Ukraine

Tchernobyl - Le tourisme "nucléaire" est en plein essor

  • PubliĂ© le 25 avril 2018 Ă  14:33
  • ActualisĂ© le 25 avril 2018 Ă  15:46
Un touriste prend des photos dans une école maternelle abandonnée dans le village de Kopachi prÚs de la centrale de Tchernobyl le 23 avril 2018

Trois Suédois, un Allemand, deux Canadiens et un Argentin... Des touristes du monde entier affluent à Tchernobyl, en Ukraine, site du pire accident nucléaire de l'Histoire, devenu une attraction pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus.


Maja Bandic, une Croate quinquagénaire, est venue exprÚs en Ukraine pour visiter cette centrale tristement célÚbre dont le 4e réacteur explosa le 26 avril 1986 contaminant une grande partie de l'Europe. "J'en avais marre des musées et bùtiments, de la globalisation. Chaque ville commence à se ressembler, on y voit des Ikea, Mango, Zara... Je voulais voir quelque chose de totalement différent, comme Tchernobyl", explique cette blonde rieuse à l'AFP au milieu de la zone d'exclusion contaminée et toujours inhabitée, qui entoure la centrale dans un rayon de 30 kilomÚtres.

Un rĂȘve qui sĂ©duit un nombre croissant de touristes Ă  en croire les statistiques officielles: l'an dernier, quelque 50.000 personnes (dont 70% d'Ă©trangers) se sont rendues Ă  Tchernobyl, soit une hausse de 35% par rapport Ă  2016... et de 350% par rapport Ă  2012.

Signe des temps, un kiosque de souvenirs offrant des t-shirts décorés de symboles de radioactivité noire et jaune et des masques à gaz soviétiques en caoutchouc kaki s'est ouvert à l'entrée principale de la zone d?exclusion. Pour un vrai développement touristique, il ne manque plus que des toilettes dignes de ce nom et des hÎtels offrant plus que le confort rudimentaire actuellement disponible.

Pour Viktor Khartchenko, gĂ©rant de l'agence de tourisme Go2chernobyl.com, qui organise depuis 2012 des voyages vers ce site, ce boom touristique s'explique par deux facteurs clĂ©: le 30Ăšme anniversaire de la catastrophe en 2016 et l'installation la mĂȘme annĂ©e d'un nouveau dĂŽme de confinement mĂ©tallique au-dessus du rĂ©acteur accidentĂ©, qui a permis de rĂ©duire fortement les fuites de matiĂšres radioactives.

Les deux évÚnements ont été abondamment couverts par les médias internationaux, ce qui a sans doute apaisé les craintes de ceux qui hésitaient à se rendre à Tchernobyl, estime-t-il, assurant que ces voyages ne représentent aucun danger. "Une journée de séjour dans la zone équivaut à deux heures de vol au-dessus de l'Océan atlantique en terme de dose de radiation absorbée", affirme M. Khartchenko.

Joel Alvaretto, un étudiant argentin, avoue lui, avoir "un peu peur" des radiations. On dit "qu'on peut voir les effets des radiations beaucoup d'années plus tard, mais je ne sais pas", ajoute-il.

- "Nature plus forte que les humains" -

En quittant Tchernobyl, tout le monde est obligé de passer des contrÎles de radiation. Un grand dosimÚtre dans lequel on se tient debout, affiche "propre" pour M. Alvaretto, tout comme pour les autres membres de son groupe.

Plusieurs agences de voyages ukrainiennes offrent des excursions à Tchernobyl, d'une durée d'un à sept jours, et dont le prix varient entre 25 et 650 euros.
Au programme: visite de la nouvelle chape recouvrant le réacteur accidenté, de villages abandonnés, alimentation de gigantesques silures vivant dans les eaux radioactives d'un canal de refroidissement... Dans certains endroits, de petits dosimÚtres portables de visiteurs se mettent à bipper en désordre signalant les taux de radiations élevés. "Une vraie symphonie!", ironise un touriste.

Le point d'orgue de la visite est Pripiat, ville-fantÎme située à seulement quelque kilomÚtres de la centrale et dont presque 50.000 habitants avaient été évacués en trois heures le 27 avril 1986 pour ne plus jamais revenir chez eux.

On y voit des immeubles rĂ©sidentiels abandonnĂ©s, des Ă©coles oĂč des jouets d'enfants, livres ou notes manuscrites traĂźnent encore, un parc d'attractions dont la grande roue s'Ă©lĂšve toujours sur la place centrale: "TrĂšs cool de voir tout cela, de voir comment toute une ville n'est dĂ©sormais qu'un vestige de ce qu'elle Ă©tait jadis", confie Adam Ridemar, un Ă©tudiant suĂ©dois venu avec son pĂšre voir ce "lieu culte".

Il s'étonne de la végétation exubérante: "je m'attendais plutÎt à trouver de la jungle de béton ici".

La reconquĂȘte par la nature de ces terres abandonnĂ©es, oĂč des routes asphaltĂ©es se rĂ©trĂ©cissent, mangĂ©es petit Ă  petit par des herbes folles et des maisons disparaissent derriĂšre la broussaille de plus en plus dense, fascine beaucoup de visiteurs. "Cela prouve que la nature aprĂšs tout est plus forte que les humains. Et c'est trĂšs bien. C'est la puissance de Dieu", rĂ©sume Mme Bandic. Les gens "jouent avec des choses dangereuses: ils ont le soleil, le vent et n'ont pas besoin de l'Ă©nergie nuclĂ©aire, trop dangereuse", estime-t-elle.

AFP

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