L'aviation russe a bombardĂ© intensĂ©ment plusieurs bastions rebelles vendredi en Syrie, Ă quelques heures de l'entrĂ©e en vigueur attendue d'un cessez-le-feu et aprĂšs une mise en garde du prĂ©sident Barack Obama sur la nĂ©cessitĂ© de respecter la trĂȘve pour mettre fin au chaos.
Cette trĂȘve entre rĂ©gime et rebelles, la premiĂšre du genre en prĂšs de cinq ans de guerre, doit ĂȘtre appliquĂ©e Ă partir de samedi Ă 00H00 locale (22H00 GMT vendredi) mais les grandes puissances, les pays rĂ©gionaux et les belligĂ©rants restent trĂšs sceptiques.
Ses modalitĂ©s semblent en effet trĂšs complexes et doivent ĂȘtre finalisĂ©es plus tard dans la journĂ©e Ă GenĂšve par une "task force" regroupant les reprĂ©sentants des 17 membres du Groupe international de soutien Ă la Syrie (ISSG) et dirigĂ©e par Washington et Moscou, parrains de la trĂȘve.
Le régime de Bachar al-Assad, l'opposition armée et les forces kurdes ont annoncé qu'ils respecteraient le cessez-le-feu dans le conflit qui a fait plus de 270.000 morts, déplacé plus de la moitié de la population et déstabilisé le Moyen-Orient et l'Europe avec son lot de réfugiés notamment.
Mais le cessez-le-feu est partiel puisqu'il exclut les puissants groupes jihadistes Etat islamique (EI) et le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-QaĂŻda, qui occupent de vastes territoires et continueront par consĂ©quent Ă ĂȘtre visĂ©s par les opĂ©rations du rĂ©gime, les frappes russes et celle de la coalition internationale dirigĂ©e par les Etats-Unis.
Les rebelles syriens sont trÚs affaiblis par la montée en puissance de ces groupes jihadistes et ne contrÎlent plus qu'une partie minime du territoire, notamment prÚs de Damas, à Alep (nord) et à Homs (centre).
Ce sont ces bastions rebelles que l'aviation russe a violemment bombardés ces derniÚres heures. "Les frappes sont plus intenses que d'habitude notamment sur la Ghouta orientale à l'est de Damas, dans le nord de la province de Homs et dans l'ouest de la province d'Alep (nord)", selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Huit membres d'une mĂȘme famille, dont trois enfants, ont pĂ©ri dans les raids Ă Alep, a prĂ©cisĂ© l'ONG.
- 'Marquer des points' -
De nombreux raids ont visé la Ghouta orientale, un des plus importants bastions de la rébellion, et les forces du régime bombardent violemment sa principale ville, Douma, selon l'OSDH.
"C'est comme s'ils (les Russes et le rĂ©gime) voulaient soumettre les rebelles dans ces rĂ©gions ou marquer des points avant la trĂȘve", a expliquĂ© Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.
Moscou a annoncé des frappes contre des cibles "terroristes" mais sans confirmer les raids contre les rebelles. "Bien entendu, l'aviation russe continue son opération", a dit le Kremlin.
L'application de la trĂȘve devrait ĂȘtre trĂšs compliquĂ©e, vu que le Front Al-Nosra et les rebelles sont alliĂ©s dans plusieurs rĂ©gions, face au rĂ©gime. "Les territoires sont trĂšs mixtes, notamment Ă Idleb et Alep. Cela va ĂȘtre trĂšs compliquĂ©", selon M. Abdel Rahmane.
En plus de la complexité sur le terrain, les alliances sont également multiples: la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais soutiennent le régime Assad alors que les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et la Turquie notamment appuient les rebelles. La Russie et les Etats-Unis bombardement en outre l'EI et Al-Nosra.
C'est Ă GenĂšve, que les tractations vont se tenir entre reprĂ©sentants internationaux pour tenter de finaliser les modalitĂ©s de la trĂȘve.
La rĂ©union de la task Force doit ĂȘtre suivie d'une rĂ©union par vidĂ©o Ă 20H00 GMT de l'Ă©missaire spĂ©cial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, avec le Conseil de sĂ©curitĂ© aprĂšs laquelle il dĂ©cidera si les conditions sont remplies pour une Ă©ventuelle relance des discussions intersyriennes aprĂšs l'Ă©chec de janvier.
Le Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU devrait au mĂȘme moment adopter une rĂ©solution qui entĂ©rinera l'accord de cessation des hostilitĂ©s et exigera son application par toutes les parties prenantes, selon des diplomates.
- Pessimisme -
Les acteurs internationaux ne semblent toutefois pas croire aux chances de mettre fin Ă ce bourbier.
MĂȘme l'Ă©ternel optimiste secrĂ©taire d'Etat John Kerry s'est dit toute la semaine "sans illusion" et a brandi la menace d'un mystĂ©rieux "plan B", si le rĂ©gime et ses alliĂ©s faisaient pĂ©ricliter le trĂšs mince espoir d'un rĂšglement.
Barack Obama a admis jeudi qu'"aucun d'entre nous ne se faisait la moindre illusion". "Les jours à venir seront cruciaux, le monde regardera", a-t-il dit, insistant sur la responsabilité de Damas et Moscou dans cette premiÚre étape pour espérer mettre fin au "chaos" syrien.
"Toutes les parties (qui se sont engagĂ©es) doivent mettre fin aux attaques, y compris les frappes aĂ©riennes, et l'aide humanitaire doit pouvoir ĂȘtre acheminĂ©e vers les zones assiĂ©gĂ©es", a-t-il rappelĂ©.
M. Kerry a mĂȘme lĂąchĂ© qu'il restait Ă "prier pour que la Syrie reste unifiĂ©e".
Et "si cela ne marche pas ?", s'est-il interrogé. Alors, "la Syrie sera complÚtement détruite, l'Europe sera submergée par encore plus de migrants (...) les troubles et la dislocation seront bien pires que ce qui représente déjà le plus grand défi humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale".
Par Sophie LAUBIE - © 2016 AFP




