Les électeurs de l'Iowa ont accompli leur mission lundi en resserrant la course des primaires présidentielles à une poignée de candidats.
Voici les principaux enseignements du scrutin à l'approche des prochains rendez-vous du calendrier électoral, à commencer par le New Hampshire le 9 février.- Trump, géant aux pieds d'argile
Le milliardaire Donald Trump Ă©tait en tĂȘte de tous les sondages rĂ©alisĂ©s depuis deux semaines dans l'Iowa, mais il a terminĂ© deuxiĂšme du scrutin avec 24% des voix contre 28% pour Ted Cruz, car ses partisans ne se sont pas autant mobilisĂ©s que ceux du sĂ©nateur du Texas.
"Bien qu'il ait jusqu'à présent eu l'air invincible, la réalité est qu'une majorité de républicains ont une mauvaise impression de lui", estime David Redlawsk, politologue à l'Université Rutgers. "L'attention médiatique portée sur lui allait bien au-delà de la réalité, et la réalité des électeurs l'a rattrapé".
Mais, tempĂšre Cary Covington, professeur de science politique Ă l'UniversitĂ© de l'Iowa, la forte proportion de chrĂ©tiens Ă©vangĂ©liques dans l'Etat Ă©tait depuis le dĂ©part un obstacle pour le milliardaire, pas vraiment connu pour sa foi. "La suite des primaires lui est plus favorable", dit-il, notamment les primaires du 9 fĂ©vrier dans le New Hampshire, oĂč il a Ă ce jour plus de 20 points d'avance en moyenne.
- La colÚre des électeurs est réelle
Plus de 90% des votants rĂ©publicains de lundi se disaient "en colĂšre" ou insatisfaits de l'Etat fĂ©dĂ©ral, selon les sondages rĂ©alisĂ©s Ă l'entrĂ©e des bureaux de vote. Les deux hommes en tĂȘte du scrutin rĂ©publicain, Donald Trump et Ted Cruz, ont bĂąti leurs candidatures sur le rejet des Ă©lites politiques et des dirigeants actuels des deux partis, et le message a payĂ©.
"Ces voix sont les voix dominantes", analyse Cary Covington. "Et Bernie Sanders, dans une autre direction, est alimenté par cette impatience du changement du cÎté démocrate".
Le sénateur socialiste démocrate du Vermont et son discours révolutionnaire anti-élites a raflé 84% des voix des moins de 30 ans pour se hisser à quasi-égalité avec Hillary Clinton qui était autrefois la grande favorite de l'investiture.
"Son message fonctionne, les gens sont venus voter. Sanders a montré qu'il y avait une faim dans l'électorat démocrate de l'Iowa pour ce genre de message", constate David Relawsk.
- Marco Rubio, l'homme du consensus?
C'est la surprise du scrutin rĂ©publicain: le sĂ©nateur de Floride a obtenu 23% des voix, surpassant les 15 ou 17% que lui accordaient les sondages. Excellent orateur, il a conquis dans la derniĂšre semaine, Ă force de meetings, les Ă©lecteurs en quĂȘte d'un candidat plus rassurant et moins segmentant que l'ultra-conservateur Ted Cruz ou que Donald Trump.
Sa troisiÚme place pourrait l'aider à devenir le favori de l'establishment du parti républicain.
"L'establishment ne veut pas de Trump ou Cruz", dit Cary Covington, mais les barons et les grands donateurs du parti ne savaient pas qui sauraient leur tenir tĂȘte. "Rubio est leur rĂ©ponse", prĂ©dit-il.
Conséquence: une mauvaise place des autres candidats naturels de l'establishment, les gouverneurs John Kasich, Jeb Bush et Chris Christie, aux primaires du New Hampshire pourraient signifier la fin de l'aventure.
Jeb Bush, en particulier, est en péril. "Le New Hampshire est une question de vie ou de mort pour lui", lùche Joseph Cammarano, professeur au Providence College.
- Hillary Clinton, vivement mars
La candidate démocrate a revendiqué une trÚs courte victoire dans l'Iowa, bien que les résultats soient quasiment à égalité. Mais l'important est d'avoir évité une redite de 2008, quand Barack Obama et John Edwards l'avaient battue dans l'Iowa.
Le New Hampshire, le 9 février, s'annonce comme un mauvais moment à passer: Bernie Sanders est sénateur de l'Etat voisin et a une forte avance dans les sondages.
La dĂ©mocrate devrait donc faire le dos rond et attendre une pluie de dĂ©lĂ©guĂ©s qui viendront du Nevada (20 fĂ©vrier), de la Caroline du Sud (27 fĂ©vrier) et surtout de la dizaine d'Etats qui voteront le 1er mars, notamment dans le Sud oĂč l'Ă©lectorat noir peut dĂ©passer la moitiĂ© des votants. Ce "super mardi" d'Ă©lections attribuera, Ă la proportionnelle, environ 21% des dĂ©lĂ©guĂ©s pour l'investiture.
"Son mari Bill Clinton a tissé des liens trÚs forts avec les électeurs noirs pendant les années 1990", dit Cary Covington. "Ils sont naturellement beaucoup plus portés sur elle" que sur Bernie Sanders.
Par Fanny CARRIER, Jean-Louis DE LA VAISSIERE - © 2016 AFP
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