision qu'il n'aurait "pas dormi la nuit" si Podemos était entré au gouvernement.
Leur accord de mardi promet "cohésion" et "loyauté" au sein de l'exécutif, alors que les positions des deux formations sont profondément éloignées sur l'épineux dossier catalan.
- Décision due au bond de Vox -
"C'est une véritable surprise", a commenté pour l'AFP Cristina Monge, politologue à l'université de Saragosse. "La question est: pourquoi ont-ils été capables de faire en deux heures ce qu'ils n'ont pas su faire en plusieurs mois ?", et la réponse est "le bond de Vox et l'absence d'autres alternatives", juge-t-elle.
Selon les analystes, le bond de la formation ultranationaliste, devenue la troisiÚme force politique du pays, a fermé la porte à ce que les conservateurs du Parti Populaire (PP) puissent laisser M. Sanchez gouverner en minorité en s'abstenant lors d'un vote de confiance de la chambre. Le risque aurait été que Vox se pose en seul parti d'opposition à droite.
- Investiture -
Maintenant que cet accord est scellé, reste au PSOE et à Podemos à convaincre d'autres forces de les appuyer. Dans une chambre des députés encore plus fragmentée qu'en avril, les socialistes (120 siÚges) et Podemos (35 siÚges) ont cédé du terrain et comptent 155 siÚges, dix de moins qu'auparavant.
Un vote de confiance de la chambre "ne sera pas facile" à obtenir mais il est "possible", estime Cristina Monge. Les socialistes aimeraient compter sur l'appui de Ciudadanos - dont le chef Albert Rivera a démissionné lundi aprÚs sa débùcle - et d'autres petits partis afin de ne pas dépendre des séparatistes catalans, vu la tension en Catalogne depuis la condamnation mi-octobre de dirigeants indépendantistes à la prison pour la tentative de sécession de 2017.
Mais le parti libĂ©ral leur a opposĂ© une fin de non recevoir. "Ciudadanos ne peut pas soutenir le fait que Sanchez et Podemos aient les rĂȘnes du gouvernement espagnol", a indiquĂ© Ciudadanos dans un communiquĂ©, en appelant Ă un "accord modĂ©rĂ©" entre eux, les socialistes et le PP.
Les investisseurs affichaient pour leur part leur inquiétude face à d'éventuelles mesures promues par un gouvernement PSOE-Podemos contre le secteur bancaire, qui reculait à la Bourse de Madrid.
AFP

