Visite inédite

Tensions dans le Golfe: le Japonais Abe rencontre le guide iranien

  • PubliĂ© le 13 juin 2019 Ă  12:13
  • ActualisĂ© le 13 juin 2019 Ă  12:19
Le président iranien Hassan Rohani (d) et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors d'une conférence de presse commune, le 12 juin 2019 à Téhéran

Le Premier ministre japonais a rencontrĂ© jeudi le guide suprĂȘme iranien au deuxiĂšme jour d'une visite inĂ©dite Ă  TĂ©hĂ©ran au cours de laquelle il a appelĂ© la RĂ©publique islamique Ă  "jouer un rĂŽle constructif" au Moyen-Orient.

Shinzo Abe a Ă©tĂ© reçu dans la matinĂ©e par l'ayatollah Ali Khamenei, devenant ainsi le premier chef de gouvernement japonais Ă  rencontrer un guide suprĂȘme iranien depuis la rĂ©volution islamique de 1979. Le Japon est un alliĂ© clef de Washington, ennemi jurĂ© de la RĂ©publique islamique, et entretient traditionnellement de bonnes relations avec l'Iran.

La visite de M. Abe intervient sur fond de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis, nourrissant des craintes de déflagration dans le Golfe, et d'inquiétude pour l'avenir de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, aprÚs le retrait unilatéral des Etats-Unis de ce pacte en mai 2018.

M. Abe, qui a rencontré mercredi le président Hassan Rohani, est le premier Premier ministre japonais à se rendre en Iran depuis 1978. "Personne ne veut d'une guerre. Le Japon souhaite jouer un rÎle de premier plan pour faire baisser la tension", a déclaré M. Abe mercredi aprÚs sa rencontre avec M. Rohani.

"La paix et la stabilité au Moyen-Orient sont indispensables à la prospérité non seulement de cette région, mais du monde entier", a-t-il ajouté. Le Japon, qui importait récemment encore 5% de son pétrole en provenance d'Iran, a dû renoncer à ces achats pour se conformer aux derniÚres sanctions américaines visant la République islamique.

L'économie nippone est trÚs dépendante du pétrole du Golfe et Tokyo attache une grande importance à la stabilité de ses approvisionnements en hydrocarbures.

- "Réponse terrible" -

M. Rohani a estimĂ© que la "racine" des tensions dans la rĂ©gion Ă©tait Ă  chercher dans "la guerre Ă©conomique des Etats-Unis contre l'Iran". "Lorsque celle-ci cessera, nous verrons un changement trĂšs positif dans la rĂ©gion et dans le monde", a-t-il assurĂ©. "Nous ne dĂ©clencherons jamais une guerre, mĂȘme contre les Etats-Unis, mais nous opposerons une rĂ©ponse terrible si nous sommes attaquĂ©s", a nĂ©anmoins mis en garde M. Rohani, dont le pays est accusĂ© par les Occidentaux d'exercer une influence "dĂ©stabilisatrice" au Moyen-Orient

Le prĂ©sident iranien a dĂ©clarĂ© voir dans "l'intĂ©rĂȘt du Japon Ă  continuer d'acheter du pĂ©trole Ă  l'Iran et rĂ©soudre les questions financiĂšres" sur lesquelles butte TĂ©hĂ©ran Ă  cause des sanctions amĂ©ricaines, la "garantie" d'une amĂ©lioration Ă  venir des relations dĂ©jĂ  bonnes entre les deux pays.

Mais sur la question des ventes de pétrole iraniennes au Japon, le porte-parole du ministÚre des Affaires étrangÚres japonais, Takeshi Osuga, a tenu à préciser qu'il s'agissait surtout d'"un souhait de la partie iranienne."

C'est un point qui relÚve "de la décision de sociétés privées" et "je ne peux pas prédire leur décision", a-t-il dit.
M. Rohani a souligné une convergence de vues avec son hÎte sur la question des "armes nucléaires" : "nos deux pays sont contre", a-t-il dit.

M. Abe a dit son "profond respect pour le fait que le guide suprĂȘme l'ayatollah Khamenei ait rĂ©pĂ©tĂ© la fatwa [dĂ©cret religieux, NDLR] disant que '+l'arme nuclĂ©aire et les autres armes de destruction massive sont contraires Ă  l'islam+".
Depuis la décision américaine de se retirer de l'accord de Vienne, le gouvernement du président Donald Trump a rétabli ou renforcé des sanctions économiques contre l'Iran.

Récemment, Washington a déployé d'importants moyens militaires dans le Golfe pour faire face à une présumée "menace iranienne".

- Pas de "médiation" -

Selon le porte-parole du gouvernement japonais, M. Abe a discuté de l'Iran au téléphone avec M. Trump mardi, mais Tokyo insiste sur le fait que le Premier ministre n'est pas venu à Téhéran pour "assurer une médiation entre l'Iran et les Etats-Unis".
Aux yeux de Téhéran, le Japon bénéficie d'une aura favorable en tant que pays ayant réussi à se moderniser sans renoncer à ses traditions et en conservant une forte identité culturelle.

La visite de M. Abe survient au lendemain de la libération par l'Iran d?un Libanais résident des Etats-Unis, Nizar Zakka, détenu depuis 2015 et condamné à dix ans de prison pour "espionnage" au profit de Washington, et deux jours aprÚs le passage à Téhéran du ministre allemand des Affaires étrangÚres, Heiko Maas.

Face aux conséquences de la politique américaine de "pression maximale" sur son économie, l'Iran a menacé en mai de s'affranchir progressivement de l?accord de Vienne, à moins que ses partenaires, en particulier européens, ne l'aident à contourner ces sanctions.

En présence de M. Abe, M. Rohani a néanmoins affirmé son attachement à l'accord de Vienne. "Ma principale préoccupation est que l'Iran respecte cet accord", a déclaré M. Abe.

AFP

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