La capitale du Soudan du Sud, Juba, a été secouée par de violents échanges de tirs à l'arme automatique vendredi aprÚs-midi, le président et le vice-président, tous deux au palais présidentiel, appelant au calme et affirmant tout ignorer des événements en cours.
Ces Ă©changes de tirs, aprĂšs un premier accrochage sĂ©rieux dans la capitale jeudi, ravivent les craintes d'un Ă©chec du fragile processus de paix en cours au Soudan du Sud, qui s'apprĂȘte Ă marquer samedi, sans festivitĂ©s, le cinquiĂšme anniversaire de son indĂ©pendance.
Vendredi, un correspondant de l'AFP qui se trouvait dans le palais présidentiel a rapporté avoir entendu des rafales d'armes automatique aux alentours de 18H00 (15H00 GMT).
Les tirs ont d'abord Ă©tĂ© entendus aux abords immĂ©diats du palais prĂ©sidentiel, oĂč le prĂ©sident Salva Kiir et son vice-prĂ©sident Riek Machar Ă©taient rĂ©unis pour une confĂ©rence de presse, selon la mĂȘme source.
Les coups de feu ont continuĂ© pendant une trentaine de minutes, avant que le calme revienne prĂšs du palais. Mais des tirs sporadiques pouvaient encore ĂȘtre entendus au loin. A 19H45 (16H45 GMT), un calme relatif semblait ĂȘtre revenu dans la capitale, oĂč la nuit Ă©tait tombĂ©e.
"Ce qui se passe en dehors (du palais présidentiel) est quelque chose que nous ne pouvons pas expliquer", a déclaré le président Kiir à des médias locaux, tout en appelant au calme.
"C'est un incident trĂšs malheureux et aucun de nous ne sait ce qu'il s'est passĂ©", a pour sa part dĂ©clarĂ© au mĂȘme groupe de journalistes M. Machar, ex-chef rebelle redevenu vice-prĂ©sident en avril.
"Les deux dirigeants appellent au calme (...) Je veux que nos supporters ignorent les folles rumeurs selon lesquelles notre leader (Riek Machar) a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et contraint de parler aux mĂ©dias pour apaiser la situation", a dĂ©clarĂ© un porte-parole de M. Machar, James Gatdet Dak, sur son compte Facebook.
Ces nouvelles violences, dont on ignorait en début de soirée qui elles opposaient, s'inscrivent dans un contexte de tension accrue à Juba, au lendemain d'un accrochage entre soldats loyaux à M. Kiir et ex-rebelles.
Jeudi, "à 19H55 environ (16H55 GMT), un véhicule transportant des gardes du corps du premier vice-président (Riek Machar) a ouvert le feu sur des forces de sécurité qui procédaient à des contrÎles de routine sur des véhicules", avait accusé vendredi dans un communiqué le porte-parole de l'armée gouvernementale, la SPLA.
- Premier accrochage jeudi -
"Cette fusillade hostile a provoquĂ© la mort de cinq soldats de la SPLA et deux autres ont Ă©tĂ© blessĂ©s", avait ajoutĂ© le gĂ©nĂ©ral Lul Ruai Koang. Mais, avait-il prĂ©cisĂ©, "le haut commandement de la SPLA considĂšre ces affrontements comme un incident isolĂ© qui doit faire l'objet d'une enquĂȘte".
Le pays tente de sortir d'une guerre civile de plus de deux ans, débutée en décembre 2013 et qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts.
Dans le cadre d'un accord de paix signĂ© en aoĂ»t 2015 entre les deux principaux protagonistes du conflit Salva Kiir et Riek Machar, ce dernier est revenu en avril Ă Juba oĂč il a Ă©tĂ© rĂ©installĂ© vice-prĂ©sident et a formĂ© avec M. Kiir un gouvernement d'union nationale.
Mais sur le terrain, les hostilités se poursuivent.
En juin, dans la ville de Wau - devenue la deuxiÚme du pays aprÚs que celles de Malakal, Bor et Bentiu eurent été partiellement détruites pendant la guerre - les combats ont forcé quelque 88.000 habitants à fuir leurs maisons.
Le conflit a éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité entre le président Kiir et son vice-président Machar.
Les combats ont provoqué une crise humanitaire, forçant 2,6 millions d'habitants à fuir leurs foyers et quelque cinq millions, plus d'un tiers de la population, à dépendre d'une aide alimentaire d'urgence.
La guerre a également ravagé l'économie: les prix des biens et services ont explosé depuis l'indépendance en 2011, avec une inflation flirtant actuellement avec les 300% et une devise qui a perdu 90% de sa valeur cette année.
L'International Crisis Group (ICG) a rĂ©cemment enjoint les Etats garants de l'accord de paix d'agir "de toute urgence" pour le sauver et ainsi "empĂȘcher le pays de retomber dans un conflit Ă grande Ă©chelle".
Par Nasir JAFFRY - © 2016 AFP
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