L'offensive contre le dernier réduit du groupe Etat islamique (EI) en Syrie est ralentie par la présence de nombreux civils, selon les forces menant les combats alors que le président américain Donald Trump promettait vendredi des annonces imminentes sur la fin du "califat".
"Il y a toujours de nombreux civils à l'intérieur" du confetti d'un kilomÚtre carré encore tenu par l'EI "et c'est une surprise de taille pour nous", a indiqué à l'AFP, Adnane Afrine, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur le terrain.
Cette alliance de combattants arabes et kurdes dirige la campagne au sol avec l'aide de la coalition internationale antijihadistes menée par Washington. "Des centaines de civils continuent de fuir et ceux qui ont pu s'échapper racontent que l'EI les utilise comme boucliers humains, en tuant certains pour décourager les autres de fuir", a affirmé à l'AFP un porte-parole de cette coalition, le colonel Sean Ryan.
Les civils, principalement les femmes et les enfants de jihadistes syriens et Ă©trangers, sont coincĂ©s dans le village de Baghouz et ses alentours, une zone dĂ©sertique aux confins orientaux de la Syrie. "Nous ne nous attendions pas Ă un tel nombre (...) c'est pour cela que (l'opĂ©ration) a Ă©tĂ© ralentie", a reconnu M. Afrine. "Nous sommes aujourd'hui revenus sur les mĂȘmes positions que celles que nous avions il y a une semaine", a-t-il ajoutĂ©.
- Etrangers jusqu'au-boutistes -
Vendredi, Donald Trump avait laissé entendre une victoire imminente en déclarant: "Nous avons beaucoup d'annonces formidables en lien avec la Syrie et avec notre succÚs dans l'éradication du califat et cela sera annoncé dans les 24 heures".
Mais sur le terrain, les porte-parole des FDS interrogés par l'AFP ont refusé de commenter ces déclarations sur une fin dans les 24 heures du pseudo-Etat de l'EI proclamé en 2014 sur des zones vastes comme la Grande-Bretagne à cheval en Irak et en Syrie et dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un lambeau de territoire.
Depuis le lancement en dĂ©cembre de l'offensive des FDS pour Ă©radiquer la derniĂšre poche de ce "califat" synonyme de terreur, prĂšs de 40.000 civils ont fui la zone des combats. Parmi eux de nombreux membres des familles de jihadistes, dont des Français, des Allemands, des Russes, des Ukrainiens et de nombreux Irakiens, ont constatĂ© des journalistes de l'AFP. "Il y a une scission entre les combattants jihadistes locaux et Ă©trangers sur le terrain. Les jihadistes locaux veulent abandonner tandis que les Ă©trangers empĂȘchent toute reddition", a indiquĂ© Ă l'AFP M. Afrine.
Parmi les combattants de l'EI encore présents dans la poche de l'EI, il y a encore des "Irakiens, des Turcs et des Européens" dont des Français, ainsi que des Egyptiens et des Libyens, selon ce porte-parole des FDS. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les FDS continuent de passer au peigne fin les vergers des alentours de Baghouz "à la recherche de combattants de l'EI dissimulés dans des tunnels".
- En finir avec les tunnels -
"La prĂ©sence de l'EI est maintenant limitĂ©e Ă ces combattants dans les tunnels", a indiquĂ© l'OSDH. Environ 440 jihadistes se sont rendus au cours des deux derniers jours, selon cette ONG qui dispose d'un vaste rĂ©seau de sources dans la Syrie en guerre, mais ce chiffre n'a pas pu ĂȘtre confirmĂ© auprĂšs des FDS. "Nous sommes en train de voir comment en finir avec ces tunnels, soit les sceller soit les faire exploser", a expliquĂ© M. Afrine.
Le porte-parole des FDS a par ailleurs affirmĂ© que certains membres de cette force arabo-kurde avaient Ă©tĂ© pris "en otage" par les jihadistes mais il n'a pas pu donner de chiffre. Les personnes sortant du rĂ©duit jihadiste sont fouillĂ©es et interrogĂ©es Ă la recherche de jihadistes potentiels. Les civils sont ensuite envoyĂ©s dans des camp de dĂ©placĂ©s dans le nord de la Syrie. Les FDS ont prĂ©cisĂ© qu'elles tentaient Ă©galement d'identifier les jihadistes morts. "Nous prenons ces empreintes et les comparons avec les archives afin de voir d'oĂč ils viennent", selon M. Afrine.
Le commandant des artilleurs français appuyant les forces kurdes et arabes engagĂ©s dans la lutte contre l'EI a affirmĂ© dans un article que la victoire aurait pu ĂȘtre obtenue plus vite et avec moins de destructions si les Occidentaux avaient engagĂ© des troupes au sol.
La bataille contre l'EI n'est qu'un des front de la guerre en Syrie qui a éclaté en 2011 aprÚs la répression par le régime de manifestations prodémocratie. Ce conflit s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et a fait plus de 360.000 morts.
- © 2019 AFP




