Les Russes sont appelés aux urnes dimanche pour des élections locales et régionales, dont celle du maire de Moscou, tandis que l'opposition manifeste contre la réforme des retraites à l'appel de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny. Ces élections, qui concernent des postes de gouverneurs, de députés locaux et d'autres responsables dans diverses régions, sont les premiÚres depuis l'annonce mi-juin d'une trÚs impopulaire réforme devant augmenter l'ùge de départ à la retraite, qui a fait chuter la cÎte de popularité du président Vladimir Poutine et fait sortir des dizaines de milliers de Russes dans les rues.
L'élection à Moscou, le scrutin le plus symbolique de dimanche, devrait sans surprise voir la réélection du maire actuel, Sergueï Sobianine, faute d'opposition réelle et fort du soutien du Kremlin et du parti au pouvoir, Russie Unie.
A défaut de suspense, le véritable indicateur du scrutin sera la participation, alors que les autorités municipales de la capitale russe ont multiplié les mesures pour inciter les habitants à se rendre aux urnes, tels que des jeux et des stands de nourriture installés à la sortie des bureaux de vote.
Pour la premiĂšre fois, les Moscovites seront mĂȘme autorisĂ©s Ă voter depuis leurs datchas, maisons de campagne prisĂ©es en cette saison.
Le taux de participation n'est pourtant attendu qu'Ă un peu plus de 30% par un sondage du centre public VTsIOM.
PropulsĂ© en 2010 par le Kremlin Ă la tĂȘte de la mĂ©galopole de plus de 12 millions d'habitants, M. Sobianine, 60 ans, peut se vanter d'avoir changĂ© pour le mieux le visage de Moscou, grĂące Ă de coĂ»teux et titanesques projets d'urbanisme.
Mais pour ses opposants, la multiplication des zones piétonniÚres, l'ouverture de stations de métro ou d'un nouveau parc dans le centre de Moscou ne sont qu'une façade destinée à cette classe moyenne qui, durant l'hiver 2011-2012, avait manifesté contre le retour au Kremlin de Vladimir Poutine.
Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui purge une peine de 30 jours de prison pour une manifestation organisée en janvier, a appelé ses partisans à sortir dans la rue dans toute la Russie dimanche pour protester contre la réforme des retraite.
- Opposition "tolérée" -
"Pendant 18 ans, Poutine et son gouvernement se sont servis dans le budget et l'ont dilapidé sur des projets insensés. Maintenant, il n'y a plus d'argent et on en arrive à racketter les retraités pour joindre les deux bouts", a indiqué l'équipe de l'opposant sur les réseaux sociaux en appelant les Russes à manifester.
Des dizaines de partisans de M. Navalny ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la police avant ces manifestations, dont la majoritĂ© ont Ă©tĂ© interdites par les autoritĂ©s, selon les mĂ©dias russes.
Lors des derniÚres municipales il y a cinq ans à Moscou, Alexeï Navalny avait failli contraindre Sergueï Sobianine à un second tour. Pour éviter la répétition d'un tel scénario, seuls les membres de l'opposition "tolérée", communistes ou nationalistes, ont cette fois pu déposer leur candidature.
"Moscou est une ville oĂč au moins 30% des gens partagent nos idĂ©es. (...) Mais il y a une absence totale d'opposition rĂ©elle", a regrettĂ© auprĂšs de l'AFP l'ancien dĂ©putĂ© d'opposition Dmitri Goudkov, dont la candidature Ă l'Ă©lection municipale Ă Moscou a Ă©tĂ© invalidĂ©e.
Comme lui, le conseiller municipal d'opposition Ilia Iachine, ancien proche de l'opposant assassiné Boris Nemtsov, ou le militant gay Anton Krassovski n'ont pas pu se présenter, faute de respecter des exigences durcies depuis la précédente élection.
Comme son mentor Vladimir Poutine avant l'élection présidentielle de mars, Sergueï Sobianine n'a daigné prendre part à aucun débat avant cette élection gagnée d'avance.
Les bureaux de vote ouvriront Ă 08H00 (05H00 GMT) dimanche, tandis que les manifestations de l'opposition doivent commencer Ă 14H00 (11H00 GMT)
Par Karine ALBERTAZZI - © 2018 AFP

