Six pays de l'UE sont prĂȘts Ă accueillir une partie des 147 migrants embarquĂ©s sur le navire humanitaire de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms, actuellement devant l'Ăźle italienne de Lampedusa, au moment oĂč l'autoritĂ© de Matteo Salvini, tenant d'une ligne dure envers les migrants, est battue en brĂšche.
"La France, l'Allemagne, la Roumanie, le Portugal, l'Espagne et le Luxembourg viennent Ă peine de m'indiquer qu'il sont prĂȘts Ă recevoir des migrants", a annoncĂ© jeudi le Premier ministre italien Giuseppe Conte dans une lettre ouverte adressĂ©e Ă M. Salvini, ministre italien de l'IntĂ©rieur.
"Encore une fois, mes homologues européens nous tendent la main", s'est félicité M. Conte, en critiquant trÚs durement sur ce dossier M. Salvini, qui appelle depuis jeudi dernier à sa destitution.
Le pouvoir de Matteo Salvini, chef de La Ligue (extrĂȘme droite) et actuel vice-Premier ministre, se trouve affaibli depuis qu'il a fait voler en Ă©clat jeudi dernier son alliance gouvernementale, formĂ©e depuis 14 mois avec le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-systĂšme). Le sort du navire Open Arms en Ă©tait l'illustration jeudi.
"J'ai dĂ©cidĂ© de ne pas signer le nouveau dĂ©cret du ministre de l'IntĂ©rieur destinĂ© Ă empĂȘcher l'entrĂ©e, le transit et l'arrĂȘt dans les eaux territoriales du bateau de l'ONG Open Arms", a stipulĂ© jeudi la ministre de la DĂ©fense italienne Elisabetta Trenta.
Le ministre de l'Intérieur, qui réclame une rotation en Europe des ports de débarquement, avait signé début août un décret interdisant, au nom de la défense de l'ordre public, les eaux italiennes à l'Open Arms.
Une décision prise par un tribunal administratif, suite à un recours d'Open Arms, a toutefois suspendu mercredi ce premier décret. Dans la foulée, Matteo Salvini a signé un nouveau décret pour barrer la route au bateau.
Les dĂ©crets de M. Salvini doivent notamment ĂȘtre signĂ©s par la ministre de la DĂ©fense, qui se trouve prĂ©cisĂ©ment ĂȘtre membre de M5S, une formation qui n'entend de toute Ă©vidence plus suivre ses ordres aprĂšs avoir Ă©tĂ© lĂąchĂ©e.
- "Humanité" -
"J'ai pris cette décision motivée par de solides raisons légales, en écoutant ma conscience. Nous ne devons jamais oublier que derriÚre les polémiques de ces derniers jours, il y a des enfants et des jeunes qui ont souffert de violences et d'abus de tous types. La politique ne peut jamais perdre de vue l'humanité", a expliqué jeudi Elisabetta Trenta dans son communiqué.
La veille, elle avait dĂ©jĂ dĂ©pĂȘchĂ© deux navires pour escorter l'Open Arms, dans un souci d'Ă©vacuer les 32 mineurs qui ont dĂ©jĂ passĂ© deux semaines Ă bord.
Réagissant sur les réseaux sociaux jeudi, Matteo Salvini lui a vertement rétorqué: "humanité ne signifie pas aider les trafiquants et les ONG". "C'est grùce à ce concept présumé +d'humanité+ que dans les années de gouvernement démocrate, l'Italie est devenue le camp de réfugiés de l'Europe", a-t-il assené, jugeant que "l'humanité c'est investir sérieusement en Afrique, certainement pas d'ouvrir les ports italiens".
M. Salvini est crédité de 36 à 38% d'intentions de vote et sa popularité a été alimentée par sa ligne dure sur les migrants illégaux. Reste qu'un front politique est en train de se former contre lui, par le biais inattendu d'une alliance entre son ex-partenaire M5S et le Parti démocrate (centre gauche).
Proactiva, qui avait assuré la veille qu'elle n'envisageait pas d'accoster de force, a précisé jeudi que les migrants à bord "savent qu'il n'y a pas de port pour eux, mais voir la terre ferme les calme".
L'Ocean Viking, le navire de SOS Méditerranée et Médecins sans frontiÚres (MSF) qui cherche également un port pour plus de 350 migrants, se dirigeait jeudi vers le nord et se trouvait bien au delà de Lampedusa et de Malte.
AFP


