Flambée de violences inter-ethniques

Traumatisés, les villageois fuient les violences par milliers dans le nord-est de l'Inde

  • PubliĂ© le 8 mai 2023 Ă  17:20
  • ActualisĂ© le 8 mai 2023 Ă  17:50
Des villageois fuient les violences dans le nord-est de l'Inde le 7 mai 2023

S. Mamang Vaiphei, pÚre de cinq enfants, s'est caché dans la jungle pendant trois nuits, fuyant une foule venue attaquer son village dans le nord-est de l'Inde, lors d'une flambée de violences inter-ethniques qui ont fait au moins 54 morts.

"Tout était en feu... Nous nous sommes enfuis, nous avons tous couru vers la jungle et tenté de survivre", se souvient-il. "Les Meiteis ont d'abord brûlé 26 ou 27 maisons", raconte à l'AFP cet homme de 54 ans, qui a trouvé refuge dans l'enceinte d'un camp de l'armée avec environ 900 autres personnes.

"Puis ils sont revenus et ont achevé de détruire les 92 maisons du village, saccagé l'église, l'école et tout ce qui restait", poursuit-il.

Autour de lui, des hommes, des femmes et des enfants, épuisés et traumatisés, racontent des scÚnes semblables. Les Etats du nord-est de l'Inde, coincés entre le Bangladesh, la Chine et la Birmanie, sont depuis longtemps des foyers de tensions inter-ethniques et de séparatisme.

Cette flambée de violences dans l'Etat du Manipur a été générée par une manifestation, la semaine derniÚre, contre l'éventuelle attribution du statut de "tribu répertoriée" aux Meiteis, le groupe ethnique majoritaire de l'Etat.

Ce statut, établissant une sorte de discrimination positive, leur garantirait des quotas d'emplois publics et d'admissions dans les universités.

- "Peur de la mort" -

Les Meiteis, majoritairement hindous, vivent à Imphal, la capitale du Manipur, et dans ses environs, tandis que la tribu des Kukis, principalement chrétienne et minoritaire, vit dans les collines.

Les violences ont Ă©clatĂ© entre Meiteis et Kukis Ă  Imphal oĂč, selon des habitants, des vĂ©hicules et des bĂątiments ont Ă©tĂ© incendiĂ©s, et des bandes de Meiteis armĂ©es de fusils et de bidons d'essence sont allĂ©es attaquer les villages kukis dans les collines.

L'armĂ©e a dĂ©ployĂ© des milliers de soldats, leur ordonnant de "tirer Ă  vue" dans les "cas extrĂȘmes", a imposĂ© des couvre-feux et coupĂ© l'internet.

M. Mamang, qui a passé sa cinquiÚme nuit sans abri dimanche, fait partie des quelque 23.000 personnes que l'armée affirme avoir mises en sécurité.

Il raconte que le 4 mai, il a fui son village de Kamuching, qui comptait plus de 500 habitants, quand "une grande foule" a lancé un assaut.

La plupart des villageois ont rĂ©ussi Ă  emporter quelques affaires jetĂ©es dans un sac, des vĂȘtements de rechange et leur smartphone. "Nous tous ici, nous sommes nerveux, nous avons peur de la mort", confie Ă  l'AFP Alun Vaiphei, 50 ans, un villageois kuki de Gotangkot, lui aussi rĂ©fugiĂ© dans le camp de l'armĂ©e.

"Pour sauver nos vies, nous avons appelé les fusiliers de l'Assam (un Etat voisin, ndlr) pour qu'ils viennent nous secourir dans notre cachette", poursuit-il.

- "Aucun secours" -

Dimanche, la vie semblait s'ĂȘtre arrĂȘtĂ©e Ă  Imphal et aux alentours, oĂč les commerces Ă©taient fermĂ©s et les routes dĂ©sertes, encore jonchĂ©es de voitures calcinĂ©es.

La violence a diminué, mais le brigadier de l'armée Sandeep Kapoor déclarait dimanche avoir reçu encore "50 à 60 appels" à l'aide.

Ses équipes ont secouru environ 2.000 personnes, des Kukis et des Meitis, en 48 heures, une mission rendue difficile par l'absence totale de dialogue entre les deux communautés.

"Nous ne pouvons pas les déplacer au grand jour car il y a toujours le risque que des membres de l'une ou l'autre communauté nous voient traverser les villages et deviennent agressifs", explique à l'AFP un autre officier.

Quelques hommes, des enfants en bas ùge, des femmes ùgées et des jeunes filles étaient blottis à l'intérieur de trois camions militaires. Parmi eux, Leh Haokip, 35 ans, du village de Gotangkot, raconte comment sa maison a été pillée et son bétail volé.

"Nous n'avons reçu aucun secours de la part de la police ou de l'Etat", dit-il, dĂ©semparĂ©. "Maintenant nous ne savons ni quoi faire, ni oĂč aller."

AFP

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