Ils luttent pour obtenir un statut en France

Sans papiers, des familles congolaises vivotent Ă  Rennes

  • PubliĂ© le 18 fĂ©vrier 2017 Ă  15:17
Dans la cuisine d'une maison abandonnĂ©e oĂč des migrants de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo se sont installĂ©s, Ă  Rennes, le 15 fĂ©vrier 2017

"Là-bas, les gens se font enlever. Mais sans papiers, je ne peux rien faire en France, je suis comme un bébé." Chantal, qui squatte avec une vingtaine de migrants de la République démocratique du Congo (RDC) une maison bourgeoise de Rennes, galÚre depuis quatre ans pour obtenir un statut protecteur dans l'Hexagone.


Dans la cuisine, cette Congolaise de 35 ans, mÚre de trois enfants ùgés de 5, 7 et 14 ans, s'affaire autour d'un poulet au manioc, qui mijote pour les quelque 25 occupants.
Comme les autres adultes prĂ©sents, elle arbore une mine dĂ©faite. MalgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es Ă  Rennes, impossible pour ces dĂ©boutĂ©s de l'asile d'envisager un retour en RDC, oĂč ils disent avoir Ă©tĂ© victimes de persĂ©cutions. En 2016, la RDC Ă©tait le 6Ăšme pays et le 2Ăšme d'Afrique pour les demandes d'asile, selon l'Office français de protection des rĂ©fugiĂ©s et apatrides (Ofpra). Mais le sort de ces rĂ©fugiĂ©s, contrairement Ă  ceux de conflits comme la Syrie ou l'Irak, est mal connu.

"L'État français justifie son refus d'accorder l'asile en expliquant que les demandeurs sont trop +Ă©vasifs+, mais quand les Congolais fuient leur pays, ils ne savent mĂȘme pas qu'ils vont devoir faire une demande d'asile. Ils partent sans documents, d'autant que l'administration congolaise, c'est le chaos. Et s'ils reviennent, c'est la prison", explique Ă  l'AFP Jean-Willy Mbuko-Bayanga, pasteur et militant des droits de l'homme congolais.
Sans statut en France, ils vivent une errance forcée, y compris à Rennes, ville citée en exemple pour sa politique du logement. "Nous avons été dans un foyer, à l'hÎtel, par-ci par là à Saint-Malo, Vitré ou FougÚres, à la rue quand il n'y a plus de place", raconte Chantal, arrivée en France en 2013 et déboutée de l'asile en 2015.

Difficile pour leurs enfants de suivre une scolaritĂ© normale, soulignent les militants du collectif rennais Carpes. Il y a une semaine, ces derniers ont rĂ©quisitionnĂ© la coquette maison de briques rouges, destinĂ©e Ă  ĂȘtre transformĂ©e en logements et bureaux, pour y introduire les migrants, majoritairement femmes et enfants.
Sur la façade, une banderole proclame: "Nous dormons dehors alors que des logements sont vides". Les enfants courent en tous sens, presque insouciants.

Le promoteur immobilier Lamotte, propriétaire des lieux, a indiqué avoir "fait constater par huissier l'occupation illégale". Selon les militants, une procédure d'expulsion est en cours.

- Le viol comme arme de guerre -

Marie, 39 ans, mĂšre de quatre enfants dont deux l'ont accompagnĂ©e, vendait des vĂȘtements dans l'Est de la RDC, en proie Ă  des troubles endĂ©miques sanglants.
Soupçonnée d'opposition au président Joseph Kabila pour avoir transporté des tracts dont elle ignorait la nature, elle a été emprisonnée trois mois. "J'ai été frappée, violée", raconte-t-elle larmes aux yeux.
Considérés comme des opposants politiques, les hommes ont aussi connu la violence. Jules, 34 ans, appartenait à la secte politico-religieuse sécessionniste Bundu dia Kongo (BDK). "J'ai été incarcéré à la prison de Makala, à Kinshasa", de 2011 à 2013, "mais je me suis évadé", raconte-t-il.

"Ca devient encore pire. On suit ça sur internet", dit-il en allusion aux opérations de police à Kinshasa contre le BDK.
Redi, 47 ans, a lui quitté la RDC en 2014, et en appelle à la France pour pacifier son pays. Membre du parti d'opposition Union pour la Démocratie et le ProgrÚs Social (UDPS), il a été placé sous contrÎle judiciaire, puis a décidé de fuir Kinshasa.
Autant de récits que connaßt bien le pasteur Mbuko-Bayanga, auteur du livre "Je n'ai pas choisi de partir" sur les drames d'un pays qui ne fait pas la Une en France.

Pour lui, la RDC est "le pays le plus dangereux au monde pour les femmes, violĂ©es tant par des groupes armĂ©s que par l'armĂ©e rĂ©guliĂšre", faisant exploser les cas de sida. Quant aux opposants, "rien ne les protĂšge, selon lui. L'armĂ©e pratique des exactions sans ĂȘtre punie".

AFP

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