Tollé à Washington

Trump conciliant avec Poutine Ă  Helsinki

  • PubliĂ© le 17 juillet 2018 Ă  01:07
  • ActualisĂ© le 17 juillet 2018 Ă  07:24
Donald Trump et Vladimir Poutine donnent une conférence de presse à l'issue de leurs pourparlers à Helsinki, le 16 juillet 2018

Donald Trump a obstinément refusé lundi de condamner Moscou pour l'ingérence dans la campagne présidentielle américaine lors d'un sommet à Helsinki avec Vladimir Poutine, suscitant un tollé à Washington pour son ton résolument conciliant avec l'homme fort du Kremlin.

A l'issue d'un tĂȘte-Ă -tĂȘte de deux heures, les deux hommes ont affichĂ© leur volontĂ© d'Ă©crire un nouveau chapitre des relations entre Washington et Moscou.

Mais c'est l'attitude du 45e prĂ©sident des Etats-Unis sur la question brĂ»lante de l'ingĂ©rence russe dans la campagne 2016, attestĂ©e de façon unanime par les enquĂȘteurs du FBI et les agences amĂ©ricaines du renseignement, qui a provoquĂ© la stupĂ©faction. Encore lundi, le chef du renseignement, Dan Coats, a confirmĂ© ses certitudes.

"J'ai le président Poutine qui vient de dire que ce n'était pas la Russie (...) Et je ne vois pas pourquoi cela le serait", a lancé M. Trump, laissant entendre qu'il était plus sensible aux dénégations du dirigeant russe qu'aux conclusions de ses propres services. "Le président (Poutine) conteste avec force", a-t-il insisté.

Lors de son vol de retour de la capitale finlandaise, le président des Etats-Unis a pu constater les conséquences de ses égards vis-à-vis de son homologue russe, se retrouvant vertement critiqué jusque par des ténors du parti républicain. Le sénateur républicain John McCain, un élu respecté, a ainsi dénoncé "un des pires moments de l'histoire de la présidence américaine".

La vague d'indignation, d'une rare intensité, a conduit M. Trump à assurer qu'il gardait une "immense confiance" dans ses services de renseignement.
"Comme je l'ai dit aujourd'hui et à plusieurs reprises auparavant, j'ai une IMMENSE confiance dans MES agents du renseignement", a-t-il tweeté pour tenter d'apaiser la controverse.

"Toutefois, je dois aussi reconnaßtre qu'afin de construire un avenir meilleur, nous ne pouvons pas nous tourner exclusivement vers le passé - étant les deux plus grandes puissances nucléaires mondiales, nous devons nous entendre!", a-t-il ajouté.

"Triste jour pour l'Amérique"

Le milliardaire amĂ©ricain, au pouvoir depuis 18 mois, affiche de longue date l'espoir de nouer une relation personnelle avec M. Poutine, un ex-officier du KGB qui tient les rĂȘnes du pouvoir en Russie depuis 2000. Donald Trump doit rĂ©aliser que "la Russie n'est pas notre alliĂ©e", a lancĂ© le chef de file des rĂ©publicains au CongrĂšs amĂ©ricain Paul Ryan.

Le chef de l'opposition dĂ©mocrate au SĂ©nat, Chuck Schumer, a lui accusĂ© le prĂ©sident de la premiĂšre puissance mondiale de s'ĂȘtre montrĂ© "irrĂ©flĂ©chi, dangereux et faible" face Ă  son homologue russe. Nancy Pelosi, chef de l'opposition dĂ©mocrate Ă  la Chambre des reprĂ©sentants, a Ă©voquĂ© "un triste jour pour l'AmĂ©rique".

Vladimir Poutine, qui a une nouvelle fois niĂ© toute ingĂ©rence, souhaitait-il voir Donald Trump l'emporter face Ă  la dĂ©mocrate Hillary Clinton ? "Oui", a rĂ©pondu ce dernier sans dĂ©tour. Raison avancĂ©e ? "Il parlait de normalisation des relations russo-amĂ©ricaines". L'enquĂȘte menĂ©e, Ă  Washington sur l'interfĂ©rence russe en faveur de Trump dans la campagne prĂ©sidentielle de 2016, a Ă©tĂ© relancĂ©e de façon spectaculaire, Ă  trois jours du sommet, par l'inculpation de 12 agents du renseignement russe accusĂ©s d'avoir piratĂ© les ordinateurs du parti dĂ©mocrate.

"Cette enquĂȘte est un dĂ©sastre (...) qui a eu des consĂ©quences nĂ©gatives sur les relations des deux premiĂšres puissances nuclĂ©aires du monde", a lancĂ© M. Trump, le prĂ©sident russe Ă  ses cĂŽtĂ©s. "Nous avons menĂ© une campagne remarquable et c'est la raison pour laquelle je suis prĂ©sident", a-t-il ajoutĂ©.

Ballon de foot

Peu avant la premiĂšre poignĂ©e de main, il avait donnĂ© le ton dans un tweet pour le moins surprenant de la part d'un prĂ©sident amĂ©ricain. Il avait attribuĂ© les mauvaises relations entre Washington et Moscou Ă ... "des annĂ©es de stupiditĂ© de la part des Etats-Unis" et Ă  la "chasse aux sorciĂšres" menĂ©e selon lui par le FBI qui enquĂȘte sur l'interfĂ©rence russe dans l'Ă©lection de 2016.

Désireux de donner une image positive de leur rencontre, les deux dirigeants aux parcours trÚs dissemblables ont insisté sur leur volonté d'aller de l'avant. "J'espÚre que nous avons commencé à mieux nous comprendre", a déclaré M. Poutine, évoquant des pourparlers "trÚs réussis et trÚs utiles", tandis que M. Trump, debout à ses cÎtés dans un salon du palais présidentiel, louait un dialogue "direct, ouvert et trÚs productif".

InterrogĂ© sur les rumeurs faisant Ă©tat de dossiers compromettants dĂ©tenus par Moscou sur Donald Trump, Vladimir Poutine les a Ă©cartĂ©es d'un revers de manche. "Il serait difficile d'imaginer une plus grande absurditĂ©! Sortez-vous ces idioties de la tĂȘte", a-t-il lancĂ©.

De la Syrie à la Crimée, nombre de diplomates et d'analystes redoutaient que Donald Trump ne fasse une série de concessions à l'homme fort du Kremlin. Mais les deux hommes seront restés avares de détails. Arrivé à Helsinki en milieu de journée aprÚs avoir assisté à Moscou à la victoire de la France en Coupe du monde, M. Poutine a offert un ballon de foot au magnat de l'immobilier, visiblement ravi.

"Maintenant la balle est dans votre camp", s'est amusé Vladimir Poutine, déclenchant les rires de M. Trump qui a promis de l'offrir à son fils Barron, ùgé de 12 ans. Donald Trump comme ses prédécesseurs démocrates et républicains avaient, bien sûr, déjà rencontré Vladimir Poutine. Mais le format de la rencontre, comme son timing, faisaient du face-à-face d'Helsinki un rendez-vous à part.

Le sommet est la derniĂšre Ă©tape d'un voyage d'une semaine en Europe au cours de laquelle le magnat de l'immobilier a tirĂ© Ă  boulets rouges sur ses alliĂ©s - Allemagne en tĂȘte - tout se tenant soigneusement Ă  l'Ă©cart de toute critique Ă  l'encontre du prĂ©sident russe.

- © 2018 AFP

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1 Commentaires
Julius
Julius
7 ans

McCain n'est pas un élu respecté par contre.