Italie

"Sans touristes, Venise est une ville morte", se désole un gondolier

  • PubliĂ© le 15 mai 2020 Ă  10:43
  • ActualisĂ© le 15 mai 2020 Ă  10:56
Une gondole le 13 mai 2020 amarrée au Ponte della Paglia, avec en arriÚre plan le Palais des Doges, à Venise

Sur la cĂ©lĂ©brissime place Saint-Marc, mĂȘme les pigeons ont disparu: chassĂ©s par le coronavirus, les touristes du monde entier qui leur donnent habituellement Ă  manger ne sont plus lĂ  pour donner vie Ă  ce dĂ©cor fĂ©erique.

"Sans touristes, Venise est une ville morte", constate amĂšrement Mauro Sambo, un gondolier de 66 ans qui sillonne les canaux de la SĂ©rĂ©nissime depuis 1975. "MĂȘme si le dĂ©confinement a commencĂ©, qui fait un tour en gondole? Les Ă©trangers, pas les locaux", se dĂ©sole cet homme Ă©lĂ©gant Ă  la barbe finement taillĂ©e, tout en nettoyant sa gondole amarrĂ©e devant le palais ducal.

AtmosphĂšre crĂ©pusculaire et silence assourdissant rĂšgnent aussi sur le Grand Canal, oĂč ne circulent plus que les vaporetti, les bateaux-bus de la SĂ©rĂ©nissime. Les somptueux palais bordant les deux rives, qui abritent institutions culturelles et hĂŽtels de luxe, ont tous les volets fermĂ©s.

En Italie, le tourisme reprĂ©sente 13% du PIB et 15% des emplois, mais l'Ă©conomie de la CitĂ© des Doges est encore plus dĂ©pendante de ce secteur. "Environ 65% de la population travaille dans le tourisme, de mĂȘme qu'Ă©normĂ©ment d'habitants des communes limitrophes", rappelle la responsable du tourisme Ă  mairie du Venise, Paola Mar, dans un entretien avec l'AFP.

"L'impact du coronavirus sur la venue des Ă©trangers, qui reprĂ©sentent 85% des touristes venant Ă  Venise, est trĂšs lourd par rapport Ă  d'autres destinations ayant plus de touristes nationaux qu'Ă©trangers", souligne-t-elle, alors que l'Union europĂ©enne a appelĂ© mercredi ses membres Ă  rouvrir leurs frontiĂšres intĂ©rieures pour empĂȘcher un naufrage du secteur touristique.

"Nous avons déjà reçu des demandes pour savoir quand on peut revenir, comment on peut revenir...", se réjouit cependant cette femme dynamique à l'abondante chevelure blanche.

- "Ouverte sur le monde" -

"Nous avons survécu à des guerres, et il s'agit bien d'une guerre, nous réussirons à nous en sortir, grùce à notre esprit d'entreprise", veut croire Francesco Pecin, un entrepreneur du bùtiment de 47 ans croisé prÚs du Pont des Soupirs.

Il se dit "sidéré" face aux ruelles et canaux déserts. "Il y a de moins en moins de Vénitiens pur jus, alors qu'il y a toujours plus d'hÎtels et d'appartements en location", reconnaßt-il, mais "nous avons besoin du tourisme".

Une analyse partagĂ©e par Enrico Facchetti, un ex-orfĂšvre de 61 ans qui promĂšne sa chienne devant la basilique Saint-Marc: "La ville a une mono-Ă©conomie basĂ©e sur le tourisme. Peut-ĂȘtre est-ce une erreur, mais nous n'avons pas le choix. Sans les touristes, nous ne nous en sortirons pas!"

"Historiquement, Venise est ouverte sur le monde, cosmopolite: regardez cette basilique! Elle est de style byzantin, les chevaux de bronze sur le fronton ont été pris à Constantinople..."

Le centre historique de Venise ne compte plus que 52.000 habitants, sur un total de prÚs de 260.000, et l'hémorragie vers la terre ferme continue, favorisée par un coût de la vie moins élevé et l'attrait d'une vie quotidienne plus commode.

Le quartier de Cannareggio, moins touristique que Saint-Marc, reste néanmoins encore un peu animé: les habitants masqués et gantés font sagement à la queue devant les bars, épiceries et boulangeries.

MĂȘme si peu d'habitants en parlent, la cohabitation avec les touristes n'est pas toujours sereine, comme l'illustre une large banderole tendue sur la façade d'un immeuble: "Marre des Bed and Breakfast! Maison violĂ©e!"

La pression du secteur touristique sur le marché immobilier est forte: outre les appartements transformés en Airbnb, les immeubles abritant des activités artisanales font aussi l'objet de convoitises.

Sur l'ßle de Murano, célÚbre pour ses fabriques d'objets en verre, "ils sont en transformé une verrerie en un hÎtel-restaurant", se désole ainsi Dimitri Tiozzo, un chef d'entreprise de 53 ans, crùne rasé et fine moustache. "Il n'y a plus de production artisanale", conclut-il.

Mais face à la crise, la priorité est au retour des touristes, car outre le virus "notre ville est en souffrance depuis le mois de novembre", marqué par de catastrophiques inondations, observe Paola Mar.

AFP

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