Changement d'identité

Total devient TotalEnergies, son plan climat soutenu par ses actionnaires

  • PubliĂ© le 28 mai 2021 Ă  19:02
  • ActualisĂ© le 28 mai 2021 Ă  23:18
Nouveau nom, nouveau logo pour Total

Les actionnaires de Total ont largement approuvé vendredi la stratégie climatique de la direction, seule une minorité se rebellant, tandis que le changement d'identité en TotalEnergies a été plébiscité.

AprÚs des assemblées générales dominées par la question climatique chez ses concurrents Chevron, ExxonMobil ou Shell, la direction du groupe français avait soumis pour la premiÚre fois au vote une résolution consultative sur le climat. Celle-ci a été largement approuvée, à 91,88%, malgré l'opposition de plusieurs actionnaires qui réclamaient une stratégie plus ambitieuse.

Son approbation ne faisait guÚre de doute, mais des ONG de défense de l'environnement avaient espéré compter environ 15% de rebelles. Les actionnaires "perçoivent un véritable processus sincÚre de transformation et ont fait de ce vote l'approbation d'une stratégie audacieuse et exigeante", a estimé le PDG Patrick Pouyanné, dont le mandat a été renouvelé.

"Le recours Ă  l’abstention a Ă©tĂ© optĂ© par des actionnaires qui souhaitaient dĂ©montrer leur engagement critique", a cependant soulignĂ© AurĂ©lie Baudhuin de Meeschaert AM, qui avait votĂ© contre la rĂ©solution. Le taux d'abstention n'Ă©tait pas connu dans l'immĂ©diat. Greenpeace et Reclaim Finance ont pour leur part dĂ©noncĂ© le soutien Ă  une "stratĂ©gie climaticide" et "l'hypocrisie" des investisseurs qui se disent engagĂ©s pour le climat.

Une autre résolution moins controversée, pour acter le changement de nom de l'entreprise en TotalEnergies, a été validée à plus de 99%. "Elle marque notre volonté collective d'inventer un nouveau Total, une compagnie multi-énergies, acteur majeur de la transition énergétique", a commenté M. Pouyanné en dévoilant un nouveau logo multicolore.

Total, encore trÚs associé au pétrole, veut ainsi montrer qu'il est aussi trÚs présent dans le gaz et, de plus en plus, dans l'électricité et les énergies renouvelables, qui doivent représenter 20% des investissements cette année.

Le groupe met aussi en avant ses ambitions climatiques avec des objectifs pour 2030 sur le chemin de la neutralité carbone visée en 2050. S'agissant des produits énergétiques utilisés par ses clients (comme l'essence brûlée dans les voitures), sur un périmÚtre dit "scope 3", Total s'engage par exemple à ce que les émissions aient reculé dans le monde d'ici 2030 par rapport à 2015.

- "Besoin de pétrole" -

Plusieurs investisseurs avaient annoncĂ© qu'ils voteraient contre la rĂ©solution de la direction, estimant les efforts en faveur du climat trop timides. La sociĂ©tĂ© de gestion Meeschaert AM avait ainsi demandĂ© "l'arrĂȘt de l'exploration de nouveaux gisements pĂ©troliers et gaziers". Cela alors que l'Agence internationale de l'Ă©nergie (AIE) vient de presser le monde d'oublier dĂšs "maintenant" tout nouveau projet d'exploration pour garder le rĂ©chauffement sous contrĂŽle.
Le fonds néerlandais Actiam avait aussi estimé que "la stratégie n'était pas à la hauteur".

Patrick Pouyanné a ironisé vendredi sur "ceux qui se comportaient plus comme des activistes que comme des actionnaires". "Le monde a besoin de pétrole" pour l'instant, a-t-il aussi fait valoir. L'an dernier, onze investisseurs (La Banque Postale, Crédit Mutuel, Meeschaert...) avaient proposé une résolution pour contraindre Total à des objectifs climatiques plus ambitieux.

Combattue par la direction, elle avait alors Ă©tĂ© rejetĂ©e par les actionnaires, mais avait tout de mĂȘme engrangĂ© 16,8% de voix favorables. Par ailleurs, 33 investisseurs de la coalition Climate Action 100+, engagĂ©e pour rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, ont Ă©crit Ă  la direction pour lui demander de prĂ©ciser sa stratĂ©gie.

Le déclin de la production d'hydrocarbures "doit commencer avant 2030, en particulier pour le pétrole", soulignent les signataires, qui comptent Axa, Amundi ou HSBC. Le cas de Total n'est pas isolé: aprÚs avoir été longtemps critiquées par les défenseurs de l'environnement, les entreprises du secteur sont désormais sous la pression croissante des investisseurs.

Du cĂŽtĂ© de Shell, une rĂ©solution en faveur d'objectifs plus ambitieux - et non soutenue par la direction - a rĂ©cemment obtenu un peu plus de 30% des votes. Sans compter que la justice nĂ©erlandaise a exigĂ© de la compagnie qu'elle relĂšve ses objectifs de rĂ©duction des Ă©missions. Les actionnaires d'ExxonMobil et de Chevron ont votĂ© mercredi pour forcer les gĂ©ants amĂ©ricains Ă  lutter plus Ă©nergiquement contre le changement climatique. Un fonds activiste va notamment ĂȘtre reprĂ©sentĂ© au conseil d'administration d'Exxon.

AFP

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