Conflit

Syrie: les forces kurdes accusent Ankara d'empĂȘcher leur retrait

  • PubliĂ© le 19 octobre 2019 Ă  19:35
  • ActualisĂ© le 19 octobre 2019 Ă  19:43
Le commandant des Forces démocratiques syriennes Mazloum Abdi, le 24 août 2019 à Hassaké, dans le nord-ouest de la Syrie

Le commandant des Forces dĂ©mocratiques syriennes (FDS), dominĂ©es par les Kurdes, a accusĂ© vendredi la Turquie de saboter un accord de cessez-le-feu dans le nord de la Syrie, en empĂȘchant le retrait des combattants FDS de la ville assiĂ©gĂ©e de Ras al-AĂŻn.

L'accord de trĂȘve nĂ©gociĂ© par Washington et annoncĂ© jeudi implique un retrait des forces kurdes de la rĂ©gion frontaliĂšre en Ă©change de l'arrĂȘt de l'offensive turque lancĂ©e le 9 octobre contre elles dans le nord de la Syrie.

L'accord "contient un point essentiel stipulant l'ouverture d'un couloir sous le parrainage des Etats-Unis", a affirmé Mazloum Abdi dans un entretien téléphonique avec l'AFP.

Mais les "Turcs empĂȘchent le retrait du secteur de Ras al-AĂŻn, ils empĂȘchent la sortie de nos forces, des blessĂ©s et des civils" de la ville, a-t-il assurĂ©.
"Les Turcs continuent d'attaquer nos forces et les Américains portent l'entiÚre responsabilité de ces attaques car ils ne font pas pression sur la Turquie", a ajouté M. Abdi.

Il a assuré que les FDS sont engagées à se retirer, comme le stipule l'accord, d'une zone frontaliÚre entre Ras al-Aïn et Tal-Abyad de 30 km de profondeur, dÚs que les Turcs les laisseront sortir de Ras al-Aïn.

Mais il a prévenu que "si l'accord n'est pas respecté, nous considérerons que ce n'était qu'une manoeuvre entre Américains et Turcs pour dire que nos forces ne se sont pas retirées et nous considérerons qu'il s'agit d'un complot contre nos forces".

Ankara a de son cĂŽtĂ© Ă©galement accusĂ© samedi les forces kurdes de violer la trĂȘve, alors que "les forces armĂ©es turques respectent totalement l'accord", selon le ministĂšre turc de la DĂ©fense.

- Reprise des opérations anti-EI -

M. Abdi a affirmé la reprise des opérations des FDS contre le groupe Etat islamique (EI), avec le soutien de la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington dans l'est de la Syrie, trois jours aprÚs avoir annoncé leur suspension.

"Nous avons relancé les opérations militaires contre les cellules de l'EI à Deir Ezzor, nos forces y travaillent avec celles de la coalition", a assuré Mazloum Abdi.

Quant aux milliers de détenus membres présumés de l'EI dans les prisons des FDS dans le nord de la Syrie, il a assuré que "notre position est trÚs claire à ce propos, nous travaillons avec tous les Etats membres de la coalition sur ce dossier".

"Mais si (les) forces (de la coalition) se retirent de nos secteurs, nous ne serons plus obligĂ©s de continuer Ă  travailler avec elle", a ajoutĂ© le commandant des FDS. "Nous ferons ce qui est dans notre intĂ©rĂȘt, le dossier des dĂ©tenus est de notre ressort".

Durant les longues années de lutte contre l'EI, les FDS ont bénéficié du soutien de la coalition emmenée par Washington, depuis accusé de les avoir abandonnées dans le nord de la Syrie et d'avoir permis l'offensive lancée par Ankara.

- RÎle américain -

M. Abdi a affirmĂ© samedi l'importance du maintien d'une prĂ©sence amĂ©ricaine en Syrie. "Nous voulons que les AmĂ©ricains aient un rĂŽle en Syrie, pour ne pas que les Russes et d'autres monopolisent le terrain", a-t-il dit. "Il est de notre intĂ©rĂȘt que les forces amĂ©ricaines restent ici pour l'Ă©quilibre des forces en Syrie", a-t-il assurĂ©.

"Si la coalition laisse le terrain aux Russes et autres, cela affectera considérablement nos forces et notre présence administrative", a-t-il poursuivi, les Kurdes ayant instauré une autonomie de facto dans le nord et le nord-est de la Syrie à la faveur du conflit déclenché en 2011. Une telle absence américaine donnerait lieu "à de nouveaux dangers", a-t-il prévenu.

Il a dit que la confiance des FDS vis-Ă -vis des AmĂ©ricains "n'Ă©tait plus la mĂȘme qu'autrefois. (...) Les AmĂ©ricains n'ont pas rempli leurs promesses" de les protĂ©ger.

Le commandant des FDS a par ailleurs rappelé que l'annonce d'un retrait américain de la zone frontaliÚre avec la Turquie a poussé les Kurdes à demander l'aide de Damas.

Le régime syrien a déployé cette semaine en vertu d'un accord parrainé par Moscou des troupes dans des secteurs proches de la frontiÚre turque, notamment de Kobané et Minbej.

AFP

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