Biodiversité

Sauver la grenouille de Mucuchies: la mission d'un laboratoire au Venezuela

  • PubliĂ© le 3 mai 2022 Ă  08:46
  • ActualisĂ© le 3 mai 2022 Ă  10:11
La grenouille de Mucuchies, dont l'habitat 
se trouve dans une partie reculée des andes vénézuéliennes. Photo prise à Mérida au Vénézuela le 11 avril 2022

La grenouille de Mucuchies, un espÚce peu connue d'une zone reculée des Andes, est en voie de disparition mais un projet au Venezuela ambitionne de la sauver avec une méthode originale: la reproduction assistée en laboratoire.

On sait peu de choses sur les habitudes de la grenouille de Mucuchies, qui mesure en moyenne deux centimĂštres et se distingue par les subtiles taches claires qui parsĂšment sa peau. Elle n'a Ă©tĂ© dĂ©couverte qu'en... 1985 par Enrique La Marca, aujourd'hui Ă  la tĂȘte du projet de reproduction qui fait partie du programme du Centre de prĂ©servation des espĂšces vĂ©nĂ©zuĂ©liennes amphibies (REVA).

Aromobates zippeli, de son nom scientifique, baptisĂ©e en hommage au chercheur amĂ©ricain Kevin Zippel - rĂ©putĂ© pour sa dĂ©fense des amphibiens - est une espĂšce endĂ©mique de la forĂȘt andine, le biotope +paramo+, un milieu sec et montagneux caractĂ©ristique de la rĂ©gion Mucuchies (Ă©tat de MĂ©rida, Ouest).

M. La Marca, avec Reinhold Martinez et Janina Puente, dirige un programme initié en 2018 qui englobe la recherche sur le terrain, la reproduction "ex situ" et la réintroduction dans la nature. "Un problÚme majeur qui affecte les derniÚres populations de grenouilles de la région est l'extraction abusive de l'eau des lagunes du paramo, ce qui épuise les aquifÚres (zones avec de l'eau) ", note M. La Marca.

"Des ruisseaux se sont asséchés et la quantité d'eau produite par des sources dont a considérablement diminué. Tout cela a un impact négatif sur les organismes qui sont directement associés à l'eau", ajoute-t-il.

M. La Marca souligne que la grenouille de Mucuchies "fait partie intĂ©grante d'un Ă©cosystĂšme trĂšs complexe qui existe depuis que cette forĂȘt est apparue". "Elles sont prĂ©datrices d'insectes et d'invertĂ©brĂ©s nuisibles pour l'homme, tels que les moustiques et autres vecteurs de maladies. Elles sont Ă©galement une source d'alimentation pour d'autres espĂšces", ajoute-t-il.

Le dĂ©clin de leurs populations est le signe d'un "dĂ©rĂšglement de l'Ă©cosystĂšme de la forĂȘt dĂ» a l'intervention humaine", dĂ©plore le scientifique, qui s'inquiĂšte de la dĂ©forestation gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la zone.

Pour éviter leur disparition, le trio de chercheurs a cherché à les faire se reproduire en captivité. Une gageure: "Nous ne savions pas de quoi elles se nourrissaient, comment elles se reproduisaient, nous avons improvisé et appris au fur et à mesure", souligne M. La Marca.
L'Ă©levage se fait dans des conteneurs dĂ©sinfectĂ©s oĂč est reconstituĂ© l'habitat de la grenouille de Mucuchies qui pond ses oeufs sur des feuilles sĂšches.

On place des plantes comme les broméliacées, par exemple, des rochers, des feuilles sÚches et un récipient contenant de l'eau qui simule un cours d'eau. On nourrit les grenouilles avec des insectes et des larves. "Nous avons réussi à faire se reproduire cette espÚce menacée en captivité et donc à réaliser un programme de repeuplement", dit M. La Marca pour qui le programme est une avancée majeure dans la préservation de tous les amphibiens en danger.

- Croassements, signe de réussite -

"Lorsque nous avons rĂ©ussi Ă  faire se reproduire la grenouille Mucuchies, c'Ă©tait trĂšs excitant car c'Ă©tait la premiĂšre fois qu'une espĂšce de cette forĂȘt se reproduisait en captivitĂ©", explique-t-il.

Pour fĂ©conder les ovules, "il est nĂ©cessaire que les deux sexes soient impliquĂ©s. Le mĂąle, grimpe et s'accroche au dos de la femelle pour fĂ©conder les Ɠufs dĂ©posĂ©s par celle-ci, en libĂ©rant les spermatozoĂŻdes qui les fĂ©conderont". C'est au mĂąle que revient la responsabilitĂ© de s'occuper des oeufs.

En raison de la "forte probabilité de disparition de l'espÚce dans son milieu naturel", l'objectif est de maintenir sa reproduction assistée le plus longtemps possible, car "la plupart des populations ont disparu dans toute la région il y a déjà quinze à vingt-cinq ans".

"La libĂ©ration des spĂ©cimens dans leur milieu naturel a lieu environ un an aprĂšs qu'ils aient achevĂ© leur mĂ©tamorphose de tĂȘtard en grenouille Ă  quatre pattes", prĂ©cise M. La Marca.

Une fois libérées, "le plus grand défi est de leur permettre de survivre dans les nouvelles conditions naturelles auxquelles ils seront confrontés", dit-il.

Par conséquent, "nous sommes fiers de constater (...) que les croassements sont plus nombreux sur le site, ce qui indique que les grenouilles se reproduisent de nouveau mais... dans leur milieu" naturel.

AFP

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