Israël

À Tel-Aviv, la vie en suspens des migrants africains

  • PubliĂ© le 15 septembre 2017 Ă  13:25
  • ActualisĂ© le 15 septembre 2017 Ă  13:49
Des migrants africains passent le temps dans un café de fortune à l'extérieur du camp de rétention de Holot, dans le désert du Néguev prÚs de la frontiÚre égyptienne, le 3 septembre 2017

Des milliers d'Africains ayant fui la misÚre et la violence dans leur pays mÚnent une existence en suspens dans le sud de Tel-Aviv, exposés à la menace de l'expulsion et à l'hostilité des habitants israéliens.


Leur situation est revenue dans l'actualitĂ© fin aoĂ»t quand la Cour suprĂȘme israĂ©lienne a statuĂ© que l'Etat ne pouvait incarcĂ©rer plus de 60 jours des migrants refusant d'ĂȘtre expulsĂ©s.
Ce jugement a provoquĂ© la colĂšre des habitants israĂ©liens du sud de Tel-Aviv --oĂč nombre d'Africains vivent--, qui sont descendus dans la rue pour dĂ©noncer "l'arrĂȘt de mort" contre leurs quartiers. Il a Ă©galement suscitĂ© les rĂ©criminations de la droite au pouvoir contre la Cour.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est rendu sur place, posant devant les caméras aux cÎtés d'une femme ùgée qui disait avoir peur de marcher dans la rue la nuit.
"Nous rendrons le sud de Tel-Aviv aux citoyens d'Israël", a-t-il promis.
Selon les données officielles, 38.043 immigrants africains vivaient en Israël au 30 juin, dont 27.494 Erythréens et 7.869 Soudanais.
Le rĂ©gime Ă©rythrĂ©en Ă©tait accusĂ© en 2016 par l'ONU de crimes contre l'humanitĂ© "gĂ©nĂ©ralisĂ©s et systĂ©matiques". Quant au Soudan, son prĂ©sident Omar el-BĂ©chir fait l'objet de mandats d'arrĂȘt de la Cour pĂ©nale internationale pour crimes de guerre, crimes contre l'humanitĂ© et gĂ©nocide.
A dĂ©faut de pouvoir rallier l'Europe, ces Africains se sont rendus en IsraĂ«l, pays qui offrait notamment l'avantage d'ĂȘtre accessible par voie terrestre.


- 'Depuis des années' -


Mais Israël n'accorde le statut de réfugiés qu'au compte-gouttes.
"Certains attendent depuis des années", indique Adi Drori-Avraham, membre de l'organisation d'aide pour les réfugiés et les demandeurs d'asile en Israël (ASSAF).
Bien qu'ils aient franchi la frontiÚre illégalement, ces migrants ne sont pas en situation illégale, comme le dit M. Netanyahu, affirme-t-elle.
"Tous les deux mois, ils vont au ministÚre de l'Intérieur et reçoivent un visa (...) Ils travaillent et ils paient des impÎts", explique-t-elle.
Ces migrants ont commencé à arriver en nombre en 2007 (5.000 pour cette année-là), traversant la frontiÚre alors poreuse entre le Sinaï égyptien et Israël, selon les chiffres du ministÚre de l'Intérieur. En 2011, ils étaient plus de 17.000.
Mais le flux a été stoppé quand Israël a terminé une clÎture à la frontiÚre l'année suivante. Résultat: aucune personne n'a été interceptée lors des six premiers mois de 2017.
Les migrants interceptés auparavant sont détenus depuis des années dans le désert du Néguev (sud). Une fois relùchés, nombre d'entre eux se sont rendus à Tel-Aviv, s'installant à Neve Shaanan, un quartier défavorisé du sud de la ville.
"C'est le seul endroit que nous connaissions, nous ne l'avons pas choisi", explique à l'AFP Tsgahans Goytiom, un Erythréen de 30 ans.
Dans les rues de Neve Shaanan, épiceries et salons de coiffure africains cÎtoient les pas de porte d'assistance juridique aux migrants.


- 'Tiers monde' -


Des résidents israéliens opposés à leur présence ont créé "le Front de libération du sud de Tel-Aviv".
"Ils ont amené ici une culture du tiers monde, beaucoup de misogynie, de machisme, d'homophobie et beaucoup de manque de respect", déclare la directrice de l?association, Sheffi Paz.
Adi Drori-Avraham estime pour sa part que les migrants remplissent les critÚres de l'ONU pour obtenir le statut de réfugiés.
Mais leur sort est gouverné par des rÚgles parfois contradictoires: leur visa ne leur permet pas de travailler, mais lors de son renouvellement, ils doivent présenter des bulletins de paie.
Le gouvernement reconnaßt tacitement que les Soudanais et les Erythréens ne peuvent pas retourner chez eux. Il a signé des accords avec le Rwanda et l'Ouganda, qui acceptent d'accueillir les migrants à condition qu'ils soient d'accord.
Les candidats au dĂ©part reçoivent 3.500 dollars (environ 2.900 euros) et sont menacĂ©s d'ĂȘtre dĂ©tenus indĂ©finiment s'ils refusent, affirme Adi Drori-Avraham.
La Cour suprĂȘme vient donc de limiter la dĂ©tention. Mais M. Netanyahu a promis de lĂ©gifĂ©rer pour contourner cette dĂ©cision.
L'Erythréen Tsgahans Goytiom est arrivé il y a huit ans aprÚs une éprouvante traversée de l'Ethiopie. Il raconte avoir été kidnappé et torturé par des bédouins au Soudan et dans le Sinaï. Lui et sa femme tiennent une crÚche pour les enfants de migrants.
"S'il y avait une chance de changement en Erythrée, nous ne resterions pas un mois de plus", lance-t-il.

Par Jean-Louis SANTINI - © 2017 AFP

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