La lecture Ă  l'honneur

Sur les bords du Tigre, un festival aiguise l'appétit de lecteurs irakiens

  • PubliĂ© le 10 septembre 2017 Ă  15:46
Le festival du livre "Je suis Irakien, je lis" Ă  Bagdad, le 9 septembre 2017

Assis dans l'herbe sur les bords du Tigre, des lecteurs, hommes et femmes de tous ùges, sont venus feuilleter romans à l'eau de rose, essais philosophiques ou poésie: à Bagdad, le temps d'une journée, un festival a mis la lecture à l'honneur.


Depuis des décennies, du Maroc au Yémen, en passant par le Soudan et Oman, le dicton veut que les livres soient "écrits au Caire, publiés à Beyrouth et lus à Bagdad".

Cette année, pour sa 5e édition, le festival "Je suis Irakien, je lis" a voulu redonner tout son sens au proverbe en distribuant "15.000 livres récoltés gratuitement et offerts à tous", explique à l'AFP un volontaire, Moustapha al-Katib, 19 ans.

Autour de longues tables recouvertes de nappes rouges oĂč -avec d'autres bĂ©nĂ©voles- il aligne les livres, des mains se tendent Ă  chaque fois que sort des cartons un roman, un manuel technique ou juridique, un traitĂ© religieux, de gĂ©ographie ou un recueil de poĂ©sie.

Hussein Ali, étudiant en droit de 23 ans, était déjà venu alimenter sa bibliothÚque l'année derniÚre dans le parc Abou Nouwas, du nom du célÚbre poÚte arabe connu notamment pour ses écrits sur les délices de l'ivresse.
De retour cette annĂ©e, il "espĂšre que ce type d'Ă©vĂ©nement culturel continuera, notamment pour les jeunes", qui dĂ©plorent rĂ©guliĂšrement le manque de lieux culturels et d'espaces d'expression en Irak, oĂč 60% de la population a moins de 25 ans.

"Notre cerveau, c'est comme une boßte qu'il faut toujours remplir avec des nouvelles choses", explique Raghed Nassir, étudiante en finances de 22 ans qui dit lire "beaucoup de livres, surtout des romans".
Touqa Mohammed, juriste en devenir du mĂȘme Ăąge, veut aussi du "changement". Attraper un livre au hasard parmi ceux distribuĂ©s, "c'est encore mieux, c'est comme une nouvelle aventure", lance-t-elle dans un sourire.

- 'Changer la société' -

A cÎté, sur un immense panneau, des dizaines de personnes, feutres en main, laissent un message. L'un d'eux a inscrit: "lis plus et tu verras encore plus loin". D'autres messages appellent à lire pour survivre aux difficultés du quotidien.

Mountazer Jawad est venu spĂ©cialement de sa province de Diwaniyah, Ă  200 kilomĂštres de la capitale, pour faire le plein de livres. Si lire est Ă  la portĂ©e de tout un chacun, ĂȘtre publiĂ© n'est pas donnĂ© Ă  tous, affirme Ă  l'AFP le jeune homme aux cheveux noirs ultra-gominĂ©s et au look travaillĂ©.

A 20 ans, il affirme avoir "de nombreux Ă©crits, dont trois romans". Mais, dit-il, "pour les jeunes auteurs, il est trĂšs difficile d'accĂ©der Ă  une aide pour ĂȘtre imprimĂ© et Ă©ditĂ©".

Passionné de littérature, il a déjà dû renoncer à des études dans cette branche, au profit d'un diplÎme en gestion et administration, "pour obéir à sa famille pour qui cette filiÚre ne lui permet pas de trouver un travail, et à cause de la situation en Irak".

Dans et autour du parc, la prĂ©sence de nombreux policiers est lĂ  pour rappeler que la sĂ©curitĂ© en Irak, oĂč chaque jour une attaque ensanglante une ville ou une localitĂ© du pays, est loin d'ĂȘtre rĂ©tablie.

Fusils automatiques à l'épaule, ils s'autorisent toutefois à admirer avec les badauds les artistes qui peignent leur chevalet posé dans l'herbe, des bibliothÚques, des lecteurs ou encore des portraits du "Che". Touqa Mohammed, gilet foncé sur sa chemise à carreaux rouge et noir, se félicite de voir "de nombreux jeunes réunis autour de la lecture car c'est un moyen de faire changer la société".

Un sujet d'autant plus brûlant "pour les femmes irakiennes, dont la vie est régie par les traditions", renchérit Raghed Nassir, un foulard aux motifs colorés noués en bandana sur un cÎté du crùne.

En surplomb, une statue se dresse: celle de Shéhérazade, la princesse des Mille et une nuits, contant au sultan Shahriar une nouvelle épopée. Une histoire qui lui permettra de rester en vie une nuit de plus.

AFP

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