Polémique

Sortie mouvementée en France pour le "J'accuse" de Polanski

  • PubliĂ© le 13 novembre 2019 Ă  16:14
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2019 Ă  16:20
La réalisateur franco-polonais Roman Polanski, le 4 novembre 2019 à Paris

"J'accuse", la reconstitution de l'affaire Dreyfus par Roman Polanski, est sorti en salles mercredi sur fond de polémique, alors que le réalisateur est visé par une nouvelle accusation de viol qui embarrasse le cinéma français.

La promotion du film, récompensé par le Grand prix du jury à Venise, a été perturbée, les acteurs Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner ayant annulé des interviews, tandis que des émissions enregistrées avec Louis Garrel n'ont pas été diffusées ces derniers jours.

Mardi soir, quelques dizaines de fĂ©ministes ont bloquĂ© une avant-premiĂšre dans un cinĂ©ma parisien en scandant "Polanski violeur, cinĂ©mas coupables" et en brandissant des pancartes sur lesquelles Ă©tait inscrit "Polanski persĂ©cute les femmes", appelant tous les cinĂ©mas Ă  arrĂȘter de projeter le film et les spectateurs Ă  le boycotter.

"Les cinémas ont le droit de projeter ce film et les gens ont le droit fondamental d'aller le voir. Mais on ne peut pas faire comme si valoriser le film ne participait pas au verrouillage du secret", a indiqué à l'AFP la féministe Caroline De Haas, du collectif #NousToutes. Un hashtag #BoycottPolanski est apparu sur les réseaux sociaux, tandis que certains y détournaient mercredi les affiches du film, transformant notamment le "J'accuse" en "J'abuse" ou "J'acquitte".

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol, ancienne ministre de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, a indiqué mercredi matin qu'elle "n'irait pas voir le film" et appelé tout le monde à en faire autant. "Je peux dire que c'est un film qu'il ne faut pas aller voir, parce qu'il ne faut pas offrir ça à Polanski. Il ne faut pas passer l'éponge en fait. Aller voir le film, c'est passer l'éponge", a-t-elle dit sur France 2.

- "Dissocier l'homme" -

A l'inverse, la rĂ©alisatrice Nadine Trintignant a pris la dĂ©fense de Roman Polanski sur BFMTV. "Je trouve trĂšs grave de l'embĂȘter en ce moment, oĂč il y a une remontĂ©e de l'antisĂ©mitisme en Europe", a-t-elle dit, affirmant qu'elle "aurait plutĂŽt tendance Ă  le croire lui qu'une femme qui a mis 44 ans Ă  rĂ©flĂ©chir pour le dĂ©noncer".

A l'avant-premiÚre mardi soir aux Champs-Elysées, en présence de l'équipe du film dont Roman Polanski, beaucoup d'invités ont dit "dissocier l'homme du réalisateur". "Je viens voir le travail de l'homme, du réalisateur; je ne sais pas si ce dont on l'accuse est vrai ou pas vrai", a affirmé à l'AFP l'une des spectatrices, Seny Carette, estimant que les acteurs du film "n'ont rien fait pour qu'on pénalise leur travail".

Vendredi, le quotidien Le Parisien a publié le témoignage de la photographe française Valentine Monnier qui dit avoir été "rouée de coups" et violée par le réalisateur franco-polonais en 1975 à l'ùge de dix-huit ans, en Suisse. Une accusation réfutée "avec la plus grande fermeté" par l'avocat du cinéaste.

L'ARP, qui réunit plus de 200 cinéastes dont Roman Polanski, réfléchit à d'éventuelles sanctions à l'encontre de ses membres mis en cause dans des affaires de violence sexuelle, une décision qui pourrait concerner le réalisateur.

- Polémique à Venise -

La nouvelle affaire Polanski, sous le coup de poursuites de la justice amĂ©ricaine depuis 1977 pour relations sexuelles illĂ©gales avec une mineure, arrive sur les Ă©crans Ă  l'heure oĂč le mouvement #MeToo a repris de la vigueur en France aprĂšs les dĂ©clarations d'AdĂšle Haenel qui a accusĂ© le rĂ©alisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" et de "harcĂšlement" quand elle Ă©tait adolescente.

AdÚle Haenel, l'une des actrices françaises les plus prisées, a d'ailleurs été l'une des rares voix du 7e Art à exprimer son soutien à Valentine Monnier. Thriller sur fond d'espionnage, "J'accuse", raconte l'Affaire Dreyfus, scandale majeur de la IIIe République qui a duré douze ans (1894-1906), du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart, chef des services de renseignement.

Dujardin, excellent, y campe le rÎle du lieutenant-colonel, Emmanuelle Seigner (l'épouse de Polanski) sa maßtresse et Louis Garrel le capitaine Dreyfus. La polémique avait rattrapé Polanski à Venise quand des féministes avaient regretté la sélection en compétition du réalisateur multi-récompensé, qui a déjà été visé ces derniÚres années par plusieurs autres accusations de viols, toutes réfutées par l'intéressé.

Récompensé à la Mostra, "J'accuse" y avait aussi suscité des réserves, notamment parce que Roman Polanski avait dit à plusieurs reprises qu'il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, s'estimant "persécuté".

AFP

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1 Commentaires
MONCADA53
MONCADA53
6 ans

L'OMERTA du cinĂ©ma, un grand classique, ses affaires de cul, cachĂ©es ou inavouĂ©es ... l'expression artistique, expression de la libido selon Freud ! Polansky, Charlie Chaplin et d'autres, grands donneurs de leçons cinĂ©matographiques ont Ă©tĂ©, dans leur vie perso, trĂšs loin de leurs oeuvres (auteur / narrateur / personnages, l'Ă©ternel dilemme. Encore une fois, c'est l'OMERTA qui rĂšgne dans ce monde POURRI qu'est le cinĂ©ma et la culture en gĂ©nĂ©ral, "beau" reflet de nos sociĂ©tĂ©s occidentales ! Bon, il y a des choses plus importantes dans la vie que ces gens sans importance que l'on voit en permanence dans nos vies, au cinĂ©, Ă  la TV, Ă  la radio oĂč ils viennent s'autocongratuler... il y a des assassinats de militants en Colombie mais la presse prĂ©fĂšre regarder au VĂ©nĂ©zuela et annoncer des mensonges 18000 morts, il y a des enfants qui meurent au YĂ©men en Syire que l'on amputent tous les jours, fauchĂ©s par nos bombes fançaises (oui, monsieur) et bien entendu, il y a toujours des femmes Yizidis, violĂ©es quotidiennement par leurs geÃ'liers islamistes soutenus par la Turquie et les AmĂ©ricains (des centaines voire des milliers sont toujours prisonniĂšres) mais on prĂ©fĂšre se concentrer sur nos stars du cinĂ©ma !