Insolite

Transhumance urbaine: Ă  Paris, les brebis traversent dans les clous

  • PubliĂ© le 17 juillet 2019 Ă  20:39
  • ActualisĂ© le 17 juillet 2019 Ă  21:15
Rare transhumance de moutons Ă  Paris le 17 juillet 2019

Des brebis couchées dans un square du XVIe arrondissement, traversant des passages cloutés, foulant le Trocadéro. .. une transhumance de douze jours s'est achevée mercredi en plein centre de Paris, sous les yeux de Parisiens et de touristes ébahis.

"C'est bizarre de voir des moutons ici en dehors de leur habitat naturel, explique Michelle Caba, 34 ans. Cette Dominicaine prend un selfie avec les brebis qu'elle compte partager sur les réseaux sociaux: "Je n'ai jamais vu un mouton de prÚs, seulement dans des films". AprÚs avoir dormi dans le bois de Boulogne, les moutons devaient atteindre les voies sur berge parisiennes en fin de journée, au terme d'une large boucle traversant six départements et 35 communes dont Vincennes, Ivry-sur-Seine, Sceaux et Versailles.

Le 6 juillet, le troupeau avait quitté la verte pelouse du parc bordant la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour entamer un itinéraire de 140 km.
L'idée était de "relier tous les grands espaces verts" et de veiller à ce qu'ils soient comestibles pour les moutons, accueillis dans la capitale par des regards amusés.
"C'est formidable, ce sont les plus belles tondeuses Ă  gazon qu'on ait jamais vues", s'exclame Philippe Advani, descendu de son appartement dĂšs qu'il a vu les moutons dans le square Lamartine (XVIe).

"Ce qui m'intéresse, c'est de voir l'occupation de l'espace urbain par les animaux", explique Cécile Nelson, traductrice de 57 ans, venue pour le troisiÚme jour consécutif et qui y prend "un grand plaisir". Cette bénévole d'une association de cyclistes perçoit la transhumance comme une "action militante" face à "la voiture qui envahit l'espace urbain".

Dans le parc Ă  jeux, des enfants jouent, escaladent, prennent la pose pour leurs parents Ă  quelques centimĂštres des moutons qui se frottent le dos contre l'installation.
"Le mouton a besoin d'un temps pour ruminer. C'est vraiment un rythme à l'opposé de la ville", affirme Mélodie Brun, 31 ans, architecte paysagiste et membre du collectif des Bergers urbains. Face aux brebis, "les gens sont enchantés. Parfois, ils les prennent pour des chÚvres ou des vaches, ça nous fait sourire", poursuit-elle.

- "A manger partout"

Dans les rues, la traversĂ©e des moutons est encadrĂ©e par plusieurs policiers sous les sifflements joyeux des bergers, les bĂȘlements des brebis se mĂȘlant aux klaxons des voitures. "Ce sont des moutons qui marchent sur les trottoirs et qui traversent aux clous", prĂ©cise Vianney Delourme, cofondateur du mĂ©dia "Enlarge Your Paris", Ă©voquant une "gestion paysanne adaptĂ©e Ă  la ville".

RĂ©guliĂšrement, les brebis s'alignent pour brouter le liseron devant les hĂŽtels particuliers du XVIe arrondissement, perturbant la circulation des passants. "C'Ă©tait assez drĂŽle de voir les troupeaux de moutons qui bloquaient la sortie de mĂ©tro. Nous-mĂȘmes, en les suivant, on devient un troupeau", estime Fabrice Frigout, paysagiste et concepteur de promenades urbaines, qui suit le mouvement.

La transhumance intervient en clĂŽture des Rencontres agricoles du Grand Paris, un cycle d'une annĂ©e de confĂ©rences sur l'agriculture urbaine. L'un des objectifs Ă©tait de "montrer que les moutons Ă©taient Ă  leur place en ville et qu'ils avaient Ă  manger partout", explique Vianney Delourme. "Plus il y aura d'endroits oĂč ils pourront passer, plus il y aura de la +ville nature+", assure-t-il.

Mardi, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), l'équipe itinérante a, selon lui, tardé une heure à faire deux kilomÚtres. "Les moutons avaient à manger tout le temps", souligne Vianney Delourme.

Le pĂ©riple de ces moutons, installĂ©s Ă  l'annĂ©e dans le parc dĂ©partemental de la Courneuve, est organisĂ© par la MĂ©tropole du Grand Paris, l'association les Bergers urbains et le mĂ©dia culturel en ligne "Enlarge Your Paris" pour "relier les lieux innovants en matiĂšre d'agriculture urbaine". Tout au long de leur parcours, moutons et bergers Ă©taient accueillis par des sites d'agriculture urbaine comme les Murs Ă  pĂȘches de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ou l'Ă©cole d'horticulture du Breuil de Paris.

AFP

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