Coronavirus

Tennis: pour le jardinier de Wimbledon, l'herbe sera plus verte en 2021

  • PubliĂ© le 30 juin 2020 Ă  14:23
  • ActualisĂ© le 30 juin 2020 Ă  14:33
Un employé chargé de l'entretien du gazon londonien le 29 juin 2020.

En temps normal, Neil Stubley devrait ĂȘtre en train d'observer anxieusement son gazon: mais non, c'est avec mĂ©lancolie et un "Ă©trange sentiment de calme" que le jardinier en chef de Wimbledon contemple ses courts bien verts laissĂ©s au repos pour cause de coronavirus.

Face à la pandémie de Covid-19, et alors que l'US Open et Roland-Garros sont pour l'heure maintenus, les organisateurs de Wimbledon, protégés par une assurance, ont trÚs vite décidé d'annuler le tournoi londonien. Une premiÚre depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et Neil Stubley trouve aujourd'hui surréaliste de parcourir le club et de voir ses 38 "bébés", comme il appelle les courts du All England club, sans vie. "Beaucoup de sang, de sueur et de larmes ont coulé pour les mettre en valeur", souligne-t-il lors d'une conférence de presse en ligne.

Alors l'atmosphĂšre fantomatique qui rĂšgne dans le club en lieu et place de l'effervescence feutrĂ©e du tournoi du Grand Chelem lui rappelle celle qui suit d'ordinaire la fin de la compĂ©tition, lorsque joueurs et public sont rentrĂ©s chez eux. "Je comparerais cela au fait d'ĂȘtre allĂ© Ă  un concert: vous avez ce sifflement qui reste dans vos oreilles pendant plusieurs jours", tente d'expliquer celui dont le titre officiel est Chef des courts et de l'horticulture de Wimbledon.

- "Fierté" -

Stubley précise que ses 17 employés, ainsi que trois travailleurs temporaires - contre neuf habituellement en période de tournoi -, continuent leur travail malgré la déception de l'annulation. "La fierté vous pousse à continuer le travail, souligne-t-il. Bien sûr, il est décevant de ne pas jouer, mais la situation dans son ensemble nous permet de remettre cela en perspective."

"Bien que nous adorions notre travail, il doit se situer dans le monde rĂ©el", relĂšve encore Stubley. Et ce monde rĂ©el, c'est un monde oĂč le Covid-19 a bouleversĂ© les habitudes les plus ancrĂ©es, y compris dans le tennis oĂč le circuit professionnel a Ă©tĂ© gelĂ© en mars et ne doit reprendre officiellement qu'en aoĂ»t... sans ĂȘtre passĂ©, donc, par le All England Club.

Aussi déçu soit-il, Stubley assure avoir soutenu la décision d'annuler l'édition 2020, bien que d'autres sports aient repris depuis. Pour lui, les difficultés d'organisation du tournoi dans ces circonstances sanitaires dépassent largement la fragilité de la surface de jeu. "Les courts en gazon étaient en bon état avant l'annulation, assure-t-il. Ce sont les infrastructures qui prennent du temps à mettre en place. Il ne s'agit pas de dire qu'en deux semaines, nous pourrions jouer dessus", détaille-t-il.

"Il faut huit Ă  dix semaines pour ĂȘtre prĂȘt. DĂ©but avril, au beau milieu de la pandĂ©mie (quand a Ă©tĂ© prise la dĂ©cision d'annuler le tournoi prĂ©vu du 29 juin au 12 juillet, ndlr), ce dĂ©lai Ă©tait intenable. Encore maintenant, avec les restrictions en place, il serait impossible de les tenir". Pour autant, son Ă©quipe va continuer sa routine habituelle et se concentrer sur la saison prochaine.

- "Arracher les courts" -

"J'essaie toujours d'aller voir les gens et de leur dire qu'on ne +rĂ©pare+ pas les courts, on les +prĂ©pare+ pour la saison prochaine", raconte Stubley. "A partir d'aoĂ»t, dĂ©but septembre, le processus sera le mĂȘme: arracher les courts, les rĂ©ensemencer, laisser pousser tout l'automne et l'hiver, puis faire le mĂȘme travail prĂ©paratoire pour le tournoi 2021."

Cette 134e Ă©dition de Wimbledon a Ă©tĂ© reprogrammĂ©e du 28 juin au 11 juillet 2021. Nul doute qu'elle restera dans la mĂ©moire de Stubley, mais pas au mĂȘme titre que celle de 2013 qui avait vu le sacre d'Andy Murray, premier Britannique a remporter le tournoi masculin depuis Fred Perry en 1936. "Être sur le court central lors de cette victoire, c'Ă©tait un de ces moments oĂč les poils dans votre nuque se dressent", dĂ©crit le jardinier. MalgrĂ© l'Ă©motion, par dĂ©formation professionnelle, "je regardais les pieds de Murray", se souvient-il.

"Je regarde toujours comment les courts réagissent et ce n'est que quand j'ai levé les yeux et vu qu'il avait jeté sa raquette que j'ai réalisé qu'il avait remporté la balle de match et le titre", raconte-t-il. Il devra attendre un an encore avant de voir les regards de toute la planÚte tennis à nouveau rivés sur SON gazon.

AFP

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