Où des Palestiniens s'entassent à Rafah

Situation humanitaire catastrophique à Gaza, nouvelle impasse en vue à l'ONU

  • Publié le 20 février 2024 à 06:11
  • Actualisé le 20 février 2024 à 07:17

La situation humanitaire reste catastrophique mardi dans la bande de Gaza où près d'un million et demi de Palestiniens s'entassent dans la ville de Rafah menacée d'assaut par Israël, au moment où une nouvelle impasse se profile au Conseil de sécurité de l'ONU quant à un possible cessez-le-feu.

Selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), près d'un million et demi de personnes se trouvent à Rafah, dont la population a été multipliée par six depuis le début de la guerre, le 7 octobre, entre Israël et le Hamas.

Cette ville située contre la frontière fermée avec l'Egypte est visée quotidiennement par des frappes de l'armée israélienne, qui a dit y préparer un assaut terrestre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié Rafah de "dernier bastion" du Hamas et s'est dit déterminé à poursuivre l'offensive "jusqu'à la victoire complète".

Dans la nuit de lundi à mardi, les bombardements israéliens se concentrent sur l'est de la bande de Gaza et la ville de Khan Younès, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Après environ vingt semaines de guerre, les rapports des organisations humanitaires sur la situation dans la bande de Gaza sont de plus en plus alarmants.

- Neuf enfants sur dix malades -

Selon les agences de l'ONU, les denrées alimentaires et l'eau potable sont devenues "extrêmement rares" dans le territoire palestinien et 90% des jeunes enfants y souffrent de maladies infectieuses.

"La bande de Gaza est sur le point d'assister à une explosion du nombre de décès évitables d'enfants, ce qui pourrait aggraver le niveau déjà insoutenable de décès d'enfants à Gaza", a déclaré Ted Chaiban, responsable adjoint de l'action humanitaire au sein de l'Unicef.

"Mes enfants meurent de faim, ils se réveillent en pleurant", a raconté à l'AFP une femme réfugiée dans un campement du nord de Gaza. "Où puis-je trouver de la nourriture pour eux?"

"Des missiles nous tombent dessus, combien de temps un être humain peut-il encore y faire face?" s'interroge pour sa part Ayman Abou Shammali, blessé lors d'une frappe contre un immeuble à Zawayda, dans le centre de la bande de Gaza. "Les gens au nord meurent de faim et nous, ici, nous mourons à cause des bombardements", se plaint-il.

La guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent lancée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés dans le sud d'Israël. Plus de 1.160 personnes ont été tuées, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes, et des dizaines d'autres enlevées et emmenées de force à Gaza.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le mouvement islamiste, au pouvoir à Gaza depuis 2007, qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne.

L'armée israélienne a lancé une offensive qui a fait 29.092 morts à Gaza, en grande majorité des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

D'après Israël, 130 otages sont encore détenus à Gaza, dont 30 seraient morts, sur environ 250 personnes enlevées le 7 octobre.

"Si d'ici au ramadan, nos otages ne sont pas à la maison, les combats vont continuer partout, y compris dans la région de Rafah", a averti dimanche Benny Gantz, membre du cabinet de guerre de Benjamin Netanyahu.

"Le Hamas a le choix. Ils peuvent se rendre, libérer les otages et les civils de Gaza pourront ainsi célébrer la fête du ramadan", le mois de jeûne musulman qui commence autour du 10 mars, a-t-il ajouté.

- Blocage en vue à l'ONU -

La perspective d'assaut sur Rafah inquiète la communauté internationale. Vingt-six des 27 pays de l'Union européenne ont réclamé lundi une "pause humanitaire immédiate". Mais les espoirs d'une trêve sont de plus en plus minces.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se prononcer mardi sur un nouveau texte, préparé depuis des semaines par l'Algérie, exigeant un cessez-le-feu "immédiat". Une résolution menacée par un nouveau véto des Etats-Unis, allié d'Israël, qui serait leur troisième depuis le début de la guerre.

Le projet, vu par l'AFP, "exige un cessez-le-feu humanitaire immédiat qui doit être respecté par toutes les parties". Il s'oppose au "déplacement forcé de la population civile palestinienne", alors qu'Israël a évoqué une évacuation des civils avant une offensive terrestre à Rafah, et réclame la libération de tous les otages.

Les Etats-Unis ont prévenu que le texte algérien n'était pas acceptable. "Nous ne pensons pas que ce produit du Conseil améliorerait la situation sur le terrain, et donc si cette résolution est mise aux voix, elle ne passera pas", a répété lundi l'ambassadeur américain adjoint à l'ONU Robert Wood.

- Projet alternatif américain -

Les Américains estiment que cette résolution mettrait en danger les négociations diplomatiques délicates sur le terrain pour obtenir une trêve incluant une nouvelle libération d'otages.

Dans ce contexte, ils ont fait circuler un projet alternatif de résolution, vu par l'AFP lundi. Le texte évoque un "cessez-le-feu temporaire à Gaza dès que ce sera réalisable" et sur la base d'une "formule" incluant la libération de tous les otages.

Le projet américain s'inquiète d'autre part pour Rafah, prévenant qu'"une offensive terrestre d'ampleur ne devrait pas avoir lieu dans les conditions actuelles".

Selon une source diplomatique, ce projet alternatif n'a aucune chance d'être adopté en l'état, notamment en raison du risque d'un véto russe.

Le Conseil de sécurité, largement divisé sur le dossier israélo-palestinien depuis des années, n'a pu adopter depuis le 7 octobre sur ce dossier que deux résolutions, essentiellement humanitaires. Sans grand résultat, l'entrée de l'aide à Gaza restant largement insuffisante.

AFP

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